Live Report

CERNUNNOS PAGAN FEST 2019 - Jour 1 - 23/2/2019

 
Les 23 et 24 février derniers a eu lieu à une trentaine de kilomètres de Paris, à la Ferme du Buisson dans la petite ville de Noisiel, la 11ème édition du Cernunnos Pagan Fest, un festival familial et convivial visant à rattacher le metal pagan à ses racines culturelles et musicales. Tout le week-end 20 groupes de diverses origines se sont produits sur les deux scènes de la Halle et de l’Abreuvoir, évoluant dans les styles viking metal, black, heavy, folk, mais l’extérieur de la Ferme du Buisson et le Caravansérail ont aussi offert aux visiteurs de tous âges la possibilité de profiter de spectacles de feu, de démonstrations de combat, de danses médiévales, d’initiations à la frappe de pièces ou au chant guttural sibérien… et d’un godet d’hydromel bien entendu, tradition oblige – et parce que l’hydratation c’est important.

C’est la 3ème fois que ce festival a lieu à Noisiel, après s’être tenu à la Loco à Paris, et pour la 2ème année consécutive il ne dure plus une journée mais deux, fort de son succès.

Après un rapide tour d’horizon du site, je vais voir le premier groupe de la journée, et c’est Gofannon qui ouvre le bal. Le groupe, nommé d’après un dieu de la mythologie celtique galloise, qui signifie « forgeron » et est l’équivalent du dieu romain Vulcain, est composé de 4 toulousains ; un guitariste, un violoncelliste, un batteur et un chanteur multi-instrumentiste qui passe aisément de la flûte à la clarinette. Leurs chansons aux sonorités folk et sylvestres sont relaxantes, beaucoup de délicatesse se dégage de ces morceaux inspirés des musiques médiévales traditionnelles de toute l’Europe, et les diverses langues dans lesquelles le chanteur interprète ses titres – occitan, français, anglais et suédois – rendent le set plutôt varié. C’est un concert calme et contemplatif, mais c’est plutôt agréable de bénéficier d’une entrée en matière tout en douceur avant d’embrayer sur des rythmes plus endiablés.

Et justement, ce sont Les Compagnons du Gras Jambon qui prennent la suite, dans une Halle déjà bien emplie, puisque le groupe s’est fait une réputation d’ambianceurs légitimement acquise lors de divers festivals musicaux et fêtes médiévales. Assister à un concert des Compagnons du Gras Jambon, c’est accepter un pacte tacite impliquant de reprendre en chœur et à tue-tête les paroles de « Bonsoir maître de maison », de sautiller frénétiquement sur place, de se ridiculiser de bonne grâce sur la chorégraphie des animaux de la forêt, et d’avoir pendant deux semaines dans la tête la chanson de la galette au beurre. La joyeuse troupe maîtrise toute une tripotée d’instruments ; vielle à roue, nyckelharpa, cornemuse, whistle, percussions, batterie, et le chanteur principal est souvent rejoint par tous les autres membres pour entonner des refrains on ne peut plus efficaces. Une de leurs grandes forces, en sus de leur talent musical : leur sympathie et leurs interactions avec le public. Ils amusent tout le monde avec leurs blagues (même ceux qui, comme moi, les connaissent déjà à force de les recroiser), lancent le début des pogos et circle pits, et nous laissent tous enjoués et prêts à enchaîner avec la suite du programme.

Et la suite, c’est Vanaheim, groupe néerlandais de pagan folk, qui allie guitare, basse, batterie et chant et marie à merveille mélodies dansantes traditionnelles et rythmes lourds et virulents. J’étais d’abord sceptique, à cause d’un son un peu hasardeux, mais le problème a rapidement été réglé, et j’ai été conquise par l’efficacité de leur musique, par leur énergie, par la présence très forte de tous les membres sur scène, à la fois charismatiques, super investis, pas pédants, et ayant l’air sincèrement contents d’être là. Une totale découverte pour moi que ce groupe assez récent, formé en 2015, mais que je reverrais avec grand plaisir, puisque je ne me suis pas ennuyée une seconde.

Place ensuite à Cemican, pour du pagan metal aztèque ! L’on associe plutôt le metal pagan à l’Europe, mais les Mexicains de Cemican nous plongent dans la période pré-colombienne, avec du thrash folk pagan alliant batterie, guitare, basse, percussions, chant, et beaucoup de chœurs et d’instruments folkloriques variés, pour un show total. Ils jouent le jeu à fond afin de produire un effet de dépaysement immédiat et pour nous embarquer dans leur univers, fait de légendes ancestrales et de divinités aztèques. Tous les membres sont parés de maquillages, de perles en bois, de plumes, et le clou du spectacle est assuré par un danseur totalement grimé en squelette, couvert de gigantesques plumes et d’un crâne de cerf, qui a fini sa prestation en faisant participer une festivalière pour simuler un sacrifice humain. Autant dire que l’on a de quoi être satisfaits en termes de spectacle et d’ambiance rituelle ! Si j’ai finalement plus retenu leur esthétique et leurs mises en scène que leur musique, j’en garde un bon souvenir, et l’envie de me pencher davantage sur leur cas.

