Chronique

GAAHLS WYRD - THE HUMMING MOUNTAIN / Season Of Mist 2021

The Humming Mountain, petit ovni de 5 chansons et moins de 30 minutes de metal réflexif, parfois vicieux, est un mini album plutôt qu’un EP dixit Gaahl, aka Kristian Espedal, format qui convenait bien au concept de « Humming Mountain » qu’il souhaitait se sortir de la tête. 3 des chansons de ce mini opus auraient dû se trouver sur le précédent album, GastiR – Ghosts Invited, mais Gaahl les a mises de côté, trouvant qu’elles ne collaient pas avec le reste de l’album. Il a donc travaillé avec le guitariste Lust Kilman et le producteur Iver Sandøy (également membre d’Enslaved) pour refaçonner « Awakening Remains – Before Leaving », « The Dwell » et « The Humming Mountain ».

The Humming Mountain est assez programmatique puisque l’ouverture épique « The Seed » vise à rappeler aux auditeurs que la patience est une vertu et puisque la clôture cinématographique « The Sleep » est destinée à procurer aux auditeurs une cogitation onirique, semblable à celle d’un rêve éveillé.

« The Humming Mountain » est un vrai lieu, Gnolloden, près de l’archipel de Svalbard, mais il n’y a aucun lien avec le titre ou le contenu du mini album, qui évoque la patience au sens universel, les vibrations de la création refluant et se propageant sous la glace.
« Plus on s’approche de The Humming Mountain et plus cela paraît lointain », annonce Gaahl, qui a également réalisé la prise de vue de la photo de couverture du mini album et réalisé le design de l’artwork. Il explique qu’il est en recherche perpétuelle de l’essence des choses, du cœur de tout, ce à quoi renvoie ce bourdonnement, cette vibration constante. Il y a une connexion entre la création qui émerge lentement et la glace, via un concept nordique où une sorcière fredonne en versant du sel sur la glace, d’où s’extrait la première conscience. Dans le créationnisme nordique, la création tire son origine du son. Bien sûr, le feu et la glace sont deux forces antagonistes, mais tout être, en tant que manifestation de quelque chose, est connecté au bourdonnement et à la vibration du son. Voilà ce qui donna lieu à The Humming Mountain, la lente vibration venue de la montagne et de l’imperceptible mouvement de la glace.
Les sessions d’enregistrement eurent lieu en décalé, notamment pour des questions d’emplois du temps, avec d’abord le design sonore, puis la batterie (par Spektre, aka Kevin Kvåle, puis la voix, les guitares, la basse, le clavier et le piano.

The Humming Mountain expose un aspect plus contemplatif de l’univers de Gaahls Wyrd, avec des titres engageants tels que « The Dwell », « Awakening Remains – Before Leaving » dans une veine comparable à celle de « Ek Erilar », « Carving the Voices » ou encore « Through and Past and Past », mais aussi des titres plus énigmatiques comme « The Seed » ou « The Sleep », destinés à ouvrir de nouvelles voies avec leur colère pittoresque et mercuriale, préparant le terrain pour le nouveau chapitre musical du groupe.
Ironiquement Gaahl espère, d’une certaine façon, que la situation pandémique continue encore un peu, car il espère ne pas être trop dérangé par les tournées pour pouvoir continuer à travailler en studio, ce à quoi la période de crise sanitaire est propice, car le groupe est sur le point d’enregistrer le prochain album, d’un format plus conséquent.

The Seed offre un début tout en douceur à la guitare acoustique, et l’on peut entendre en fond des pépiements d’oiseaux, le souffle du vent. La tonalité devient plus mélancolique dès l’introduction de la voix, mystérieuse et expressive. La musique oscille entre mélodie lancinante et bruitages, cette introduction assez dramatique où la tension monte progressivement crée une attente, un frémissement : quelque chose enfle, comme le craquement de la Terre, comme le feu sous la glace. L’on ressent un fourmillement, l’imminence de quelque chose d’inéluctable. The Seed est une plage musicale captivante de 9 minutes à la fois subtile et glaçante. Son ambiance folk lente, froide, planante comme une menace en fait un morceau très cinématique, une longue montée en puissance qui évoque certains morceaux de Triptykon ou Celtic Frost, à l’aura envoûtante et qui ouvre magnifiquement la voie aux titres suivants.

Le mix du titre éponyme The Humming Mountain est étonnant, plaçant la voix derrière une masse sonore un peu chaotique, comme s’il fallait creuser et s’approcher pour saisir clairement le chant et accéder au sens, derrière un fracas d’échos, de réverbérations, de trame secondaire presque dissonante, comme dans une caverne ou sous une cascade. Pas un instant de silence, pas un répit, le fameux bourdonnement est constant, le chant fredonne et berce, pendant que les instruments forment un magma sonore aigu plutôt organique, presque plus proche d’une aspiration que d’un souffle.

The Dwell s’amorce sur un début rapide plus caractéristique du black metal, mais devient rapidement plus expérimental, entre un tempo acharné, saccadé, et une alternance de rythmiques martiales, de passages plus rock, de chœurs pagan primordiaux, de solos délicieusement dissonants. L’on a encore là un morceau à la structure surprenante, sur lequel l’on ne peut que se laisser porter sans rien voir venir, au cours de ces 5 minutes contenant au moins 5 chansons en une ; écarter les bras et se jeter dans le vide.

Awakening Remains – Before Leaving est le titre de black le plus typique de prime abord, avec son omniprésence de guitares, de basse et de batterie créant des trombes de son, martelant l’auditeur, comme un rideau acoustique situé devant la voix et les chœurs, les masquant et les révélant à la fois. Le design sonore est vraiment particulier sur ce mini album, avec cet effet à la fois assourdissant et englobant, frustrant et satisfaisant simultanément. Le dernier quart du titre est moins « brouillé », la brume sonore se dissipe et les différents instruments se donnent à entendre avec plus de clarté, moins intriqués les uns dans les autres, comme si tout prenait forme, s’extirpant du chaos originel.

The Sleep, le titre de clôture, est aussi le plus court, 3 minutes lentes et ambiantes, comme un espace disponible pour le repos, la contemplation et la méditation apaisée, pour mieux apprécier a posteriori le contenu si riche et dense du mini album concept atypique qu’est The Humming Mountain, comme un écho dans le brouillard glacé, une persistance acoustique s’estompant graduellement.
 
Critique : Elise Diederich
Note : 9/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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