Chronique

IRON MAIDEN - THE BOOK OF SOULS / Parlophone Records 2015

Il est de ces groupes pour lesquels la sortie d’un nouvel album est un évènement majeur et IRON MAIDEN n’y échappe plus. Avec une sortie décalée à cause des soucis de santé de Bruce Dickinson. Après un « Final Frontier » qui n’a pas fait l’unanimité surement à cause de son côté prog atmosphérique marqué, « The Book of Souls » signe un retour à un style plus heavy, parfois rock, mais tout sera expliqué dans cet essai.
Cet album a été composé et enregistré intégralement aux studios Guillaume Tell, de manière à ce que rien ne fuite. Les compositions sont donc sorties assez brutes et nous allons voir le rendu.


Que la chose soit dite et bien dite, « Homme sans métier n’est plus apte à exercer une activité professionnelle » URGAN L’HOMME GOUJON.


Qu’on se le dise une bonne fois pour toute, NON le groupe ne vous pondra plus des « Troopers » ou des « Run to The Hills ». C’est FINI ! Au bout de plus de 30 ans de carrières un groupe aspire à plus de créativité ! Si vous voulez des groupes qui font la même chose écoutez AC/DC ou Motorhead ! Voilà c’est dit.

« Je garde la butte aux cerfs plus le tertre des âmes… » Elias de Kelliwic’h
(Bon ok là c’est le livre des âmes, on va pas chipoter ??)


Je me suis longuement questionné quant à la mise en page, l’organisation de cette dissertation. L’album est assez riche, complexe, avec beaucoup d’infos, de pistes longues, donc je parlerai des chansons dans l’ordre d’écoute. Que le lecteur se rassure, les infos arrivent au fur et à mesure des écoutes.

Alpha et Omega de cet opus, Bruce Dickinson signe les titres qui ouvriront et fermeront le livre.
« If Eternity Should Fail », à la façon de « Satellite 15… » démarre dans une intro atmosphérique, assez planante, avec une voix en écho. Mais comme je disais plus haut, retour au heavy pour le groupe. Le morceau poursuit sur un riff typique de Bruce Dickinson, lourd mais mélodique. Les lignes de chant du couplet sont très énergiques, avec un Bruce très en voix et un duo Harris/Mc Brain toujours aussi au top.
Un peu de légèreté sur le refrain, le morceau est très bon, et la fin narré avec cette voix d’outre tombe et définitivement la signature du frontman.
On continue avec le clip et premier titre diffusé qui, je vais être honnête, ne m’avait pas emballé à première écoute. Le couplet de « Speed of Light » ne m’avait pas emballé sur les lignes de chant. Mais après deux, trois écoutes, le morceau s’avère être très punchy et radicalement efficace. Ne serait-ce que l’intro avec ce putain de riff purement heavy avec le retour de the Air Raid Siren jouissif! Les mélodies des guitares sont excellentes sur le pré refrain et le solo magistral. Ça sera le morceau le plus direct et simple de l’album. Ce refrain va déchirer en live moi je vous le dis.
On apaise un peu les tensions avec « The Great Unknown » qui commence doucement avec de beaux arpèges, l’ambiance rappelle un peu celle de « Matter of Live and Death », un peu comme un mix de « Longest Day » et « Lord of Light ». La tension monte progressivement et Nicko sait y faire pour ça. Une fois lancé le morceau speede pas mal, avec un Bruce très haut sur son chant.

Soufflez un peu, on arrive au pavé Harris, vous savez LE morceau de Steve Harris, souvent long. Et bien là c’est 14 minutes les cocos. Le record « When the Wild Wind Blows » est battu.
Après une intro acoustique bizarre, « The Red and the Black » arrive à un chant qui colle de prêt la mélodie de guitare et je dois dire que le bassiste n’a rien perdu de son inspiration. Ça sonne presque celtique pour moi, c’est entrainant à souhait. Le titre évolue sur un tempo similaire, mais les mélodies changent constamment, rien de répétitif de ce côté-là. Un long moment servira de chant de bataille pour nos trois mousquetaires. Le trio Murray/Smith/Jers s’en donne à cœur joie et finissent le morceau avec panache sur une mélodie classique maidenienne, à la tierce. Bah voilà, Maiden sait être classique !
Bon là encore la première écoute, concentrée, était fastidieuse, mais ça rentre très vite en tête et vous ne verrez pas passer le temps.

Petit (gros) clin d’œil sur « When The River Runs Deep » et son intro qui rappelle clairement la période « Seventh Son », pour moi ça fait très « Moonchild ». Le morceau n’est pas mauvais mais moins mélodique et inspiré que les précédents. Le refrain fait un peu retomber la pression c’est dommage. Les solos sont pas contre toujours efficaces, avec une batterie qui martèle comme il faut.
Le titre éponyme, « The Book of Souls », et son intro acoustique se voudra plus mystique, épique et lent. On note toujours quelques sonorités orientales sur les mélodies et les orchestrations, rendant le tout très immersif. Bon je le répète mais Bruce est dans une forme olympique. J’aime bien le break clin d’œil à « Losfer Words (Big ‘Orra) » de « Powerslave ».
Oui le groupe fera beaucoup de références à son passé. Signe certain qu’il ne renie pas ses origines et que cette époque fait toujours partie d’eux.
Bref belle façon de conclure le premier chapitre du livre.

