Chronique

BEHEMOTH - I LOVED YOU AT YOUR DARKEST / Nuclear Blast 2018

L'attente a été longue... et chargée de suspense. En 2014 sortait « The Satanist », chef d'oeuvre de métal extrême dont BEHEMOTH peut être fier. Il était même question que le groupe s'arrête un long moment après cette réussite.
Entre temps, Adam « Nergal » Darski, leader de la bête s'est diversifié avec son projet blues « Me And That Man ». Ainsi deux questions subsistent... BEHEMOTH reviendra-t-il, et si oui, que faire après un album de cette qualité ?

Voilà que quatre années ont passé, et ils reviennent avec une nouvelle offrande intitulée « I Loved You At Your Darkest ». Nul n'est étranger à la rage de Nergal (et du groupe) contre la chrétienté et le groupe applique l'adage « Soit proche de tes amis, soit encore plus proche de tes ennemis »
En intitulant leur album à partir d'une citation biblique de Jésus Christ, le ton est donné et ce n'est que le début.

L'introduction « Solve (Intro) » avec son chœur d'enfants scande des « I shall not Forgive Jesus Christ » qui fera écho au premier extrait qu'est « God = Dog ».
Le deuxième extrait, « Wolves Ov Siberia » n'est pas représentatif de l'album. Loin de là car il rappelle trop le ton de « The Satanist ».
Or l'album regorge de nouveautés, d'expérimentations. Par exemple « Bartzabel » et sa batterie tribale ouvre de nouveaux horizons à la musique des polonais, plus introspective, plus raffinée qu'elle ne l’était. Et quand je dis que le groupe se rapproche de son ennemi, il va jusqu'à en utiliser ses codes. Écoutez le chant très religieux sur ce morceau et vous comprendrez.

La claque grandiose de cet opus reste encore pour moi « Ecclesia Diabolica Catholica », avec une rythmique plus rock, plus légère, une batterie moins blastée mais en restant toujours violent avec cette voix caverneuse si efficace de Nergal. D'ailleurs du pur brutal vous en aurez avec « Angelvs XIII » qui martèle une rage d'une rare intensité, ça me rappelle « Evangelion » : Jouissif mais en terrain conquis.
Je suis plus fringant des morceaux plus expérimentaux comme « Havohej Pantocrator » qui se lance en clair et acoustique. Nergal interprète ici le morceau de façon gutturale mais posée. La haine viscérale a disparu pour laisser place à une triste contemplation amère su meilleur effet. Le travail d'Inferno derrière les fûts m'a scotché tout au long de l'album. Du blast au tribal en passant par des phrasé punk rock (« Sabbath Mater »), il assure sur tous les fronts. On peut aussi remercier le producteur batterie Daniel Bergstrand (Meshuggah, In Flames)

On retrouve tout de même ces sonorités, sur les riffs, que l'on avait déjà sur « The Satanist » : plus claires, calmes mais malsaines au possible, très sombre. Le groupe explore un noirceur encore insoupçonnée et pour autant l'album est plus accessible et agréable à écouter. Le mixage et la production y sont pour beaucoup. Les multiples voix de « Rom 5 8 », apportant un côté psycho torturé, en est un bon exemple. Mixé par Matt Hyde (Children Of Bodom, Slayer) et masterisé par Tom Baker (Nine Inch Nails, Marilyn Manson) tout est parfaitement à sa place. Chaque note, chaque chœur, chaque son.

Il y a beaucoup à dire, mais votre oreille sera meilleur juge. Ne cherchez pas un « Satanist 2.0 » vous ne le trouverez pas. L'album est moins personnel pour Nergal et semble vraiment être un effort commun où chaque artiste met la main à la pâte. Avec plus d'éléments rocks et acoustiques, le groupe prouve qu'on peut faire de l'extrême sombre et malsain, vindicatif sans pour autant faire quarante minutes de blast et de triples croches. Seulement ça il n'y a que BEHEMOTH d'assez génial pour le faire avec autant de talent et de classe.
Comme son prédécesseur, cet album DOIT être dans la discographie de tout aficionado de metal extrême.
 
Critique : SBM
Note : 9/10
Site du groupe : Site Officiel
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