Retour au calme dans la petite salle de l’Abreuvoir avec Nytt Land, un duo russe qui s’adonne au chant guttural sibérien, et fabrique ses propres instruments. Mari et femme, ils imposent un style visuel très fort, afin d’incarner au mieux les paroles de leurs chansons qui traitent d’histoire, de culture et de poésie scandinaves, et ils parviennent visiblement à captiver leur public, dont une bonne part écoute les yeux fermés, en plein recueillement. Cela ne fonctionne pas pour moi, j’ai beau comprendre objectivement les attraits de la musique de Nytt Land, je reste à côté, la transe ne prend pas, peut-être que les groupes précédents m’ont trop donné la pêche pour me permettre de profiter d’un concert soudainement beaucoup plus statique. J’écoute un petit peu par curiosité, je prends quelques photos, et je vais revoir le soleil à l’extérieur.

J’en profite pour aller faire un tour un peu plus approfondi du petit marché médiéval et découvrir les stands du Caravansérail : Rêves d’Acier, la Damoizelle de Fer, Vagabond Syndrome et pas mal d’autres proposent bijoux, cornes à boire, vêtements, armes factices, antiquités… Les stands ne pullulent pas, mais la sélection est de qualité, et l’on n’est pas submergé par l’afflux de marchandise ; pour moi qui étais essentiellement venue pour les groupes et qui ai déjà bien l’habitude des marchés médiévaux, c’est suffisant. Je jette une oreille à Dourgan qui joue seul sur la petite scène, et qui est décrit comme « guitariste breton » le samedi sur le programme et « guitariste breton atypique » le dimanche – un samedi à Noisiel, ça vous change un homme. Je fais un tour sur le stand du merchandising officiel, installé à l’intérieur près de l’accueil, et les stocks ont déjà bien baissé, notamment ceux du t-shirt du fest, déjà presque sold out pour la journée. L’on circule facilement sur le site, l’entrée des festivaliers étant plus proche des salles de concert cette année, et un passage a été ouvert pour passer d’un bâtiment à l’autre sans devoir faire le tour. Dans la série des améliorations, l’on peut également relever une plus grande variété de stands de nourriture, allant de la petite restauration (crêpes) à des plats plus nourrissants, comme les brods qui permettaient à tous de se nourrir : végétariens, vegans, intolérants au gluten. (Sauf aux photo-journalistes ventousées à leur appareil ayant décidé de ne rater aucun groupe, mais ça, c’est une autre histoire !) Après une petite pause nectar des dieux aka hydromel, reprise des concerts.

C’est au tour des auvergnats d’Aorlhac d’enthousiasmer le public, notamment avec des morceaux issus de leur tout dernier album, L’Esprit des Vents. Le groupe propose du black metal teinté d’histoire occitane et médiévale, à l’atmosphère sombre, aux guitares très présentes, et qui blaste pas mal. Je rencontre un vrai problème récurrent avec ce groupe : j’aimerais beaucoup l’apprécier, mais ce n’est pas le cas. J’aime leurs paroles, quand je les vois écrites – parce que là franchement dans la Halle je ne reconnais absolument pas que c’est du français –, leurs artworks, leur univers, mais je n’accroche pas du tout avec leur musique qui me fatigue au bout de deux minutes. Rapidement j’en ai marre d’avoir l’impression de me faire beugler dessus, de me faire bourriner la tête par la batterie beaucoup trop hystérique pour moi, d’autant que visuellement il ne se passe rien de chez rien… Les musiciens comme le chanteur ont tous l’air mi-blasé mi-endormi, leurs déplacements sont mollassons, leurs mimiques éreintées ne vont pas du tout avec le rythme frénétique de leurs morceaux. Je sais que ce set fut le coup de cœur de pas mal d’amis, mais pour moi ça ne marche pas, inutile d’insister, après quelques photos sentant bon la joie de vivre et le Guronsan je retourne voir dehors si j’y suis.

