Chronique

UADA - DJINN / Eisenwald Record 2020

C’est un début étonnamment joyeux, avec les premières notes du titre Djinn, d’abord plus pop rock que black, qui ouvre l’album (le troisième) du même nom de UADA, mais très vite le chant mordant s’impose et le style du quatuor encapuchonné de Portland est alors plus reconnaissable. Riffs efficaces et énergiques, chœurs galvanisants bien en phase avec la voix du chanteur Jake Superchi. Changement d’ambiance après un pont lancinant grâce à la guitare de James Sloane, relancé par les refrains gutturaux. Un premier morceau idéal pour installer une ambiance pêchue et solennelle, suivi de The Great Mirage dans la même veine intense et mélodique. La guitare et la batterie se fondent parfaitement et les riffs restent en tête, mis en valeur par le chant la plupart du temps lent et lourd, mais sans être lassant tant la circularité du morceau fonctionne. Après un solo dansant tirant un peu vers le rock psyché, le thème principal fait un retour impérial avec son ambiance froide et directe. C’est encore un titre entraînant qui s’annonce avec No Place here, et sa nette accélération avec l’introduction du chant après presque une minute de black instrumental plus atmosphérique. La batterie d’Elijah Losch est présente et dynamique sans être assourdissante, au même titre que la basse de Nate Verschoor. Ralentissement vers le tiers du morceau avec un renforcement de l’impression mélancolique qui se dégage de ce titre. Avant un retour à un rythme plus endiablé relancé par le chanteur – les structures des morceaux se suivent et se ressemblent un peu pour le moment, ce qui ne me dérange pas vraiment aimant le black atmo et l’ambiance que ce disque installe pour le moment, la bulle qu’il me propose. J’arrive à trouver quelque chose d’assez hypnotisant voire relaxant dans le déluge de notes du milieu de morceaux créant une nappe musicale, et je ne peux m’empêcher me demander ce que donnerait le quatuor sur scène, vu comme le rendu est propre et équilibré sur disque. Le parlé-chanté de la fin du titre mêlé à une ritournelle à la guitare électrique est superbe, le genre de berceuse pagan qui fonctionne pour moi.

Démarrage rapide et aigu avec quelques touches death pour le quatrième titre In the Abscence of Matter, qui font place à un chant assez martial, avant de s’estomper au profit d’une mélodie aux influences celtiques, avant un ralentissement net pour laisser de nouveau le champ libre aux voix. Le rythme est très changeant sur ce titre riche, ainsi que les ambiances, percussions tribales, râle cathartique, guitare lancinante, beaucoup d’éléments se mêlent en formant un tout cohérent. Atmosphère un peu magique avec des sons distordus et intrigants sur le morceau suivant, Forestless, puis déclinés avec de plus en plus d’intensité jusqu’à perdre totalement l’effet éthéré. Le titre perd un peu en originalité par la suite car le chant ne se démarque pas vraiment de ce qui a déjà été entendu sur les morceaux précédents, d’autant que le chanteur reste dans un registre growlé à la tessiture assez restreinte. J’ai un peu moins adhéré à ce titre, peut-être justement en comparaison avec son intro qui était si singulière et inventive. Le sixième et dernier morceau, « Between two Worlds », dure un quart d’heure, et instaure tout d’abord une atmosphère mystérieuse et rituelle, faite de tension et de voix basses, qui s’évapore totalement lorsqu’entrent en scène les guitares, suivies par un martèlement de batterie. Ce qui à mon sens faisait la force de UADA au début de l’album commence à s’essouffler car la formule n’est pas assez renouvelée, et qu’au bout de 50 minutes la musique commence à avoir moins d’impact. Le petit changement de tonalité vers le milieu du titre qui le rend encore plus sombre renforce quand même sa puissance inéluctable et tranquille, avant une fin sur une belle démonstration de virtuosité instrumentale au contraire beaucoup plus légère, flirtant avec des sonorités hard rock dans la guitare. La toute fin se fait sur une émanation stridente de créature horrifique, afin de clore en tout logique le chapitre du Djinn.

Hormis quelques petites longueurs vers la fin Djinn est un très bon album de UADA, qui aurait pu être un peu plus incisif amputé de quelques minutes par ci par là, mais qui reste

néanmoins très savoureux, joliment composé, et riche d’influences diverses qui se complètent harmonieusement.
 
Critique : Elise Diederich
Note : 7.5/10
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