Le chapitre 2 commence avec « Death of Glory », titre plus court que la moyenne qui mais qui n’est malheureusement pas extraordinaire du fait de la trop longue répétition du refrain qui est à mon sens trop simple. Il y a toujours une bonne énergie et un couplet bien mélodique mais ça ne suffit pas à faire de cette dose de heavy couillue un morceau ultime.
Référence surement la plus évidente de l’album, « Shadows of The Valley » et son intro très « Wasted Years ». Mais ça s’arrête là car on poursuit avec un riff très efficace, puissant, classique certes mais qui file une bonne pêche. Les orchestrations toujours présentes s’insèrent à merveille dans la composition, surtout sur le refrain.
« Tears of A Clown » est un morceau hommage au regretté Robin Williams, ce qui en fait déjà un morceau touchant à mes yeux. On y entendra surement plus un morceau rock burné qu’un morceau heavy comme depuis le début. Forcément pas le plus joyeux de l’album, ce titre apporte un peu de calme, un peu d’air frais sur cet album dense, avec un chant mélodique plus posé et très appréciable.
« The Man of Sorrow » est le seul titre où notre Dave Murray est crédité. Très beau et calme solo pour lancer ce morceau. Les arpèges passent crème, et Bruce chante de façon magnifique et mélancolique. Le morceau apaise et le texte inspiré fait référence à des situations que tout le monde a forcément et malheureusement connu. Le morceau continuera de monter légèrement en puissance sonore. Le refrain rentre vite en tête, toujours sublimé par ces orchestrations.

The Empire of The Clouds

Je me dois de faire une partie unique pour l’Omega. LE « Empire of the Clouds » de 18 minutes de Bruce Dickinson qui vient nous narrer ici le crash du dirigeable R101. Ce titre est presque une… Concept song ?? La musique évolue avec l’histoire, avec des tensions et des apaisements. Et oui Monsieur Dickinson fait ça bien.
L’intro et plus généralement le début de la chanson vous surprendront obligatoirement. Piano (joué par Bruce himself), violoncelle, voix. C’est tout et c’est une première pour le groupe. Certains râleront. Oui. Le groupe ne s’est en effet jamais autant éloigné de son berceau. Mais quelle magie, quelle beauté et émotion dans ce passage. C’est pas de l’évolution ça !!?? Le frontman chante comme s’il était témoin attristé et impuissant devant cette histoire tragique. L’échec de l’homme, trop imbu de lui-même.
La batterie et les guitares montent progressivement alors que l’on nous narre cette tragédie et tout cela dans un naturel déconcertant. Le mois passé par Bruce sur cette pièce porte ses fruits et en fait un chef d’orchestre indéniable. Son interprétation est parfaite, vous aurez juste à vous laisser bercer.
On arrivera à un interlude où le heavy du groupe se refera entendre. Rythmiques véloces, batterie martelée par un Nicko Mc Brain très en forme. Un des riffs vous rappellera le riff dantesque de « The Legacy » sur « A Matter of Life and Death ».
Les orchestrations ultra prenantes de Jeff Bova sur cette partie foutent des frissons. Heavy à tendance symphonique made in Maiden ? Putain j’en ai toujours rêvé !!
Les solos sont excellents, bien à leur place et non pas enchainés les uns après les autres. Le capitaine reprend le flambeau pour nous narrer le début du drame et à ce niveau c’est du très très lourd les amis. Un break piano très film d’horreur basculera le destin du R101.
Le final épique est juste magnifique. L’unité du morceau est bluffante. Le groupe s’est vraiment surpassé. Bruce m’a mis sur le cul… bien plus que d’habitude.


Quatrième de couverture


Bon après ce long morceau dantesque, que dire, in fine, de l’album ? Il est excellent après deux ou trois écoutes. Trop d’informations à la première écoute. Faut digérer tranquillement. Après c’est que du bonheur. Certains morceaux seront un poil en deça mais certains valent vraiment le détour. L’arrivée des orchestrations apporte pour mon la touche de nouveau que j’aime. Mais je comprendrai que certains soit plus septiques.
IRON MAIDEN sort des morceaux plus longs oui, mais dans ce « Book Of Souls » vous traverserez aussi le passé musical du groupe, ce groupe qui avance sans renier ce qu’il a fait ou se reposer sur ses lauriers. Et faire ça au bout de 35 ans de carrières je dis merci messieurs, ils y en a qui devraient prendre exemple.

*Ensemble de l’album SANS « Empire of the Clouds » : 8.5/10
*« Empire of the Clouds » : 10/10
*Un groupe majeur qui se fout pas de ses fans et se sort les doigts ?: 10/10

THE BOOK OF SOULS : 10/10
 
Critique : SBM
Note : 10/10
Site du groupe : Site Officiel du groupe
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