Live Report

CERNUNNOS PAGAN FEST 2019 - Jour 2 - 24/2/2019

 
La journée du dimanche débute et se finit un peu plus tôt que la veille à la Ferme du Buisson, de midi à 22h30 au lieu de 13h à 23h, et je suis présente dès le début pour aller voir le groupe vainqueur du tremplin, Ethmebb. Ils sont les représentants du style « epileptic power death progressive black doom for children », tout un programme, et leur premier album s’appelle La quête du Saint Grind. En termes de références, nous voilà servis, et les clins d’œil continuent dès leur arrivée sur scène puisqu’ils sont plus ou moins déguisés en versions fantaisistes de Frodon, Legolas et Gandalf – le batteur avec son chapeau haut-de-forme et son gilet de costume ne semble pas issu du même film, étrange. C’est geek, ça joue le jeu de détourner tous les codes des fans d’heroic fantasy et de metal épique, ça a de quoi plaire aux aficionados de Reflets d’Acide, le chant saturé surprend, les accords de guitare tendent parfois vers le prog, mais j’ai du mal à accrocher longtemps parce que le son pas terrible de l’Abreuvoir pour ce concert ne me permet pas de saisir les paroles en français, et je sens que je passe à côté de la moitié de l’effet comique. (Et puis je me lasse toujours un peu plus vite des groupes déguisés qui misent sur un côté rigolo, ça me fait sourire cinq minutes, puis l’effet de surprise passé la parodie s’épuise et j’ai de moins en moins envie de voir jouer des musiciens avec des gros chaussons ou une fausse barbe.)

Deuxième concert de la journée avec les Italiens de Furor Gallico, d’après l’expression romaine pour qualifier la soif de sang des guerriers celtes qui envahirent l’Italie au IVe siècle avant J.-C. et qui mirent Rome à sac. Sur le papier, le groupe aurait de quoi me convaincre : black death mélodique avec des influences celtiques, alliance d’un chanteur et d’une chanteuse, présence de harpe, de flûte, de bouzouki… Pourtant dès le début du concert l’entrée des membres un par un sur scène au son d’un sample de violon très dramatique me laisse sceptique, et le jeu de scène des musiciens ne fera que confirmer cette première impression. Le chanteur, Davide, en fait des caisses, il prend des poses en permanence, et si c’est plutôt pratique pour prendre des photos, c’est quand même insupportable à regarder, et ça m’empêche presque d’entendre la musique. Je sais que Furor Gallico fut le coup de cœur de bon nombre de festivaliers, mais pour moi qui aime les attitudes authentiques et les mélodies poignantes, c’était vraiment trop artificiel tout ça. J’ai notamment eu de la peine pour la chanteuse, Valentina, qui paraissait effacée, écrasée par le chanteur, et à certains moments elle chantait en retrait pendant que lui faisait le beau, sans chanter, sur le devant de la scène… Gênant. Heureusement le flûtiste, le bassiste et le guitariste étaient doués et amusants, pas vraiment naturels pour autant, mais leurs poses semblaient globalement plus ludiques que vantardes, et ils souriaient au public plutôt que d’avoir constamment l’air de vouloir lui cracher dessus.

J’ai été beaucoup plus séduite par Acus Vacuum juste après, groupe belge de folk médiéval super dansant et à la bonne humeur communicative que j’avais déjà eu la chance de voir au Ragnard Rock Fest en 2016, qui a fait onduler le public au son des cornemuses et des tambours. Accompagnés d’une danseuse de tribal fusion belly dance qui a distribué de-ci de-là des massues et haches gonflables et un peu d’hypocras maison, ils ont facilement conquis les spectateurs, en offrant des mélodies entêtantes et parfaitement gérées, et une belle cohésion de groupe. Les pogos et slams se sont calmés lorsque le frontman a demandé au public de s’asseoir pour profiter au mieux d’une cover du thème principal de Game of Thrones, et c’était bien mignon de voir s’assagir en deux temps trois mouvements tous ces hurluberlus qui s’agitaient juste avant, tous assis dans l’Abreuvoir comme des enfants attentifs à leur histoire d’avant la sieste. C’est ça le pouvoir d’une formation comme Acus Vacuum, nous faire obéir au doigt et à l’œil, en passant de la furie au calme, en nous faisant savourer chaque note, de la plus énergique à la plus mélancolique.