En tout début de soirée, c’est Baldrs Draumar qui entre en piste dans l’Abreuvoir, pour un show acoustique. Déjà présents lors de l’édition de 2017, ils étaient attendus de pied ferme par les habitués du Cernunnos. Originaires des Pays Bas, les 4 compères jouent un folk entraînant et sensible, composé de chant, de chœurs, de guitare, de basse, de batterie, ainsi que d’instruments à vent traditionnels, et pour ce set acoustique ils ont adopté l’attitude de bardes contant des histoires en frison aux spectateurs, à travers des chansons qu’ils expliquent volontiers entre les morceaux, ce qui crée une réelle impression de partage entre le groupe et le public. On se laisse bercer par certains morceaux émouvants, on rit avec eux lorsqu’ils racontent une anecdote à propos d’un mouton et que le public se met à bêler pendant un bon moment, leur bonne humeur et leur attitude souriante fait plaisir à voir. Excellents musiciens, très bons troubadours, ils savent mettre en valeur leur musique et je ne vois pas le temps passer.

Changement de salle, changement d’ambiance, je vais voir ce que donne Zywiolak, des Polonais qui chantent dans leur langue des récits folkloriques pleins de démons et de magie, sur du heavy folk mêlant instruments traditionnels et modernes. Avant que j’aie le temps de réaliser ce qui m’arrive, je perçois des sons on ne peut plus stridents qui me torpillent les tympans, je ne comprends pas ce qui se passe, une alarme incendie peut-être, une sirène quelconque, mais pas du genre qui égare les marins ? Je regarde autour de moi, personne n’est parti en courant, le public n’a même pas l’air plus perturbé que ça, et je comprends que c’était du chant. Wow, quelle expérience ! Alors c’est sûr, c’est incarné, mais peut-être un peu trop pour moi, la chanteuse doit sûrement donner vie à plusieurs personnages, elle a une tessiture intéressante, et le violoniste qui l’accompagne n’est pas mauvais, mais globalement entre les ultrasons et moi il y a incompatibilité là. J’ai bien vu les démons mais pour la magie on repassera.

Encore un changement de salle pour aller voir Horn, un groupe de black metal pagan allemand. De one-man-band constitué par Nerrath, Horn s’est mué en quintet avec batteur, chanteur, guitaristes et bassiste. Leur musique est efficace, carrée, plutôt motivante, mais le son de l’Abreuvoir ne lui rend pas trop honneur malheureusement, j’ai du mal à discerner tous les instruments, je perçois plutôt une masse d’ensemble un peu frustrante, et j’ai davantage apprécié le groupe ensuite en studio, dommage. Autre petit point noir, le manque de communication entre les musiciens et le public. Seul le bassiste interagit beaucoup avec les spectateurs, tire la langue, prend des poses, tandis que les autres sont assez fermés, et conservent une attitude de bad boys. Deux des membres ont d’ailleurs joué pendant tout le concert avec leur capuche sur la tête, ce qui n’est pas ce qu’on fait de plus communicant.

Enfin vient l’heure de retourner dans la grande salle pour assister au show de la tête d’affiche de cette première journée, à savoir Manegarm, pilier du metal folk et pagan depuis plus de 20 ans, et dont le nom fait référence aux loups Managarm Sköll et Hati qui dévorent la lune et le soleil au moment du Ragnarök. Le groupe suédois allie chant, violon, guitare, basse et batterie pour livrer une prestation plaisante, dynamique, très bien calibrée, dans un set qui a fait la part belle aux titres plus rock voire aux ballades metal plutôt qu’à ceux plus axés black. Les musiciens sont très mobiles sur scène, ils occupent bien l’espace sans nous laisser le temps de nous lasser, et les nombreux changements d’instrument du violoniste-guitariste participent à la variété du set. La petite surprise qui fait plaisir : un titre inédit accrocheur et punchy, très prometteur, issu du prochain album du groupe, joué pour la toute première fois. Eh oui, Noisiel a eu l’honneur d’une première mondiale, pas mal non ?

Dernière possibilité de danser, pogoter, user ses dernières forces en continuant la soirée après ce concert de clôture de la journée : le Macumba, qui fait danser les métalleux des festivals, du Hellfest au Motocultor, sur des tubes allant de populaires à douteux, à ranger dans la catégorie des plaisirs coupables ! Dans l’absolu je pourrais me laisser tenter, et aller sautiller un quart d’heure sur « L’Aventurier » d’Indochine et « Moi Lolita » d’Alizée, mais après des heures debout à m’imprégner de diverses ambiances pagan, folk et black, j’avoue que le grand écart me paraît un peu trop périlleux à ce moment-là, et je préfère rentrer pour me reposer en gardant les concerts du jour en tête, et mieux profiter du dimanche.

Mes coups de cœur du samedi : Gofannon, Les Compagnons du Gras Jambon, Vanaheim, Cemican, Baldrs Draumar.
 
Critique : Elise Diederich
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