Interview

KLOGR (2017) - Rusty (Chant, Guitare)

Deux ans après leur EP « Make your stand », les italiens de Klogr nous reviennent avec un troisième album « Keystone ». Un excellent disque entre metal et grunge qui confirme le groupe comme l'un des grands espoirs de la scène alternative mondiale.Rencontre avec leur talentueux et sympathique leader, Rusty.

« Votre album est cohérent de bout en bout et très bien produit. On sent que vous avez passé énormément de temps à la production. »


Rusty : « Dans le passé, je m'occupais soit de la production soit de la co-production de nos albums. Pour celui-ci, nous avons trouvé un producteur et du coup j'ai pu me concentrer uniquement sur la partie artistique. De ce fait, les choses ont été plus simples. Cela a permis de trouver cette grande cohérence dont tu parles. Etre à la fois musicien et producteur n'est pas chose aisé. Quand tu n'as plus qu'à te préoccuper de ton rôle de chanteur/guitariste, tout devient plus facile. »

« Votre son est entre metal et grunge. On sent que le groupe est très influencé par un groupe comme Alice in Chains. »

Rusty : « C'est vrai. Et Pietro qui a intégré le groupe il y a trois ans est encore plus branché grunge que moi. Son arrivée dans le groupe a encore davantage marqué cette influence chez Klogr. »

« Tu es le dernier survivant de la première mouture du groupe. Pourquoi tous ces changements de line-up ? »

Rusty : « C'est difficile de maintenir un groupe. C'est comme une entreprise ou un contrat de mariage. Tout peut s'arrêter à tout moment. Dans la formation précédente, nous avions un réalisateur dans le groupe, un autre qui ne pouvait partir en tournée qu'au moment des vacances. Ce n'était pas simple. »

« Pourquoi avoir choisi David Botrill, producteur notamment de Muse ou Tool pour cet album ? »

Rusty : « On compte nombre de producteurs talentueux en Italie mais je voulais pour ce disque un producteur de renommée internationale. J'avais en tête trois ou quatre producteurs dont David. J'aimais le fait qu'il ait travaillé avec des artistes aussi différents que peuvent l'être Peter Gabriel ou Tool. C'était le type de producteur qu'il nous fallait. Il a bien compris ce qu'était le groupe et nous a permis de faire un saut qualitatif. »

« Il est venu enregistrer l'album chez vous à Carpi (ndlr ville d'Emilie-Romagne proche de Modene). »

Rusty : « Oui. Nous avons au préalable discuter quatre mois via skype sur la pré-production. Pour la production elle même, il est venu ici à Carpi dans nos studios, le Zeta Factory Studio où nous avons passé un mois. »

« Le Zeta Factory Studio sont vos propres studios ? »

Rusty : « Oui, tout à fait. Ce sont des studios d'enregistrement dont je m'occupe au niveau management. J'y ai également produit des groupes mais ne veux plus faire cela pour le moment car je trouve que cela ressemblerait trop à un conflit d'intérêt. Nous y organisons aussi des événements artistiques. »

« Ta voix est très mélodique sur ce disque. »

Rusty : « Depuis le dernier EP il y a deux ans, j'ai ressenti le besoin d'explorer d'autres styles au niveau de ma voix. Peut être dans le futur je reviendrai à un style plus hurlé mais je trouvais qu'une voix mélodique était plus dans la tonalité d'ensemble de cet album. »

« Les paroles du disque sont très sombres. »

Rusty : « Elles reflètent malheureusement l'état actuel des choses. Tant au niveau politique qu'écologique, on ne peut pas dire que la planète se porte bien. Quand tu vois les plus fortunés s'enrichir davantage chaque jour alors que tant de gens meurent de faim, il y a de quoi être révolté. »

« Tu fais d'ailleurs partie de l'organisation écologique Sea Sheperd ».

Rusty :« Je n'en fais pas partie car je n'ai pas le temps mais je les soutiens. A chacun de nos concerts, nous distribuons leurs tracts, les infos qu'ils publient. »

« Something in the air » sur l'album parle justement de cette urgence écologique. »

Rusty : « Tout à fait. Quand tu penses que le taux de monoxyde de carbone qui est dramatique ne pourra plus jamais être abaissé, il y a de quoi désespérer. »

« La pochette de l'album est l'oeuvre de l'artiste italien Andrea Saltini, c'est un ami à toi ? »

Rusty : « Il vient de la même ville que moi, Carpi. C'est un artiste à la renommée internationale qui a déjà exposé à la Biennale de Venise. Nous avions déjà collaboré ensemble au Zelta Studio pour des événements artistiques. Je lui ai acheté ce cadre à un prix d'ami, heureusement (rires). Il représente un insecte face à l'homme pour montrer à quel point l'homme est présomptueux face à la nature. Il se croit supérieur à celle-ci alors que son comportement est plus stupide que celui des animaux. »

« C'est un super art-work. »

Rusty : « Oui mais il convient que l'intérieur soit aussi bon. C'est comme pour une bonne bouteille de vin. Si tu as un super design au niveau de l'emballage mais que c'est de la piquette, c'est dommage. J'espère que la musique est aussi belle que l'art-work. »

« Pourquoi as-tu choisi depuis les débuts du groupe l'anglais plutôt que l'italien ? »

Rusty : « Dans mon groupe précédent, je chantais en italien mais avec l'anglais c' est plus facile pour se faire comprendre du plus grand nombre. »

« La scène metal italienne est-elle importante ? »

Rusty : « Elle est assez importante surtout dans une ville comme Milan. Mais les infrastructures en Italie ne sont pas aussi fortes que dans le reste de l'Europe. Ni le public rock d'ailleurs. Si tu fais venir AC/DC ou Metallica ici, tu ne dépasseras pas les 20000 personnes pour un concert alors qu'en France ce sera plutôt 50 ou 60000. »

« Vous partez bientôt en tournée avec Rasmus. Excité à cette idée ? »

Rusty : « Totalement. Nous avons assuré la première partie de Prong il y a trois ans et cela a été une super expérience mais je pense que nous correspondons plus au public de Rasmus qu'à celui de Prong. Leurs fans aiment un son assez trash, assez dur et nous sommes sans doute un peu trop mélodiques pour eux. Nous aurons un set de 3/4h durant cette tournée ce qui est parfait pour faire découvrir ton groupe. Moins, tu n'as pas le temps d'installer une ambiance et plus tu peux lasser le public qui est venu pour la tête d'affiche. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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