Live Report

CALIBAN - LIONHEART - TRABENDO - Paris - 11/12/2018

 
Souvent, quand on va voir un concert, on a un peu peur de la ou des premières parties. De plus en plus rares sont les artistes qui osent prendre le risque de tourner avec des gens qui risqueraient d’être meilleurs qu’eux. Ca donne parfois des situations où le grotesque et l’affreux donnent envie de fuir ou de noyer son chagrin au bar de la salle de concert. Et puis, parfois on tombe sur des affiches où il n’y a rien de rien à jeter. En allant voir Caliban au Trabendo je savais que j’allais soit me faire plaisir avec la tête d’affiche soit être déçu vu que l’album était très très bon. Je n’espérais pas que j’allais me prendre trois bons concerts d’affilée dans la face. Et pourtant, ce fût le cas.

Narrons cela en quelques mots choisis et percutants, après tout, vous aviez qu’à venir. Et venir c’était pas motivant vu que sortir un soir de semaine (un mardi), par un froid de gueux, faut vraiment avoir la rage. En arrivant sur place, force est de constater que le Trabendo est vraiment une « grande petite salle ». Comprendre : le plateau est petit et la scène culmine à 50cm du sol dans un creux qui sert de fosse, genre mini-amphi pas droit. Et ça a facilement l’air vide. Avant le concert de Bad Omens, ça à même encore l’air très vide. Faut dire qu’il est tôt et qu’avec trois groupes à l’affiche, arriver en retard est parfois tentant.
Et puis Bad Omens arrive et force est de constater que tous ceux qui sont devant la scène connaissent les paroles et sont à fond. Beaucoup moins léché que sur disque, le groupe envoie un set court, carré et efficace, jouant « un peu » sur le coté « beaugossitude » qui attire un public à la fois mixte et jeune. Sauf que, comme la musique est très mûre, surtout pour un groupe aussi jeune (trois ans d’existence et un seul album) et beaucoup plus percutante en live, on se dit qu’il va falloir les suivre de très près et très vite.

Ensuite, on accueille Lionheart, il s’agit d’un groupe ricain qui fait du très gros Hardcore. J’avoue que j’ai d’abord cru qu’on allait se fader leur homonyme anglais qui pratiquaient un heavy déjà un peu fatigué dans les années 80, mais ouf non. (Ils se seraient d’ailleurs fait tuer entre deux groupes de metalcore donc le ouf c’est surtout pour eux). Lionheart donc, à défaut d’avoir choisi un nom inédit et inconnu (à l’ère de google ça fait quand même un peu concon de récupérer le blase d’un groupe de heavy qui a fait son revival en 2016 mais bon, chacun ses névroses), Lionheart donc, nous vient de Californie et m’a fait penser à ce que serait Biohazard s’ils n’avaient pas arrêté. On pense aussi à Madball ou Sick Of It All, bref, c’est compact comme un bloc de ciment, ça tape comme une balle et ça rebondit autant qu’un bloc de fonte sur la lune avec lequel on tenterait un basket (comprendre : ça marche mais oui, c’est du lourd donc ça secoue de la poussière). Les mecs sont super sympas, ils sont déjà venus en France et ont gardé contact avec des fans qu’ils appellent par leur prénom et font venir avec eux backstage pour causer, genre retrouvailles de vieux potes. Bref, le genre de groupe où tu te dis : « Où est la faille ? » Bah, là, à vue de nez, j’ai pas encore trouvé, donc pareil, belle impression et concert en béton.

Et là, ami lecteur, tu te dis c’est ouf, le mec est allé voir Caliban et ça fait une page qu’il n’a même pas eu besoin d’en parler pour dire que le concert était cool. Et oui, tout ça c’était avant même le truc pour lequel on avait tous bougé nos miches dans un froid glacial un mardi soir donc.
Enfin, Caliban arrive sur scène, et même si on a déjà passé un super moment ça fait toujours plaisir de voir arriver la tête d’affiche. Les mecs ont un plateau quasi vide, rien au sol, un câble de micro à rallonge pour Andreas Dörner, ça sent le punk old school à plein pif. Et ça rate pas. On reproche souvent au metalcore d’être un genre commercial de beau gosse poseurs (oui, y’en a et parfois même ça les empêche pas de faire de la bonne zic donc on s’en bat les steacks), mais Caliban live c’est pas du tout ça. C’est sauvage, instinctif, brutal… Les mecs font à peu près tout ce qui leur passe par la tête sans logique apparente. Le chanteur donc, se retrouve à 4 pattes pour brailler, prend appui sur des têtes de fan, leur chante en pleine tronche sans micro vu que ses camarades zicos envoient aussi de la voix, slamme et crowdsurfe, les autres se déplacent sur le plateau de façon plus ou moins erratique. On sent que la seule chose qui est préparée, c’est de laisser le chaos intérieur s’exprimer librement. Autant sur disque c’est carré et précis autant là, on sent que malgré une technique en béton le but est justement de libérer la bête. C’est moins « clean » et même les voix planantes de l’album sont teintées d’une couleur bien rauque.

Au niveau répertoire vous trouverez la set list approximative en photo dans le report. Je dis approximative, vu qu’un des techos plateau a clairement dit dès le début « Pas la peine de la lire, ils la respectent pas toujours ». Bon ils ont quand même suivi le bon fil mais oui, apparemment c’est pas forcement cadré et c’est super rafraichissant comme perspective. Au niveau réaction du public ça saute de partout et c’est normal, en plus vu que le plateau est bas c’est assez facile de se laisser porter. Quant au final ? Plutôt que de perdre bêtement du temps a sortir de scène pour attendre le rappel, le groupe reste et annonce juste en substance « On va faire le rappel maintenant vu qu’il y a un couvre-feu, toute façon vous en voulez un ?» Un unisson de hurlements de Trabendo (qui s’est bien rempli) retentit, le groupe démarre un « encore » bien barré qui verra le public invité à rejoindre la scène pour le tout dernier titre. Puis fin rideau, rentrez chez vous. Une grosse baffe et au lit quoi… !
 
Critique : Thomas Enault
Date : 11/12/2018
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