Live Report

GLENN HUGHES - Elysée Montmartre - 6/11/2018

 
Glenn Hughes est de retour et le terme « retour » n’est pas fortuit puisqu’il fait carrément un retour aux sources.
Si tu es fan de Deep Purple, qu’est-ce-que tu faisais le 6 novembre ?! A mon avis, si t’étais malin, tu étais à l’Elysée Montmartre !
Soyons clairs : l’actuelle formation de Deep Purple fait des choses passionnantes au présent. Mais si tu veux écouter Stormbringer ou Burn en live, tu peux toujours rêver, c’est pas Ian Gillan qui va s’y coller.
Et donc, vu que les chances de voir un jour Glenn Hughes et David Coverdale rejouer avec Ian Paice et Ritchie Blackmore sont à peu près aussi élevées que celles de voir Donald Trump rendre un hommage national à Malcolm X, Glenn Hughes s’y colle. Et nous ressort les morceaux des albums sur lesquels il a joué.

Si toi aussi tu étais trop jeune en 1975, c’est l’occase de te rattraper. Alors certes, si Glenn Hughes prend le temps de le faire c’est qu’il avait un peu de boulot avec Black Country Communion, mais aussi beaucoup de temps libre vu que son compère guitariste dans le-dit groupe jongle avec 25 projets en même temps sans trop se soucier de leurs retombées vu que ça marche tout seul (Joe Bonnamassa on t’aime, mais hyperactif, y a des médicaments pour ça). Bref, on aime tous Glenn Hughes qui est un musicien attachant, talentueux avec une voix qui doit couvrir pas loin de 6 octaves sans forcer, mais oui, on peut admettre qu’il n’a pas eu le succès public que son organe méritait.
L’avantage de rejouer du Purple sans concession, à l’ancienne, même avec le look d’époque (et on peut dire que passé 60 piges, il a encore plus de jus que certains de 30) ça a plus de chance de remplir les salles qu’un projet plus moderne et plus perso (c’est dommage, mais il est musicien depuis longtemps donc il a eu le loisir d’essayer).

J’avais jamais eu droit à Burn, Sail Away ou Mistreated en live joué comme à l’époque. Ben maintenant c’est fait. Et c’est bien.
Glenn Hughes a eu l’intelligence de s’entourer de musiciens suffisamment lettrés et zélés pour pouvoir se rapprocher de ce que les musiciens de Purple étaient dans les années 70.
Donc, même si en effet le guitariste a tout de Blackmore sauf le caractère de chien de combat sous amphétamines (rigolez mais ça a une incidence sur le jeu de guitare et c’est aussi ce coté sans compromis qui a donné le son du monsieur), même si le clavier joue sur le même Hammond en restant dans les clous de ce que John Lord faisait à l’époque (Strauss inclus), même si le batteur est tout aussi versatile sur sa caisse claire et ses toms (« You fool No one » c’est magique quand même) on peut quand même leur reprocher deux choses.

Oui deux pas plus, c’est extrêmement peu au fond, vue la taille de l’enjeu.
Déjà ça joue comme à l’époque. Mais à l’époque, ils étaient défoncés (je ne souhaite à aucun musicien de sombrer dans l’enfer de la drogue ou de l’alcool soyons clairs) mais ça manque de folie et ce, pour une raison qui est le deuxième problème : même si Glenn laisse à tous ses musiciens un beau et long solo très inspiré des soli d’époque (normal et souhaitable) on sent bien qu’il n’y a qu’un patron et que tout est centré sur lui. Or un des trucs qui faisait la magie de Purple, c’est que tout le monde se tirait la bourre et se provoquait en live d’où les digressions délirantes et parfois magiquement inspirées et imprévues.

L’autre truc donc c’est qu’à vouloir centrer tout sur le patron, on en perd un truc qui faisait la spécificité de cette formation de Purple à savoir le chant à deux voix. Alors oui, Glenn Hughes peut chanter les parties de voix de David Coverdale ou de Ian Gillan (y a juste assez de Purple Classic pour ressembler à ce qu’étaient mark III et IV en live), mais c’est pas parce qu’on peut qu’il faut forcement le faire. Ses musiciens (dont il est très dur de trouver le nom tellement on communique dessus) font des chœurs, personne ne tient vraiment le contrepoids de l’époque alors que la partition de voix est vraiment écrite pour deux solistes de haut vol. Donc Purple à l’époque c’était deux voix lead (magnifiques en plus). Force est de constater que les basses de Coverdale sont un peu plus dans sa tessiture que celles de Glenn qui allait choper les infrasons comme d’autres prennent leur petit dej’. Résultat : solitude.

Donc bien sûr, ce n’est pas Purple, c’est juste le plus près possible, la seule opportunité d’entendre ces titres en live (très) bien joués et une « expérience » live proche de l’original à 80%, ce qui est déjà énormissime. Bref, si comme moi vous avez plus de 5 live de Deep Purple chez vous, bah normalement vous étiez là non ? Sinon, séance de rattrapage l’année prochaine, ils font tourner le show encore environ un an et demi avant de passer à autre chose.
A faire en vrai avant de choper la vérole.
 
Critique : Thomas Enault
Date : 6/11/2018
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