Chronique

DAGOBA - BY NIGHT / Napalm Records 2022

Huitième album des Marseillais, cet opus était très attendu car il s’est, également, fait attendre en raison d’une certaine pandémie. Ce 18 février marque donc la sortie de By Night, cinq après leur précédent effort (Black Nova, 2017). Toujours dans l’optique de proposer quelque chose de nouveau, Shawter a mis les bouchées doubles, se sentant désormais prêt à inclure dans la musique de Dagoba un courant musical qu’il affectionne énormément, à savoir l’électro. Ce style avait déjà fait des incursions dans la musique des Phocéens, mais avec parcimonie. Cette fois-ci, c’est tout le concept qui est cohérent par rapport à ce thème, autant sur les visuels (photos promos, artwork, bootleg) que sur la musicalité (instruments et vocaux). Bien évidemment, la touche Dagoba est toujours prégnante et cela, dès l’intro.

En effet, quand « Neons » retentit, on comprend tout de suite là où veut nous emmener le groupe. Depuis toujours les intros de Dagoba ont servi à présenter le propos global de l’album et non introduire le track suivant. De ce fait, l’électro prédomine certes, mais les riffs de gratte sont incroyablement épiques. Nous n’aurons clairement pas dans By Night de l’électro « basique », mais ce qui est sûr c’est que la patte Dagoba sera toujours là ! Et « The hunt » est là pour enfoncer le clou. Premier single sorti, il s’agit très certainement du titre le moins marketing de l’album. Preuve, une nouvelle fois, de la prise de risque du combo avec ce disque. Véritable voyage, la structure de ce titre est tout sauf classique, elle. Ça commence très fort ! Et cela va continuer avec « Sunfall » et ses riffs d’intro qui arrivent de manière très martiale mais qui, a contrario, sont très aérés. En effet, le groupe a mis un peu en rentrait l’aspect rock de sa musique afin de faire respirer ses compos et intégrer de manière plus naturelle les parties électros. De plus, et c’est assez rare pour le souligner, nous avons ici un pré-chorus en voix claire suivi d’un refrain hyper mélodique, voire même « dansant ». Attention, ce n’est point péjoratif, mais cela prouve encore une fois que Shawter a très bien assimilé et retranscrit l’aspect catchy des refrains électros. Le morceau « Bellflower drive », quant à lui, démarre de manière très traditionnelle pour du Dagoba avec une rythmique ultra plombée et un chant hyper hargneux. Mais malgré ce démarrage tonitruant à la Pantera, la mélodie transpire des riffs de Ritch, mais également du refrain en voix claire de Shawter. D’ailleurs, les parties dansantes de guitare du début évoluent au fil du titre jusqu’à devenir quasiment mélancoliques sur la fin du titre. Au final, il s’agit peut-être là d’un des morceaux de Dagoba dont la construction est la plus progressive, transformant le tout en une certaine épopée. Challenge tenté et assurément réussi ! On termine cette première partie d’album avec le titre qui représente certainement le plus la prise de risque du quatuor, à savoir « On the run ». Quand Shawter traduit l’électro par la quintessence d’un refrain, on est en plein dedans ici. Véritable single en puissance, c’est finalement « The hunt » qui est sorti en premier, preuve une nouvelle fois de la démarche artistique et musicale plutôt que commerciale. Un titre couillu, qui divisera sans doute, mais qui, à force d’écoutes, s’intègre très naturellement et facilement au reste des morceaux.

A l’inverse de « Neons », le bien nommé interlude « Break » marque un tournant dans By Night. Positionné en milieu d’album, il s’avère être l’intro originelle de « City lights », facilement identifiable tant les deux s’enchainent parfaitement. On est ici en terrain quasi connu, car l’énergie de ce morceau est incroyable et la mélodie est toujours bien présente. Les couplets sont moins growlés, ce qui renforce et accentue sa mélodicité, alors que l’aspect catchy est encore plus audible sur le refrain. La transition avec « Nightclub » se fait également de manière très naturelle et l’énergie du précédent titre est toujours présente ici, même si une certaine mélancolie se dégage au fur et à mesure des écoutes. Un nouvel exercice pour le combo, à savoir ralentir le rythme, réussi haut la main. Dans « Summer's gone », on retrouve tout ce que Dagoba sait faire : riffs saccadés, électro sombre, refrain clair, ending avec orchestrations classiques. Un refrain chanté deux voire trois tonalités en dessous de ce que fait Shawter habituellement, afin de donner un esprit new wave, crooner à la Depeche Mode à ce morceau. La mélancolie (sujet cher au chanteur) est encore présente jusque dans son titre, tandis que les growls n’auront jamais été aussi puissants. Superbe contraste assuré et assumé. On approche de la fin de l’album avec « The last crossing » dont le riff d’intro en impose ! Ritch se fait plaisir et le côté aéré des parties musicales aident à faciliter et à apprécier l’écoute. Les curseurs ont été poussés au maximum et le refrain est une tuerie qui ferait même headbanguer le cavalier sans tête. Enfin, « Stellar » termine ce By Night de la même manière que « Neons » l’a démarré, c’est-à-dire de manière électro, et les deux s’enchainent si bien qu’on réécoute l’album sans s’en rendre compte. Sans batterie, cette instru reste tout de même rythmiquement très intéressante, histoire de terminer sur une énième prise de risque.

Conclusion :
Prise de risque, mais pas prise de tête, voilà comment pourrait être résumé ce By Night. Dagoba a poussé encore plus loin ses limites, en proposant ce qu’ils savent le mieux faire, mais en rendant tout cela frais et novateur. L’ajout de l’électro est si bien intégré qu’il transforme le metal martial des Phocéens hyper catchy. Shawter aimerait qu’après son écoute, cet album ne vous rende pas dépressif, mais au contraire vous fasse ressentir un sentiment de bien-être ; qu’il soit rassuré, le défi a été relevé et remporté haut la main. Dagoba, à jamais les premiers !
 
Critique : Secret Sfred
Note : 9/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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