Pas de temps à perdre, direction la Halle pour aller voir Skiltron, un des groupes qui me motivait le plus de cette édition, puisque je les ai déjà vus deux fois, dans la foule du Ragnard Rock Fest en 2016 également, et en petit comité dans la cave de la Cantine de Belleville – mes oreilles s’en souviennent encore, la cornemuse sans bouchons au premier rang et en sous-sol ce n’était pas l’idée du siècle –, aussi j’étais assurée de passer un bon moment. Skiltron est un groupe argentin qui réussit le pari de mélanger heavy metal et folk celtique, en additionnant batterie, basse, guitare, chant, cornemuse et flûte, rien que ça. Le frontman Martin McManus communique beaucoup avec le public, parfois en français, et est on ne peut plus sympathique. Son chant clair est juste et puissant, le son est bien réglé, ce qui me permet d’entonner les hymnes que je connais déjà. Les solos de guitare scandent bien les morceaux, les bouilles trop mignonnes du bassiste Ignacio Lopez me font rire, la cornemuse de Pereg Ar Bagol – qui joue aussi dans Boisson Divine – est indéniablement un atout pour forger le style reconnaissable du groupe. On me dit dans l’oreillette que ledit joueur de cornemuse, et parfois de flûte, avec son torse nu tatoué, a produit son petit effet sur pas mal de monde, tous genres confondus – évidemment moi je n’ai même pas remarqué son caractère décoratif en plus d’être bon musicien, si ce n’est pas du professionnalisme. Je ressors de la salle reboostée et de bonne humeur, contente d’avoir vu ces gars diffuser une énergie positive, l’air heureux de jouer ensemble, avec des airs guerriers qui me trottent en tête.

Autre groupe que j’avais très envie de voir cette même journée : Himinbjorg. Le quatuor savoyard existe depuis plus de 20 ans, et fait partie des pionniers du pagan black français. Leurs paroles mettent en avant la nature, qu’ils admirent et honorent, sur une musique alliant agressivité et subtilité, chant clair et chant guttural en alternance, enrichie par des backings vocaux et des ruptures de tempos. Leur style est très élaboré, moins directement accessible que beaucoup de groupes de pagan programmés par le fest, aussi la fosse est partagée entre les fans de longue date qui se délectent de chaque accord et sont captivés, et les néophytes qui restent plus indécis. En ce qui me concerne, il semblerait que j’aie toujours le même problème avec Himinbjorg : je les adore en studio, je suis totalement fan de leur album Haunted Shores, mais je suis toujours déçue quand je les vois sur scène. Je ne les ai encore jamais entendus avec un son bien mixé, la voix est souvent couverte par la batterie ou la guitare, au point que j’aie parfois du mal à reconnaître mes chansons favorites, et je les trouve un peu statiques et pas assez communicatifs avec le public. Ils me font tellement plus d’effet quand j’écoute leurs albums que je reste sur ma faim quand je les vois se produire, cette fois encore j’ai déploré que le son soit un peu réduit en bouillie, que les nuances soient beaucoup moins perceptibles. J’arrive toujours enthousiaste, avec l’envie de me laisser transcender par ce groupe que j’aime, et non, il manque quelque chose. Dommage.

J’arrive dans la Halle pour voir Obscurity en totale noob, et avec des a priori : vu la typo du nom du groupe, ça va probablement être trop black pour moi et ça risque de ne pas me plaire. Perdu ! J’adore avoir tort et me faire avoir par mes propres préjugés dans ces cas-là, quand cela me permet de découvrir un groupe à fond dans son jeu, conquérant du début à la fin du set, à la fois hyper crédible et super agréable avec le public. Le groupe allemand existe depuis plus de 20 ans et présente un style assez unique, mêlant efficacement viking metal, black metal, et melodic death. Le chanteur, les deux guitaristes, le bassiste et le batteur forment un ensemble très cohérent, aussi bien musicalement qu’humainement : le frontman a demandé à tout le monde d’applaudir le batteur qui ne jouait pas avec eux d’habitude, puis le bassiste a interrompu le frontman avant un morceau pour annoncer au public que c’était l’anniversaire de ce dernier. Obscurity, c’est la possibilité d’une ambiance à la fois true et bon enfant, où l’on peut aussi bien headbanguer, slammer, pogoter à tout va, que chanter joyeux anniversaire entre deux titres ravageurs. À la fin du set ils ont fait monter une douzaine de personnes sur scène, joli bouquet final, comme quoi l’un des groupes les plus rentre-dedans du fest fut aussi un des plus festifs et conviviaux, très bonne découverte !

Le temps d’un petit tour à l’extérieur, je regarde un peu les démonstrations de combat à l’entrée des deux salles de concert, menées par un maître d’armes, appareil photo au cou et verre d’hydromel à la main, entourée de pas mal de spectateurs et de quelques poules. Je retourne au merchandising me prendre un t-shirt du fest avant que le stock soit complètement épuisé, je profite des derniers rayons du soleil de la journée, et c’est reparti.

