Chronique

6:33 - FEARY TALES FOR STRANGE LULLABIES THE DOME / 33 degrés 2021

7 ans après « Deadly Scenes » et après 4 ans de travail plutôt acharné, 6:33 est de retour avec un album qui pourrait bien être leur « A Night at the Opera » ou « Magical Mystery Tour » et s’impose comme un des ovnis les plus inclassables du moment.
Alors on va évacuer un truc simple : oui ils sont français mais non ça ne s’entend pas. On navigue (plus ou moins à vue) entre Devin Townsend, Abba, Ghost, Shaka Ponk, Mr. Bungle, Queen le tout revu à la sauce jeux-vidéo-sous-produits-chimiques-qui-font-se désagréger-le-bulbe.

Salman Rushdie disait qu’ « on ne pouvait pas comprendre Queen si on ne connaissait pas Bollywood » (je paraphrase de mémoire) mais de même, on ne peut pas comprendre 6 :33 si on en s’est pas perdu de longues heures dans des jeux vidéos à prendre des images saturées d’informations dans la tronche. Oui c’est une aventure cinématique cet album, mais aussi une histoire de son tellement affutée que malgré de déjà nombreuses écoutes on découvre des pépites cachées dans tous les coins. La notion d’ « easter egg » n’a jamais été aussi adaptée à une expérience musicale.

Bref, on trouve quoi réellement dans cet album ? De la musique avec des voix en harmos complexes et pourtant accessibles (et mixte puisque Rorschach est de nouveau épaulé par Béné), des guitares complexes sans sombrer dans le bavardage insupportable, une rythmique serrée compacte et technique à filer le tournis (la section rythmique est toute neuve et bien que n’ayant pas enregistré le skeud, a été castée pour justement être à la hauteur de ce truc qui a l’air partiellement injouable par des humains, devinez quoi : ils y arrivent… Et des textures de clavier sentant bon l’électro et les musiques de film (mais aussi les jeux vidéo bien kitsch), le tout composé et orchestré par Nicko (quasi exclusivement) et Manu (qui bien que n’assurant plus officiellement les claviers a ciselé le disque et aussi un peu sa musique avec un talent qui n’envie rien à des superproductions ricaines).

Bref j’avais vu 6:33 (période Strobl) il y a un moment en live en gardant une impression d’énergie foutraque entrainante. Là on est très au-dessus (et désormais démasqué) et le chaos est totalement maîtrisé, exploité, organisé et l’analogie entre une ville et sa complexité dans le choix conceptuel n’est pas un gimmick : bienvenue dans le monde clos du Dôme. Exemple parmi d’autres : Essayez de ne pas conduire façon Grand Theft Auto en écoutant « Release the He-Shes » et on en reparle une fois que vous aurez perdu votre permis.

Pour faire court, attention chef d’œuvre, donc ne pas bouder son plaisir et se dire qu’on a un groupe de carrure internationale de plus en France (oui il y en a d’autres, donc l’hexagone n’avait rien à prouver, ici on confirme une tendance qui ne demande qu’à se développer)

11/10 (This is Spinal Tap style)
 
Critique : Thomas Enault
Note : 10/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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