Chronique

MEMORIES OF OLD - THE ZERAMIN GAME / Limb Music 2020

On ne va pas se mentir, j’ignore à quelle sauce je vais être mangée en lançant l’écoute du premier album de Memories of Old, The Zeramin Game, sorti le 18 septembre. Recommandé pour les fans de Sabaton, Alestorm ou Adagio dont je ne fais pas spécialement partie, cet album de power metal symphonique et épique à la pochette représentant une pseudo Terre du Milieu arc-en-ciel est censé être plus qu’un simple premier opus, mais « un épitomé du genre » et « une pépite qui fera partie des joyaux du style en 2020 ». Bon, avec un tel lancement espérons que The Zeramin Game soit à la hauteur, avec aux commandes Billy Jeffs, qui a débuté la composition de cet album en 2017, et a été rejoint par le guitariste de Sabaton, Tommy Johansson, qui tient ici le rôle de chanteur.

C’est parti pour, je l’espère, 1h12 d’exaltation, d’aventures et de dépaysement. Place à une intro parlée, In Exordium, aussitôt suivie d’une ouverture, gentiment épique, et sonnant fichtrement années 80, mais avec une production plus homogène. Je me sens dans le menu d’un jeu vidéo un peu datée, ou dans le générique d’un dessin animé, peut-être une sorte de Starla et les Joyaux Magiques mais avec deux ou trois personnages masculins.

Tempo rapide et claviers très kitsch pour The Land of Xia, où j’attends d’entendre enfin le chant. Une fois les couplets entamés par Johansson, j’ignore si cela améliore ou empire la chanson, je suis très perplexe. Je vois d’ici des musiciens courir partout sur scène en faisant beaucoup trop de mouvements et en posant devant les photographes – oui je me souviens encore de ce qu’est un concert, et vous ? Vers la moitié de la chanson un solo de guitare m’évoque Denver le dernier dinosaure en moins bien. Fin de la chanson sur des bruits de conversations enregistrées, façon ambiance de taverne, puis une explosion. Le quatrième morceau, Zera’s Shadow, s’annonce encore très propre et gentillet, avec une intro longue et ne présentant pas la moindre aspérité, tout a l’air fabriqué de toutes pièces sur ordinateur, j’ai du mal à m’immerger dans la musique… Après presque 2 minutes le chant démarre, digne d’un personnage de Tim Burton dans un film relativement récent. Les chœurs sont un peu niais, les effets de voix de pirates du groupe de metal pirate australien Lagerstein par ci par là n’arrangent pas tellement mon impression de me trouver dans un Disney : le bateau de Pirates des Caraïbes me voici ! (Pourtant j’adore les histoires de pirates, mais pas dans des parodies.) Un peu avant 6 minutes toutefois un solo est vraiment entraînant… Pendant quelques secondes, avant d’être rejoint par la batterie répétitive et lourde. Quelques envolées de guitare plus légères un peu avant 8 minutes (oui parce qu’en plus les morceaux sont longs…) sont appréciables. Le cinquième titre Some Day Soon démarre avec un mid-tempo façon « The Final Countdown » en moins galvanisant, et se poursuit avec un chant clair pas toujours très bien maîtrisé. Au moins les chœurs de gentils flibustiers sont vaguement agréables, bien que mollassons. On ne va pas se mentir, j’ai vraiment du mal à mordre à l’hameçon de Memories of Old pour le moment, tant les mélodies manquent de finesse et les rythmes deviennent vite des rengaines. Certes je ne suis pas la personne la plus apte à apprécier du power et du metal épique, mais j’ai du mal à trouver quoi que ce soit de grandiose dans les compositions justement. Hormis dans ce titre quelques passages vers la fin, plus aériens et inspirés. Avant un retour du refrain et des chœurs aussi digestes qu’un kouign amann tartiné de confiture.

