Chronique

NOVENA - ELEVENTH HOUR / Frontiers Music Srl 2020

Pas facile de sortir le deuxième album d’un super groupe avec uniquement des membres de groupes très confidentiels anglais au début de la saison 1 de «Jakadi t’es confiné ». Votre serviteur avait reçu le-dit skeud parmi d’autres que la poussière a lentement recouvert avant de passer un coup de curiosité. En fait réellement, j’avoue votre honneur, le truc était passé de l’enveloppe postale au lecteur mp3 sans passer par la case platine. Résultat par moments au hasard d’un random je me prenais un morceau étrange long et bariolé sans trop savoir si j’écoutais du métal atmosphérique, du rock prog ou du black… Bon, si vous connaissez les groupes HAKEN, SLICE THE CAKE, NO SIN EVADES HIS GAZE, et BlEEDING OATH vous comprendrez déjà que les réunir ne semble pas forcément l’idée la plus homogène. Si vous ne les connaissez pas (ou alors comme moi juste un par hasard et oui on peut pas tout écouter, c’est ballot) on a l’impression d’avoir confié à FRANK ZAPPA le soin de produire un album de métal avec les musiciens de MARILLION et de GENESIS (première période) en leur mettant dans les pattes COLIN RICHARDSON… Rajoutez un peu de chant growl par moment, quelques accélérations brutales techniques et maîtrisées pour faire genre et des harmonies qui lorgnent sévèrement chez DEATH, et là, vous aurez une idée (vague vous vous doutez bien) de la forme très approximative de la chose.

Le fait est que ça part dans tous les sens, mais ça réussit à faire mouche à chaque fois. Bon on passe l’intro d’une minute de « bruits-pas-forts-du-tout » qui sert juste à faire monter le volume pour rentrer dans un album qui est un tout. Un truc vieux comme Hérode que je range personnellement entre les premiers albums de blagues de Toto et la recette de la tarte à la crème au poil à gratter et passons au reste. Les morceaux sont longs, denses (10 morceaux dont, donc, une intro d’une minute pour 71 minutes et quelques de séquelles neurologiques en musique), les textes sont très construits (pour les fans de refrains accrocheurs et lisibles, la sortie de secours est à droite des WC), l’artwork est beau et on se fait balader dans un dédale qui réussit à être à la fois planant et sombre, lorgne parfois vers la word music (si, si, ils ont osé ; y a un morceau en espagnol – « Corazon » - qui donne littéralement envie de danser le flamenco et pour ceux qui m’ont vu en vrai c’est vraiment pas un truc que vous avez envie de voir, de rêver ou précisément de cauchemarder). Tout ça pour dire que si comme moi vous êtes amateurs de choses étranges qui parlent à la fois au corps et au cortex (oui on peut aimer jouer aux échecs en pogotant, juré) cet album est sûrement une des rares choses passionnantes qui se soient passées cette année (de merde). Au cas où vous auriez encore des doutes sur la singularité de la chose, trois des musiciens sont crédités aux voix (belles dans tous les registres du plus cristallin au plus rocailleux tripier) et ils ont aussi ajouté un quatuor à cordes (pas pour décorer comme souvent).

En fait je sais qu’en le survendant vous risquez d’être déçus, mais si je le survends pas vous risqueriez de passer à côté et ce serait pire. Evidemment, si tu es un punkachien sache que je t’aime de tout mon petit cœur de métal mais que cet album risque de te pincer très fort, donc évite. Ah oui au fait, à la fin de « Prison Walls » le dernier morceau y a un poème… Un vrai long torturé poème… Si vous avez eu des soucis avec votre papa ne l’écoutez pas, ou prévoyez le Lexomil, parce certes j’ai parlé de ZAPPA mais c’était pour la musique, les textes eux sont encore plus torturés que la musique et on serait plus proche de KORN dans l’écriture… D’ailleurs le final dudit morceau surfe entre techno death et space opera progressif avec de la vraie grosse voix de barbare donc au fond… Tout est normal, tout va bien.

Voilà je crois que j’ai réussi à en parler sans trop le spoiler… permettez-moi de refaire le coup du bouton qui va jusqu’à 11, ça n’était arrivé qu’une fois pour un album de PRONG. Comme quoi… Il ne faut jamais dire jamais.

11/10
 
Critique : Thomas Enault
Note : 10/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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