Ensuite je vais voir ce que donne Brennkelt, un groupe de Montargis qui conte le souvenir des grandes batailles gauloises et de quelques figures celtiques, sur du death et black bien virulent. D’emblée je ne suis pas très séduite par l’installation et la mise en scène, avec un grand bouclier en carton ou bois qui cache une partie des jambes du chanteur, il y a aussi une hache pour planter le décor, les membres du groupe ont des cornes à boire, ça sent un peu le GN tout ça, et ils ont tous l’air très très sérieux – alors que moi j’ai déjà un peu envie de rire. Chant, basse, guitare, batterie ne sont pas mauvais, rien de très surprenant, et surtout le répertoire me paraît un peu cliché, avec le frontman en boucle sur « nos ancêtres les gaulois », sa fierté identitaire et ses têtes de méchant. Je me sens un peu au Puy du Fou, et franchement je ne suis pas convaincue par ce guerrier qui nous demande « Est-ce que vous êtes prêts à montrer que vous avez une sacrée paire de couilles ? » – il n’a pas eu l’air ravi que je sois la seule à crier « Ouaaaaiiiis ! » mais c’était trop tentant de saisir la perche d’un petit concours de virilité, moi aussi je suis un fier guerrier gaulois non mais. Je ne peux pas assister à leur set autrement qu’avec un petit sourire en coin.

Je suis beaucoup plus dans mon élément avec les Roumains de Bucovina, que j’avais déjà vus, et qui m’ont encore fait passer un excellent moment. Pas de frime, pas d’effets de style, en t-shirts de groupe (dont le leur pour le guitariste, petit rappel qu’ils ont du merch’ à l’intérieur ?) et baskets, les gars sont juste là pour envoyer du lourd avec basses, guitares, chant et batterie. Les paroles en roumain s’accordent à merveille avec les chants rocailleux et plus clair des deux chanteurs-guitaristes, l’ensemble est mélodieux et enjoué, dans une alternance bien équilibrée de morceaux épiques et d’autres plus mélancoliques et sombres. Le groupe semble autant s’amuser que les spectateurs, qui ont pas mal slammé, pogoté, pour finir par lancer un des plus beaux walls of death du festival. Je ne vois pas le temps passer, et suis plutôt contente qu’ils restent plus que prévu en empiétant d’un quart d’heure sur la suite ; ce qui ne sera pas du goût du frontman de Finntroll, très énervé…

Avant-dernier concert de la journée, Helsott. Encore une découverte pour moi, et une nouvelle claque. C’est la première fois que ces Californiens jouent en France, ils sont extrêmement chaleureux et c’est leur attitude avenante qui me séduit avant leur son, qui est pourtant sacrément bien balancé, mélange de pagan, de folk et de death, combinant basse, batterie, guitares et chant growl super pêchu. Je me souviens plus du dynamisme qui se dégageait de ces mecs qui avaient l’air adorables que de leur musique à proprement parler, mais elle était parfaite pour danser, pogoter, se défouler, notamment lors de certaines accélérations un peu abruptes qui avaient de quoi nous faire démarrer au quart de tour. Bien que placé en fin de journée et en fin de fest, Helsott a mis le feu et m’a fait oublier la fatigue, merci les gars !

Last but not least, les incontournables et très attendus Finlandais de Finntroll pour clore ce Cernunnos Pagan Fest. Beaucoup de spectateurs se sont déjà placés devant la scène de la Halle, j’essaie de me faufiler pour avoir une bonne vue sur les oreilles pointues des trolls, mais même en essayant de me faire encore plus petite que je ne le suis déjà je me fais rembarrer par un fan un peu imbibé qui m’aboie dessus qu’on « fait chier avec nos gros objectifs » et qui me demande de dégager de sa place. La conquête territoriale n’aura pas lieu, je m’éloigne vu que c’est clairement le concert le plus couru et pour lequel certains ont carrément zappé un ou deux sets précédents pour être sûrs d’être au premier rang. Je me trouve une place un peu plus reculée où il est possible de danser, bien que n’étant pas une grande fan de ce type de metal folk festif, mais le charme opère pour la plus grande partie du public, qui se donne à fond sur les morceaux tantôt épiques, tantôt black, avec des petites touches plus steampunk par moments. Les slams, pogos et circle pits vont bon train, ce qui rend le show appréciable même d’un peu plus loin car c’est très animé et il est presque impossible de ne pas se laisser gagner par l’enthousiasme général de la masse gigotante. Le chanteur, vexé d’avoir été mis en retard, part juste après le rappel en refusant de faire la photo finale, ce qui laisse une petite touche aigre à cette fin de festival, mais il en faudrait plus pour entacher l’excellente impression générale qui reste de cette 11ème édition du Cernunnos Pagan Fest au terme de ce joyeux week-end, riche en émotions, en rires et en coups de cœur musicaux. Vivement l’année prochaine pour une nouvelle sélection de qualité que l’on a hâte de découvrir !

Mes temps forts du dimanche : Acus Vacuum, Skiltron, Obscurity, Bucovina, Helsott
 
Critique : Elise Diederich
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