Début tout doux pour Destiny, avant d’être repris en écho par une cohorte d’instruments virtuels. Y a-t-il vraiment des musiciens dans ce projet ? J’ai la sensation de n’entendre que des machines, tant le son est plat et léché. Johansson se fait barde romantique, et les chœurs font ah ah aaaaah, moment mielleux avec une ballade pataude. À 2 minutes 30 une voix de tête de fausset m’a glacée d’effroi pendant 15 secondes, la prochaine fois je me crève un tympan. La fin traîne en longueur, il y avait longtemps que je ne m’étais pas autant ennuyée en écoutant un disque… Peut-être que le titre suivant, Across the Seas, sera plus à mon goût ? Il débute par un peu d’accordéon, et des voix de PNJ pirates sur les quais, vite supplantés par des envolées vocales relativement entraînantes – on se fait à tout –, sur une alternance de cavalcade de batterie puis de solos de guitare à moitié mous : dès que la chanson décolle un peu le rythme initié par l’un des instruments est rapidement contredit par un autre, comme si les musiciens jouaient chacun leur partie sans se soucier du rendu global. Les solos sont plus enlevés et audacieux vers la moitié du titre et réveillent un peu mon intérêt. La chanson est somme toute sympathique. Je devrais pouvoir trouver un qualificatif plus parlant que cela, mais cet album ne m’inspire pas grand-chose. Et ce n’est pas Arrival qui va rattraper cela, avec son come back de chœurs de pirates et de bruits d’ambiance de quais, de chant suraigu et de changements de rythme sans aucune cohérence… Je ne suis pas du tout emportée par le récit que cet album est sûrement en train de dérouler, et j’ai l’impression d’écouter du metal pour enfants, avec des grosses ficelles, des effets peu subtils, je suis troublée. Rapide interlude parlé de 40 secondes avec A Hooded Traveller, c’est peut-être le moment de faire un jet de dé qui déterminera si je parle au voyageur encapuchonné ou si je tente de lui voler sa bourse. Mais on lève aussitôt l’ancre pour le dixième titre, Fowlen’s Revenge, un long pataquès de plus de 8 minutes dont certaines notes chantées me clouent à ma chaise, et que dire des claviers… Eh bien qu’ils sont pris en charge par Anthony Thompson. Vous vous ferez votre propre idée sur le reste, j’en ai marre de dire du mal moi. Changement d’ambiance après 5 minutes et petite envolée sensuelle de guitare eighties, peut-être que le galion a croisé des sirènes au large sur un rocher. Puis de nouveaux chœurs mollassons viennent mettre à mal le regain d’énergie du titre. C’est mon gros souci avec cet album, j’en apprécie des passages, mais vraiment à la découpe.

Vient ensuite le grand moment de l’album, avec le titre éponyme The Zeramin Game, l’œuvre programmatique d’une durée de plus de 14 minutes. Sans grande surprise cette chanson condense tous les éléments déjà entendus encore et encore dans tous les titres précédents : chant enthousiaste de héros Disney, voix de vieux sage en fond, chœurs de marins, batterie en mode automatique, guitare de générique, ralentissements narratifs, petits effets cinématographiques. Je concède que vers 8 minutes la voix parlée devient plus intéressante, peut-être parce qu’elle me rappelle un peu celle du morceau Darktown de Steve Hackett, et le solo de guitare qui vient immédiatement après est réussi… Mais attendre 8 minutes pour en trouver enfin deux entraînantes, c’est trop pour moi. La fin du morceau est particulièrement bizarre, mélangeant chant de messe, refrain larmoyant par le chanteur-narrateur-beau gosse du Walt Disney, retour de la voix grave, bref un assemblage de tous les éléments qui ne me font ni chaud ni froid depuis le début mais qui sont toujours employés point par point. Place à Finale, qui offre toujours le même rythme, la même ambiance, la même dynamique grosso modo que sur les 11 plages précédentes…

Malheureusement je n’ai pas accès au treizième titre, The Architect’s Eyes, qui ne se trouve que sur le CD. Dommage, il aurait sûrement été mon titre préféré de l’album. (Spoiler alert : c’est quand même mon titre préféré de l’album.)

Pour fans de la série Black Sails, des romans Les Salauds Gentilhommes< /b> et de la franchise Pirates des Caraïbes, mais pas spécialement fans de metal.

Note qui n’engage que moi
 
Critique : Elise Diederich
Note : 3/10
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