Chronique

GOJIRA - MAGMA / Roadrunner records 2016

L’évènement de l’année 2016 est sans aucun doute le sixième brûlot de Gojira. Si le mystère a longtemps plané sur la direction artistique des français, c’est une véritable éruption médiatique qui a suivi les premières vidéos et qui résonnera toute l’année au travers d’interviews qui se multiplient sur la page facebook du groupe (dont Télérama). Le décès de la mère des frères Duplantier, au cœur des échanges, décuple le choc artistique qui dépasse la simple sphère des fans de Gojira. Voici quelques lignes pour comprendre le chef d’œuvre Magma.

Aller à l’essentiel
Stranded et Silvera. Les deux premières vidéos de ces deux titres sont la preuve image de la révolution Gojira. Une puissante énergie canalisée sur un format raccourci, poussant même le second à un 3:30 du tonnerre. L’aspect progressif est ainsi rendu accessible tout en conservant l’essence de leur musique et leurs techniques « signatures ». Cette panoplie sera d’ailleurs enrichie du chant clair dès Shooting star, ainsi que de la technique à la Whammy-pedal, testée sur Stranded, et littéralement explosive sur Only Pain.
Les textes et les ambiances traduisent également cette idée de condensation et d’ouverture. C’est clair et bien défini. Pas de dispersion, mais un nouveau regard sur la vie et la mort. Joe n’abordera que peu ou de façon indirecte la protection de l’environnement, afin d’apporter beaucoup de la profondeur. Beaucoup avec très peu. Le summum de la sophistication.

La marque des grands groupes, le respect des grands maîtres
Si la démarche du groupe est authentique et sincère, les frenchies n’ont pas hésité à servir des standards du métal et à tirer profits de leur héritage. Un solo de basse saturé scinde le volcan en deux, comme un hommage à Cliff Burton de Metallica. D’un côté la nouveauté, initié par Shooting star, calme et en voix claire qui rappelle Tool, tandais que la seconde plus structuré permet de mettre le doigt sur les références qui planent tout au long de l’album comme Porcupine tree, Deftones et Meshuggah. Dans mon vocabulaire, signe d’ouverture et d’excellence. En conclusion, un très émouvant Low Lands conclut l’album et se termine par quelques notes de guitare sèche.

Les touches de trop
Cela aurait pourtant dû s’arrêter là, mais une seconde conclusion percu/guitare sèche sans post-prod vient prolonger l’album. Une touche au demeurant inutile qui m’a ramené aux déceptions de l’album. Deux titres qui incarnent l’excès du métal moderne. The cell c’est l’abus de la batterie dont les blasts volontairement répétitifs me paraissent désagréable. Magma quant à lui, incarne l’abus d’effets avec une série interminable de pinch harmoniques, pas vraiment mélodique : à fast-forwarder sans remord.

Conclusion : Gojira rejoint les rangs des grands maîtres du métal. Si certains choix artistiques sont discutables, si l’album est un peu court avec ses 38 minutes, le groupe réussi à se renouveler et à capturer des émotions nouvelles. La production, hyper soignée, intègre des chants gutturaux bouddhistes et quelques effets sympa, et établit les bases de la réputation Silver Cord, studio fait-maison à New-York.

Magma est l’album de l’année et n’a pas besoin d’une complète adhésion pour cela.

Tracklist
Shooting star
Silvera
The cell
Stranded
Yellow stone (instrumental)
Magma
Pray
Only pain
Lowlands
Liberation (outro)
 
Critique : Weska
Note : 8/10
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