Chronique

SKELETOON - THE 1.21 GIGAWATTS CLUB / Scarlet Records 2021

uand j’ai découvert que Skeletoon se définissait comme groupe de « Nerd Metal », immanquablement j’ai commencé par me retrouver avec « Thor And Dr Jones » de Footprints on the Moon dans la tête.

Et voilà, welcome to Nerd Land, si tu ne connais pas la ref tu en as probablement rien à taper de ce qui suit et de l’univers de Skeletoon aussi bien en général qu’en particulier. C’est le défaut des clins d’œil, ça ne marche qu’avec ceux qui savent.
Ici Skeletoon s’attaque à Retour Vers le Futur (rien que ça, un film d’anticipation dont le futur se trouve actuellement, dans le passé… Déjà ma nerditude se cabre et j’attends de voir, sceptique. On a évité 2001 mais de peu et exclusivement parce que c’était moins guilleret comme base je présume. Oui, truc à savoir, Skeletoon fait du « Happy Metal » aussi, pas « Funny », mais c’est sûrement dû au fait que quand on dit que ça l’est, ça l’est moins, donc eux disent « Happy » en priant certainement qu’on trouve ça marrant. Spoiler alert : ça l’est pas. Bref, on est face à un univers construit, très très défini et totalement programmatique. N’attendez rien de sérieux et profond, ce serait contraire à la charte fondatrice. Alors néanmoins les types ne se « prennent pas au sérieux » mais ont commencé par faire des covers d’Helloween (il y a longtemps) donc ça joue gravement bien.

Ok je présume que ça se devine à la lecture, j‘étais dans le doute avant écoute, et pendant l’écoute encore plus. Ça joue la carte du « détaché » mais c’est sérieusement épique, traduction : c’est pas drôle alors que ça dit l’être et ça joue sérieux mais sans relief. Mais, attention, c’est pas non plus sinistre, juste ça prend l’air détaché, l’air de pas se prendre au sérieux mais c’est très mais alors très pompeux et beaucoup pompé. En soi, c’est pas un mal, mais à feindre la dérision, on en arrive à un petit souci, ici le menu « concept album sur Retour vers le Futur » remplace l’inspiration et le manque de volonté de profondeur rend l’objet vraiment lisse sans pour autant faire sourire. Peut-être est-ce drôle en lisant les paroles ? Sauf que n’ayant pas eu le loisir de les lire, vu d’ici, il faut se contenter d’une musique qui lorgne entre Helloween, Malmsteem et aussi toute la vague speed sympho italienne (après tout ils le sont) sans le souffle qu’on y trouve normalement, ici remplacé par un côté cinématique de bon ton qui ne décolle pas vraiment. Même la reprise de Johnny B. Goode qui clôture la chose (le seul vrai hommage au film en fait) réussit à manquer de relief, un comble…

Le groupe tente-t-il de se justifier par la parodie pour couvrir le côté « tous les poncifs du genre » ? Un peu en fait, dommage car les gus savent très bien se servir de leurs instruments, mais science sans conscience n’étant que « ruine de l’âme » (pour paraphraser, et non parodier, la différence c’est ça, les guillemets parfois, ici on a surtout oublié de les mettre tant tout sent le « déjà-entendu »).

Sur la musique il n’y a pas à redire, les mélodies sont suaves et la technique est excellente, juste le décor thématique rend le truc sans grand intérêt, un peu comme si Malmsteem se mettait à être gentil en interview avec les autres musiciens ou si Helloween se contentait de faire des blagues à longueur d’album. Je sais pas, j’y crois pas (ça n’empêche pas Malmsteem d’avoir été courtois parfois, si si c’est possible, ni Helloween d’avoir signé Dr Stein, mais c’est pas forcément ce qu’on attend constamment avouons-le).

Donc voilà, d’excellents musiciens ont décidé de rendre hommage à un film qui n’avait rien demandé et si Zemeckis leur colle un procès pour mise en danger d’une œuvre innocente, je gage qu’ils le perdront. Le seul vrai point commun avec le film c’est que tout ça aurait pu être composé en 85, mais déjà à l’époque Skeletoon n’aurait pas été spécifiquement original… oups.
Je citerais donc la moitié d’un des titres du groupe pour résumer le tout et pour en finir, à savoir : « Oh la la ».

Note 5/10 parce que ça joue quand même très bien sinon ça ne passait pas le 2.
 
Critique : Thomas Enault
Note : 5/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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