Chronique

NIGHTWISH - ENDLESS FORMS MOST BEAUTIFUL / Nuclear Blast 2015

Il est là. Enfin. Après l’excellentissime « Imaginaerum », qui a, pour moi, propulsé NIGHTWISH dans une autre dimension, je m’interrogeais sur une dure vérité : Que faire après cela ? Plus d’orchestre ? Difficile. Revenir en arrière comme Tuomas le sous entendait ? Je ne préfèrerais pas. Je suis un grand passionné de symphonies et la puissance dégagé par les derniers albums est unique dans la sphère métal, d’où ma passion pour le combo finlandais.

Un peu éloigné sur son imaginaire qui lui est cher, Tuomas aborde ici le thème de la vie, de son évolution et de ses divers aspects. Il s’inspire ici de la pensée de Richard Dawkins sans toute fois faire de « Endless Forms Most Beautiful » une œuvre épistémologique. Le scientifique prêtera même sa voix pour les parties narrées de l’album.
Enfin avant de commencer à la Weska-style (Wesh ma couille), j’informe que je donnerai deux notes et je vous expliquerai pourquoi.

« NEW IS ALWAYS BETTER » Barney Stinson


Si objectivement cette règle est bancale, elle est néanmoins vraie pour certains aspects de “Endless Forms Most Beautiful”.
Tout d’abord Floor. Bon ? Pas Bon ? Fallait pas changer assiette pour Floormage ? (OK elle est pour moi !). Pour le coup je serai totalement pragmatique, en effet je n’ai jamais été fan des groupes de la belle (After Forever et ReVamp) et n’ai écouté Floor qu’en quelques occasions.
Sur une bonne partie de l’album (genre 80%) le ton est similaire à ce que faisait Anette. Main-stream, assez rock mais pas lyrique. Rien de bien nouveau MAIS… Floor est tout de même un cran au dessus. Un bon cran. On sent une maitrise ultime et sa voix est bien plus chaleureuse. Le controversé « Elan » en est l’exemple. Oui on dirait Anette, mais en mieux ! Si vous vouliez du lyrique faudra repasser, Tuomas a dit stop… Ce morceau est donc calme, un peu folk mais très envoutant dans le fond. Une preuve de simplicité et d’efficacité selon moi.
Pour les 20% restant, Floor s’orientera dans un chant plus atypique, avec la même maitrise. On aura quelque chose de plus groovie sur « Weak Fantasy » qui pêche pour moi sur un point : le refrain trop peu mélodieux, sachant que le morceau est, pour le reste très bon avec des guitares offensives et un Marco assez captivant ! Assez métal pour trancher avec les opus précédents mais avec ce petit son nouveau, à tendance country avec du banjo. Là je me dis que le travail fait par Tuomas en solo sur la chanson « Into the West » a aidé.

Troy également nouveau dans la bande se met un peu plus en retrait. En effet je m’attendais à plus d’éléments folk sur cet opus, et il se trouve que c’est flagrant sur « My Walden », là je ne discute pas. On aura même droit à son chant celtique, avec une myriade d’instruments, mais au delà de ça, on le retrouve parsemé ci et là dans quelques morceaux dont je parlerai plus tard.


« OUAIS MAIS C’EST PAS GRAVE ÇA » Kadoc

Par moment Tuomas ne croit pas que le nouveau est toujours meilleur. Mais je tiens à vous rassurer, c’est de l’ordre du détail mais sur deux morceaux, Tuomas s’inspire largement de morceaux passés.
Tout d’abord, le plus flagrant : « Shudder Before The Beautiful ». Vous avez pu l’écouter donc vous connaissez déjà : Très bon morceau d’ouverture avec la bonne recette Nightwish. Des gros riffs, de l’orchestre à foison, un chant simple mais efficace et des breaks ultra symphoniques. Ah bah oui en même temps c’est commun pour Nightwish mais c’est toujours bon ! Le hic donc c’est que l’introduction symphonique emprunte un enchainement de sept notes à « Storytime ». Sept notes sur six minutes on va pas en chier une pendule non ? Même si c’est vrai que ça a tendance à choquer pour un fan comme moi. Mais on s’en care !!! Quand c’est bon c’est bon !! Personne se plaindra de coucher deux fois avec Scarlett Johansson non !!??

L’autre « plagiat » c’est sur « Yours is an Empty Hope ». Le riff est totalement copié sur le dantesque riff de “Dark Chest of Wonders”. Bon en même temps les riffs utilisés dans Nightwish sont assez simples donc on retombe vite sur du déjà vu, mais ça passe toujours bien donc quelle importance quand on voit le travail accompli sur la compo ? Floor et Marco en duo enragé comme un temps sur « Master Passion Greed », à la différence que là Floor a un chant très agressif qui prouve qu’elle a bien plus d’une corde à son arc. Le morceau est très fluide et passe nickel. Le refrain encore (comme sur Master Passion Greed) est un poil en deçà. Disons qu’il est une version 2.0 de son grand frère.


