Chronique

CRADLE OF FILTH - GODSPEED ON THE DEVIL'S THUNDER / Roadrunner Records 2008

Cela faisait 2 ans, depuis 2006 et son album tant décrié "Thornography", que la bande à Dany ne nous avait donné signe de vie. Et oui, et c'est en guise de cadeau de Noël un peu en avance que les vampires nous gratifient de leur nouveau et tant attendu album du nom de "Godspeed on the Devil's Thunder".

Pour ceux qui avaient suivi de prés ou de loin l'actualité de nos anglais maquillés, vous aurez senti au cours de ses dernières années une "légère" tendance à se rapprocher du heavy, peut-être un peu trop pour certains puristes du style. Personnellement je trouve que l'intonation bien Heavy au niveau musical, est encore bien mis en valeur sur ce nouvel opus à contrario des dires qui ont pu circuler sur certains médias.

En jetant une oreille et dés les premières notes, vous pourrez apprécier la déferlante de notes et l'univers musical globalement très démonstratif. Le son en est que trop propre pour être honnête. Chacun pourra aller de son avis mais compte tenue de la tangente prise lors des derniers albums, CRADLE ici semble revenir vers ses premiers amours : les ambiances, l'orchestration et la narration.

Mais n'ayez crainte, car pour les fans des premiers CRADLE, sachez que nos hôtes vont nous faire voyager, par le biais d'un concept album, dans l'univers macabre de Gilles de Rais alias BARBE-BLEUE, rien que ça, qui vous rappellera sans doute l'époque "Cruelty And The Beast" de 1998, avec la non moins célèbre Coutess Bathory. Et que pour cela l'atmosphère malsaine et orchestrale, si importante pour un groupe de Black Métal, sera enfin recouvrée. La grande époque va enfin peut-être ressusciter.

Après une introduction orchestrale d'une grande classe qui pose les fondations d'un album tout en finesse et en profondeur c'est un "Shat out of Hell" très Black, blasts à la batterie, voix gutturale et criarde qui va vous pourfendre les tympans. Tout y est, et cette fois c'est sur, CRADLE ne va pas faire ni dans la dentelle ni dans le "commercio-black métal" qu'il c'était, au fur et à mesure, malheureusement approprié.

Pour revenir à la trame principale et vous donner envie, sachez qu'il parle donc de Barbe Bleue, personnage cultissime pour tout adorateur de l'histoire française occulte. Compagnon de Jeanne D'arc et inculpé puis brûlé pour divers chefs d'accusation comme meurtres, satanismes, viols, enlèvement ou encore sodomie (et oui à l'époque c'était pas bien, maintenant il paraît que c'est 'pratique usuelle'…) et j'en passe. Ce personnage haut en noirceur, a vécu une vie de débauche, guidé par la main d'aller savoir qui, et espérons que notre Dany international, fortement inspiré par ce protagoniste, ne prendra pas la même direction.

Pour revenir à la musique, je ne saurai que trop vous conseiller de vous munir du livret (pour les paroles), une bougie (pour l'ambiance et pas pour ce que vous pensiez bande de dégueulasses !!), d'une bouteille de vin et laissez vous entraîner dans la danse. En effet, comme un bon album de King Diamond, l'album se laisse conter et la partie musicale ne sera qu'un accompagnement à la narration énigmatique de Dany et de ses chœurs orchestraux. Chaque piste sera précédée d'une petite narration qui vous plongera droit dans la l'histoire et les mésaventures de Gilles de Rais. Bref, si vous jouez le jeu, vous rentrerez facilement dans cet environnement malsain à souhait et donc ressentirez toutes les subtilités de cet album complet et loin d'être dénué de double sens…

Malgré un premier titre très Black, on pourra trouver, et dés le second titre "The Death of Love", un univers très Heavy, plutôt mid-tempo (dédicace à guigui;) et fustigé de chœur féminin (Jeanne d'Arc). Ces deux premiers morceaux vous exposeront la ligne directrice de tout l'album qui pourra se trouver très Black et tantôt Heavy, avec tous les ingrédients propres à chacun. En bref, que du bonheur !

Mention spéciale pour le nouveau batteur, très "clinique", Martin 'Marthus' Skaroupka / Devil's Thunder/Something Wicked This Way Drums (cf. livret), qui ne vous fera pas regretter le non moins talentueux Adrian Erlandsson présent depuis l'album Midian. Son jeu est à la fois très fourni ainsi qu'extrêmement précis, pour le plaisir des amateurs de son triggé !

Coté production, c'est Andy Sneap (Kreator, Machine Head, Megadeth, Arch Enemy) qui s'est occupé des manettes et pondre ce bijou. En effet le son, comme je l'ai dis plus haut, est parfait. Les guitares sont énormes et ne mangent pas du tout les belles orchestrations ainsi que la voix de Dany, et c'est de préférence important quant on veut mettre en valeur les paroles et la diction. On regrettera cependant des sons d'instruments classiques très "plastiques" ou pour les techniciens, trop midi… et un son de batterie aussi triggé qu'un "Images and Words". Au moins vous êtes prévenus.

Personnellement, j'avais laissé tomber un peu ce groupe, prétextant une certaine apathie concernant la diversité musicale, ainsi qu'une musique devenue trop lisse à mon goût pour un groupe de soi-disant Back Métal, préférant des BELPHEGOR ou autre BEHEMOTH. Mais je qualifierais ce nouvel album comme un bon coup de pied au cul afin de remettre les pendules à l'heure. Même si CRADLE se retrouve réduit à 4, il en ressort que le bon. Le temps de la polémique est révolu et laisse place enfin à l'art proprement dit. Gageons que cet album soit un nouveau départ et pas seulement de la poudre aux yeux.

Pour conclure, vous ne regarderez plus CRADLE comme l'élément usurpateur du Black Métal mais bien comme son digne représentant "VRP" qui a su imposer à la face du monde des mortels, sa musique habilement composée même si parfois trop "accessible" pour le public extrême que nous sommes.


Tracklist : In Grandeur and Frankincense Devilment Stirs / Shat out of Hell / The Death of Love / The 13th Caesar / Tiffauges / Tragic Kingdom / Sweetest Maleficia / Honey and Sulphur / Midnight Shadows Crawl to Darken Counsel with Life / Darkness Incarnate / Ten Leagues beneath Contempt / Godspeed on the Devil's Thunder / Corpseflower
 
Critique :
Note : 8/10
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