Chronique

ENSLAVED - E / Nuclear Blast 2017

Après 25 ans d'existence, 26 même, Enslaved refait peau neuve, ce que résument un nouveau logo et un rune sur l'artwork. Cet air de nouveau départ voulu par les norvégiens ne pourrait être démenti par une approche visuelle et artistique plus raccord avec leurs racines que ne l'a été en comparaison le très étrange In times, sorti en 2015. Ce serait donc la fin d'une longue épopée. Celle opposant le black métal traditionnel au rock progressif des seventies. Car avec son concept fort, E signe comme une armistice, et illustre une autre dualité. Celle de l'homme avec la nature. Cette rune, Ewhaz, représente le cheval. Au-delà de ce sens premier, et même au-delà de cette idée de coopération entre l'homme et cet animal emblématique de la culture nordique, elle évoque la notion d'un lien profond avec la nature, une harmonie, un équilibre, un tout. OUF! Une telle promesse venant des leaders du métal progressif moderne a de quoi piquer la curiosité. Donc halte au concept, et place à la musique.

Storm son - L'ambitieux
Si Enslaved figure parmi les pionniers du black métal norvégien, il n'a pris son statut de groupe mythique qu'après avoir opéré une longue mue en intégrant des éléments progressifs, en particulier côté chant. Ce aspect sert moins la rythmique, comme c'est le cas classiquement, que le sens mélodique, en particulier lorsque pointe le chant clair. E ne fait pas exception et met même dès le premier titre Storm son l'accent sur son nouveau claviériste, chanteur et même producteur Håkon Vinje. Ce dernier ouvre un premier mouvement particulièrement lent et expansif au diapason des canons du groupe, prend le lead avec une panoplie de chœurs et de chants clair. La qualité et l'intensité est au rendez-vous. Herbrand Larsen, l'ex-clavériste peut être fier de ce jeune talent, tout juste âgé 26 ans. Grutle Kjellson finira tout de même par prendre le relai avec son chant guttural, puis caverneux, et monte le titre à un autre niveau d'intensité.

A son paroxysme, le morceau sonne une charge de cavalerie et tire l'ensemble droit vers un mouvement final intense et épique. Ce deuxième effet Kisscool a quelque chose de familier et de très oldschool, puisque ce décor viking et ce jeu à la double pédale rappelle Bathory, un des pionniers de la première vague black métal, ou plus récemment le groupe de death métal suédois Amon Amarth. Sauf que Storm son totalise onze minutes, et plus qu'un record pour une introduction, c'est une entrée en matière des plus ambitieuses.

Sacred horse - Le coeur
Mais quel meilleur titre pour représenter les ambitions du groupe que Sacred horse qui aborde de la façon la plus directe le thème de l'album ? Son premier mouvement va précisément là ou le groupe est à l'aise, et projette un véritable coup de poing dans la tronche avec un riff pachydermique et dissonant. Sauf que. Sauf que la dissonance ne vient pas des guitares mais de l'orgue Hammond, l'instrument typique du rock prog des seventies, qui n'est plus seulement dans le décor, mais contribue à l'esthétique du rythme.

Et c'est lorsque ce même instruments prend les rennes dans le solo qu'on peut se rendre compte de ce que créer vraiment Enslaved avec ce nouvel album. Une nouvelle façon de se représenter le métal progressif avec exactement les mêmes ingrédients. Enfin, les plus pointilleux remarqueront que jusqu'ici, les solis de guitare ont totalement disparu. C'est plutôt un long moment de flottement qui accompagne le titre vers la fin, une fin épique, encore une fois, avec un riff simple et des choeurs adaptés à un récit de mythologie viking. Le moment gold de cet album.

Hiindsiight - Le dément
Ce qu'Enslaved soigne en particulier, ce sont les fins d'album. Toujours. Et Hiindsiight ne déroge pas à la règle. D'un point de vue conceptuel et musical, ce titre, "Sagesse retrospective", remet les dualités sur la table avec ce que le groupe a perfectionné avec ce nouvel album. C'est ce qui le rendra majestueux, mais aussi terriblement difficile d'accès.

Il n'y a plus réellement de mouvements ou du moins d'enchaînement propres à la narration des précédents titres. Hiindsight alterne les opposition entre les différentes entités musicales. D'un côté, Grutle Kjellson impose un chant caverneux et profond, sur un riff aussi lourd et doom que ce que peut être lourd et doom le doom lui-même. D'un autre, une dimension psychédélique fait surface, et poussé au maximum dans un moment complètement perché inspiré de Pink Floyd, avec encore une fois les choeurs de Håkon Vinje à l'oeuvre. Et pour clou du spectacle, un solo de saxophone. Déroutant.

Conclusion :
L'album compte six titres, mais ces trois-là atteignent réellement des sommets. Les norvégiens ont capté l'air du temps : l'intelligence naturaliste de Gojira, le terrain vague laissé par Opeth, et enfin la marque viking porté par Amon Amarth. L'intensité de ce nouvel opus écarte cependant toute forme d'opportunisme mais doit se voir comme la philosophie du groupe a projeter des émotions toujours plus fortes dans la musique, et à s'opposer aux conventions, fondement même du black métal.

Quoiqu'un peu inégal, E est une oeuvre majeure de l'année et Enslaved conforte sa place parmi les leader du métal progressif contemporain.

Je vous invite également à découvrir les bonus tracks, et en particulier la reprise d'un groupe électro norvégien... assez (o_O)

Line up:
Ivar Bjørnson: guitare
Grutle Kjellson: chant et basse
HåkonVinje : chant et claviers
Cato Bekkevold : batterie
Ice Dale : guitare lead

Tracklist
01. Storm Son
02. The River's Mouth
03. Sacred Horse
04. Axis Of The Worlds
05. Feathers Of Eolh
06. Hiindsiight
Bonus :
07. Djupet
08. What Else Is There? (RÖYKSOPP cover)

 
Critique : Weska
Note : 9/10
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