« LE CRINCRIN ÇA FAIT DES HEURES QUE ÇA DURE ET EN PLUS VOUS VOUS Y METTEZ A PLUSIEURS » Léodagan


Le fait marquant, selon moi, tout au long de l’album, c’est cette volonté du groupe de faire de la musique. Disons plutôt Musique. Je m’explique. La plupart des morceaux durent environs six minutes. Ce qui laisse la place à Tuomas de faire des longs breaks orchestraux ou instrumentaux tout en s’affranchissant du poids du chant.
Cela se sent sur des morceaux comme « My Walden », très folk, très dansant, jovial où Troy peut laisser son talent s’exprimer, ou alors le titre éponyme « Endless Forms Most Beautiful », monument de cet album qui se rapproche beaucoup, dans sa conception, du morceau d’ouverture, avec des lignes de chants bien trouvées, un refrain accrocheur mené par une Floor en forme. Rajouté bien sûr un Emppu mis en avant (comme sur le reste de l’album) et vous gagnez un excellent morceau, puissant et mélodieux.

Pareil pour « Alpenglow » qui est purement taillé pour être un single. Mélodies rentre dedans, riff simple mais efficace, un chant au poil, tout est réglé comme du papier à musique. Pas d’innovation majeure si ce n’est le chant de Floor sur le couplet qui est assez dur à décrire mais apporte un peu de piment. Mais c’est le résultat qui compte, et il est de fait excellent.

Les dits breaks sont assez longs, genre une ou deux minutes parfois. Et cette volonté de mettre autant la musique en avant est assez nouvelle pour le groupe et j’aime vraiment ça, surtout avec la maitrise de Tuomas sur les orchestres.

« WHAT ELSE ? » Georges Clooney

Que dire ensuite ? Deux classiques des albums de Nightwish : la ballade envoutante et magnifique « Our Decades in The Sun » où Floor fait un excellent boulot. Pas d’esbroufe, de « regarde comment je taquine la race de sa mère ». Non juste une voix simple, suave, chaleureuse.
Bien entendu il y a la piste instrumentale, « The Eye of Sharbat Gula » qui… bah ne m’emballe pas. Très calme et lent le morceau a du mal a décoller et surtout est très déstructurer. Il apaise, indéniablement, mais disons qu’il faudra probablement plusieurs écoutes supplémentaires.

« MERLIN. ENCHANTEUR DE BRETAGNE. GRAND VAINQUEUR DE LA BELETTE DE WINCHESTER ». Elias de Kelliwic'h

Chapitre personnel là pour la chanson « Edema Ruh » qui s’inspire de l’œuvre de Patrick Rothfuss et son héro Kvothe. Connaissant le personnage je m’attendais à quelque chose de plus sombre et épique, du pur métal déchainé avec des orchestrations à vous en faire perdre la tête. (Oui j’aime ça !!) Plutôt que ce morceau léger, assez rock et calme. Attention le morceau est bon hein, pas le meilleur mais bon tout de même.
Mais le terme « Edema Ruh » revoit directement à un moment joyeux et apaisant de la vie du héro donc ce ton là est justifié. Caprice de fan, ne faites pas attention.

THE END BEFORE…

Si je devais conclure ici, après 10 morceaux, je dirais que Nightwish arrive à faire quasiment aussi bon que « Imaginaerum ». L’unité se fait moins sentir mais les compos sont plus musicales et plus riches, plus matures et ont parfois tendance à perdre cette étiquette métal.
Marco est un peu plus en retrait vocalement, encore une envie de revenir un peu en arrière avec une domination vocale féminine. Je mettrai donc 9.5/10

Mais il reste un morceau…


…THE GREATEST SHOW ON EARTH

Et quel morceau ! Un pavé de 26 minutes de musiques ! Voilà pourquoi je lui consacre une partie entière.
Mon avis sur ce morceau sera surement celui d’un fanatique mais aussi celui d’un analyste (aussi candide soit-il). Après une intro piano/contrebasse parsemé ci et là de pointes orchestrales (avec effets sonores pour la mise en scène), le morceau transcende déjà le genre. C’est simple dans l’idée et pourtant tellement poignant.
Une fois la tension à son comble, on lance le métal. Comme les éléments se sont créés après la singularité, les instruments s’entremêlent et fusionnent dans une harmonie parfaite, expliquée par Sir Dawkins.
Floor est encore une fois surprenante dans son phrasé et sa tessiture. Entre narré et chanté elle s’impose comme une annonciatrice de malheur, mais le refrain clair contredit ce ressenti. Grandiose et poignant le refrain de la partie « The Greatest Show on Earth » est juste énormissime. Les trombones… putain les trombones au dernier refrain… juste ahurissant !!

Le morceau continuera à alterner musique et chant en prenant le temps de poser son univers et ses ambition. Je m’arrêterai là, histoire de donner un avant gout sans spoiler le morceau… sachant que je me suis arrêté à moins de la moitié… Et puis mon article commence à être long… et si je continue je vais être trèèèèèèèèsssss long.


« ALLEZ VOUS COUCHER »… Lancelot

Je dois conclure et c’est assez dur… Cet album montre une évolution certaine. Pas radicale comme on pouvait s’y attendre mais quand même réelle. Cette volonté de casser les codes et de faire ce que l’on veut…
Ce qui est paradoxal c’est que le groupe a voulu freiner les orchestrations et pourtant le groupe nous livre là son plus bel ouvrage. Même s’il n’est pas aussi présent que sur « Imaginaerum » il est cependant encore plus grandiose, preuve d’expérience et de maitrise.
Moins diversifié, plus axé sur la guitare rythmique comme si ils voulaient renouer avec l’idéntité métal, cet album est la quintessence même de ce qu’est Nightwish. Intemporel, unique, et inégalé.
Cette dernière pierre méritant 100/10… oui 100/10.

Ce qui nous donne cette note finale sur ce nouvel opus… 10/10.
 
Critique : SBM
Note : 10/10
Site du groupe : Site officiel
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