Chronique

AHAB - THE DIVINITY OF OCEANS / Napalm Records 2009

Mesdames et messieurs, bien le bonjour. Ca faisait longtemps qu’on était pas allé faire un tour du côté des teutons et autres casques à pointe. Donc, nous y voilà mais, dans ce cas précis, c’est pour une occasion bien particulière. Un groupe du nom d’AHAB va nous faire partager son FUNERAL NAUTIC DOOM METAL. Non, les gens ! Ce n’est pas le titre de l’album mais le style annoncé par son label. Quézaco c’te engin ? ? ? ? Le titre lui est THE DIVINITY OF OCEANS (on retrouve le côté nautique, sympa, on est pas perdu, on sait où on va). Il m’est quand même d’avis qu’on va tomber sur un truc de ouf. Alors, pour anecdote, AHAB n’est autre que le capitaine despotique et totalement obnubilé par une seule et unique chose, tuer MOBY DICK. Bon la baleine lui a quand même pété son yacht et croqué une jambe, il y a de quoi avoir les boules. Ainsi Les germains puisent une grande partie de leurs influences textuelles dans l’œuvre de HERMAN MELVILLE.

Revenons à nos moutons. En ce qui concerne le truc de ouf : BINGO. C’est exactement ça. Le moindre morceau dure 7 minutes dans le pire des cas et, entre 10 et 12, pour la moyenne. Donc, soit y a vraiment deux milliards de riffs, soit ca va péter un record de lourdeur avec des tempos négatifs. Bienvenu dans le tempo négatif. Je sais même pas comment ils font à ce niveau pour être en place, c’est énorme, musicalement parlant. Sur le plan de la musique, c’est magnifiquement interprété. Le côté funeral nautic est plus que présent. On se retrouve dans les profondeurs abyssales à nager au milieu des divinités oubliées. Des passages acoustiques aériens et pourtant si noirs en profondeur. Des mélodies guitare ponctuels qui nous font planer (ou couler, au choix). Ca sent bon la colère des dieux aquatiques. La tempête approche (même si tous les fous furieux du métal voient en la tempête un blast beat à 850 000, eux, nous la font ressentir par la lenteur, la lourdeur et les ambiances noires à foison de leurs compositions).

Un point que je voudrai mettre en avant, le chant. MON DIEU. Fan de death en tout genre, les voix qui arrachent les c…., les voix d’outre tombe et autres vomissements jouissifs de nos malades mentaux préférés, c’était mon grand plaisir (CORPSEGRINDER, si tu nous entends…..). Dans le cas présent, je suis, pour ainsi dire, resté sur le cul. Tant la voix est caverneuse, rauque, basse. A elle seule, elle pose l’ambiance funéraire du fond des mers, ça vient de tellement loin. Sincèrement, aussi « gras », je pense pas avoir déjà entendu (et pas trafiqué, à mon avis, c’est ça le plus important).

Les compositions sont magistrales. Ils ont une ligne de conduite et ils s’y tiennent tout en surfant sur la gamme des ambiances macabres nautiques qu’ils arrivent à restituer. Alors il est vrai que c’est compliqué d’expliquer cette sensation (je sais pas s’il faut dire nautique, aquatique, des profondeurs donc je me répète un peu) mais il faut écouter pour comprendre. La musique parle d’elle même. Ils vont vous y plonger sans même que vous le réalisiez. Et là, vous comprendrez ce que je veux vous dire. Pour les puristes, dans THE RIME OF THE ANCIENT MARINER de nos vierges d’acier, le passage instrumental du milieu avec les bruits de craquements du bateau et tout le toutim. Et bien, c’est un peu dans cet esprit la mais bien plus glauque, bien plus malsain et surtout qui dure tout un album.

Chose très particulière, on est en présence d’un album de « métal » mais je pense ce style tellement spécifique que, « métalleux de tous bords, soit vous êtes fan, soit vous découvrez le style et le devenez, soit vous n’aimerez pas un brin ». C’est très lent et quand je vous dis lent, écoutez et vous comprendrez. Amateurs de pieds en fusion et de mains droites frénétiques, passez votre route. Amateurs de riffs brouts brouts et courses aux doigts, passez votre route. De mon point de vue et de mon ressenti personnels, cet album est une perle. Un travail de mélodie fantastique. Un travail des voix magnifique avec des alternances de voix d’outre trombe et des chœurs grandioses dans l’esprit de sirènes (masculines, c’est pas des tapettes, les schmitts). Un énorme boulot sur les mises en place, les types sont vraiment des interprètes de haute voltige. Pourtant fan de speed et autres musiques qui envoient les pieds, je me suis laissé prendre par leur musique et j’y ai pris un plaisir énorme. Chose rare quand on chronique un album, je l’ai passé en boucle le soir chez moi, sur mon balcon, dans le noir et je me laissais plonger dans les profondeurs avec la voix d’ours de l‘autre psychopathe. Les morceaux de 12 minutes passent sans même ressentir de longueur. Ils le font, ils le font bien et le produit n’en est que plus remarquable. Mais attention, je redis, c’est une musique très particulière et seuls des irréductibles gaulois vibreront sur la lenteur de ce doom qui prend les tripes.

Donc ma conclusion, pour ce style, c’est un album clé, culte, bref à écouter, à apprécier, vraiment une perle de composition, d’interprétation et de mélancolie nautique funéraire. Pour les béotiens et les obtus qui ne comprendraient pas le but d’un tel album : virez les œillères (ou les bouchons anti-bruits), ouvrez grands vos shakras, posez vous et prenez 1h07mn31sec de votre temps à écouter au calme et plongez avec eux et les divinités des océans au plus profond des mythologies océaniques. Toute expérience est bonne à tenter.

Bravo pour l’album et merci de m’avoir fait vivre ce moment.

PLAYLIST : Yet Another Raft of Medusa / The Divinity of Oceans / O Father Sea / Redemption Lost / Tombstone Carousal / Gnawing Bones / Nickerson’s Theme
 
Critique : Burno
Note : 9/10
Site du groupe : Site officiel du groupe
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