Chronique

ROBOT ORCHESTRA - ROBOT ORCHESTR3 / Autoproduction 2014

L'essence d'un artiste, c'est d'imprégner une émotion sur un support, sans se soucier de la ressemblance à une œuvre antérieure, y compris les siennes. C'est certainement dans cet philosophie que Robot Orchestra a du composé son troisième opus, passant d'un rock ultra-péchu à quelque chose de plus... "ambient", limite doom. Alors forcément chez les seigneurs du métal, ils se sont dit "celle-là, elle est pour Weska!".

Si je n'ai pas l'explication détaillée de ce virage à 180°, le duo s'est retrouvé enrichi d'un troisième compère aux violons et aux claviers, ce qui permet d'appuyer lourdement vers des ambiances atmosphérique. Les trois premiers titres de l'album ont été composés de façon à montrer 3 visages possibles de ce genre de musique qu'on imagine linéaire, dépressive et sans intérêt.

"Invisible smoke" répond bien au cliché avec une intro longue au son assez faible, enchaînement avec une voix qui graille et qui résonne, comme venant du profond far-west. On y retrouve la structure des morceaux de 8 minutes à savoir une montée progressive de l'intensité jusqu'au paroxysme (fan des chevaliers du zodiaque bonjour). Et de façon atypique, cette débauche alcoolisée de 6 minutes est stoppée non pas par la guitare, mais par le violon dans un son qui reste violent et puissant.

Ce coté un peu mystique, un peu sombre, va être suivi de "Crossroads", la croisée des chemins, qui est régie par un univers rock dépressif, triste au possible. Un peu comme la suite logique de l'alcool qui est montée à la tête lors du premier titre. Le chant sera plus présent sur "Gasoline", et double cet ambiance un peu dépressive du monde du rêve avec quelque chose de plus perché. Et j'aurais pu être réellement emballé si l'accent français sur le chant anglais ne se faisait pas entendre.

Brusquement, le réveil sonne. Finit les rêves, places à "Sunday hangover" et sa gueule de bois. Retour à un rock un peu plus énergique, bien soutenu par le violon qui tient une place vraiment intéressante dans ce titre. L'accent franglais gêne encore, mais la construction du morceau et les sonorités mises en avant font vraiment oublier de point de détail.

Ce titre fait un peu office de transition avec la suite qui est plus... disons difficile à imprégner pour les adeptes du "facile à écouter", mais suit bien l'histoire que le groupe a voulu nous raconter. La langue se délit complètement sur "Pendule" qui est une ballade dépressive sur fond de guitare sèche où le chant domine et remplit d'émotions qui me rappellent exactement ce que j'aime le plus chez Katatonia.

L'album se conclut par "Edifices" qui apparaît comme une bonus track. Chant en Français, mélange de l'état dépressif des trois premiers morceaux, et rage de la gueule de bois de Sunday hangover de part ses quelques sursauts énervés. En écoutant l'album en boucle, j'ai souvent l'impression que ce titre est le premier, car de cette colère et de cette mélancolie semble se déroulé tout le fil qui a été suivi jusque là.

Conclusion : En matière de musique progressive et intelligente, Robot Ochestr3 est certainement la meilleure autoproduction qui m'ait jamais été mis entre les mains. Oui, il s'agit bien d'une autoproduction, et si vous prenez quelques minutes pour les écouter sur Deezer, vous serez tout aussi surpris que moi sur la qualité du son et le rendu des émotions. Et ces émotions sont cohérentes dans l'album dessine très clairement un fil rouge, une logique, une histoire. Je regrette un peu les quelques passages à fort accent français sur un anglais dont on aurait pu se passer : ce qui est communiqué par la voix aurait très bien pu rester en français de A à Z, tel un noir désir dans ces heures prog', mystérieux et sauvage.


Tracklisting :
1) Invisible smoke
2) Crossroads
3) Gasoline
4) Sunday Hangover
5) So many battles
6) Pendule
7) Edifices

 
Critique : Weska
Note : 9/10
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