Chronique

CROWBAR - ZERO AND BELOW / MNRK 2022

Il faut sauver le soldat Crowbar !

Après un silence qui se rompt enfin (le dernier album datait de 2016) les 4 de la Nouvelle-Orléans se décident à donner des nouvelles. Enfin… A nous donner l’occasion d’en prendre. Cet album a été décidé comme étant notre album du mois juste sur la foi d’un single, l’album, bien que demandé – ce qu’on ne fait quasi jamais, en général on nous les envoie, bah oui sinon on parle d’autre chose normal - ne nous ayant été envoyé qu’après sa sortie. Vous allez me dire : « Oui mais c’est parce que la maison de disque à inondé les gros médias et pas le web ? » Bah non, c’est juste parce que les gens chargés de défendre le projet n’ont pas pris la peine de cliquer sur la totalité de leur carnet d’adresse pour envoyer un bête lien d’écoute en ligne qui existait, des fois qu’on en parle … quel scandale. Soyons clair, Crowbar est un des groupes qui a forgé l’identité du Sludge Metal. Sans Crowbar, pas de Down (bah oui quand même) par exemple. Donc voilà on a un très bon groupe dont le label semble se foutre (oui même acheter l’album est complexe, essayez pour rire de le trouver distribué en France, bonne chance). Petit point économique, on ne distribue un album que si on est sûr de le vendre, si personne n’en parle avant sa sortie, même les fans risquent de passer à côté, donc pas de demande en amont et pas de distribution. Oui mais avec ce genre de raisonnement, les magasins de disques ferment, les groupes splittent et toute une partie de la sphère musicale disparaît… Tout ça parce qu’un chat se mord la queue et que personne ne bouge en se disant que le streaming ça suffit, streaming qui soit dit en passant ne rapporte rien aux groupes ou si peu que le mec qui fait la manche dans le métro a une espérance de réussite largement supérieure à la journée…

Crowbar est album du mois parce que la musique est bonne, mais aussi parce que nous avons voulu réaliser un acte militant.

Bon mais à partir de là, y a quoi dans ce disque ? Du bon vieux Crowbar construit au marteau-pilon, lent, lourd et impactant, gras et gros comme une maison tartinée de bitume chaud et de plumes d’oies versé via un rail de chemin de fer directement sur ta gueule. Par rapport à l’essai précédent (je présume que si vous me lisez encore c’est que vous vous intéressez au groupe) on est dans du plus agressif, plus énervé, moins contemplatif, presque chaotique dans la structure. Alors certes, le taux de variables chez Crowbar est de zéro ½ sur l’échelle d’AC/DC (un mètre étalon de constance qui ferait passer Sabaton et Manowar pour des gens originaux) mais c’est aussi pour ça qu’on les aime. Crowbar fait du Crowbar et c’est cool vu que c’est pour ça qu’on y va ! Blague à part, si vous n’avez aucun album du groupe, quitte à en choper un, battez-vous un peu avec la douane pour importer celui-là, il mérite. Ce n’est pas un best off mais la plupart des couleurs esthétiques du groupe y sont bien présentes avec un son qui peut aussi servir à décoller le papier peint de vos voisins si vous réussissez à bien placer les enceintes. « Bleeding from every hole », le single numéro un, bien que doté d’un clip d’une laideur totalement volontaire, donne le ton : déliquescent, morbide et prophétique (c’est pile le bon moment avouez, ça pourrait même devenir la bande-son des infos le matin). « Denial of the truth » peut-être le morceau le plus planant, colle aussi bien à son époque tout en lorgnant sur du Doom classique avec un tempo qu’on peut compter à la blanche sans risquer de dépasser le 100 (si t’es pas musicien t’as rien compris, si tu l’es tu sais à quoi t’attendre). Donc pour traduire, c’est gluant, incantatoire avec un espace qui se donne des airs de canyon strictement habillé de hurlements tapissés de guitares bien épaisses et d’un basse-batterie façon boule de destruction de chantier au niveau de la finesse.

Si vous avez déjà vu un immeuble s’écrouler suite à des charges de dynamite, vous savez à quoi ressemble la musique de Crowbar. Détail : les images de l’explosion doivent être vues au ralenti pour s’approcher de la réalité même si ça n’empêche pas un côté punk hardcore totalement assumé cf. « The Fear That Binds You » ou « Chemical Godz ».

Pour faire court, cherchez-le, ça mérite, ne serait-ce que pour dire fuck à l’industrie du disque (et ça fait du bien) qui ne fait aucun effort pour des musiciens qui ont donné beaucoup plus que de la musique à leur époque.
 
Critique : Thomas Enault
Note : 9/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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