Chronique

A.C.O.D. - Fourth Reign Over Opacities And Beyond / Les Acteurs de l Ombre 2022

Le groupe marseillais A.C.O.D. est de retour avec un attendu nouvel album. En effet, The Divine Triumph, leur précédent opus, était une réussite et marquait une nouvelle direction musicale à la fois ambitieuse et assumée. Le virage de 2018 avait été un succès et cette offrande millésimée 2022 (sortie prévue pour le 16 septembre) se doit d’éviter la sortie de route. Rassurez-vous, Fred et Jérôme, accompagnés de Raf (Ndlr : même si les parties de batterie ont été enregistrées par Nicolas « Ranko » Muller - eOn, ex-Svart Crown) sont toujours les maîtres à bord et leur occulte voyage abyssal continue sa progression, irrémédiablement.

Continuité donc, car cet album est le second chapitre d’une trilogie initiée avec The Divine Triumph.
Dès l’intro « Sur d'anciens chemins... », nous ne sommes donc pas en terres inconnues, mais attention, la suite de l’album n’est pas non plus un « copié / collé » de son prédécesseur.
En effet, tous les chemins empruntés en 2018 sont ici upgradés ; il s’agit en quelque sorte de changements dans la continuité. Imaginée sur trois albums, la ligne directrice, à la fois musicale et racontée, se doit d’être cohérente autant sur le fond que sur la forme, et c’est chose faite avec un Fourth Reign Over Opacities And Beyond aussi dantesque qu’extrême.

Ma « crainte » d’avoir des orchestrations trop présentes s’est évaporée au fil des écoutes et les dix moceaux (pour cinquante minutes) accentuent l’homogénéité de cette œuvre. Rien ne manque et rien n’est en trop, à l’instar de l’instru « Infernet's path » qui permet de « souffler » un peu, tant certains passages peuvent paraitre incroyablement oppressants.
Certainement, l’expérience et la conviction de faire une musique qui leur plait ont permis aux musiciens de tirer le meilleur de chaque idée. Comme évoqué plus haut, les orchestrations n’étouffent pas la musique et proposent à nouveau une atmosphère à la fois malsaine, mélancolique, mais également pleine d’espoir, comme c’est le cas sur le très bon dernier titre « Empty graves / Katabasis ». Et ces orchestrations peuvent même surprendre quand on pense, par exemple, que la chanson « Nekyia catharsis » est terminée et que les instruments reprennent de l’ampleur (couplée à toute la hargne de Fred hurlant « side by side ») pour aboutir à un final grandiose. Chapeau bas M. Jérome !
Le black death d’A.C.O.D. continue de combiner à merveille brutalité et mélodicité, comme sur « Genus vacuitatis » ou « Sulfur winds ritual ».

Autre belle maîtrise notable, le chant de Fred est hyper varié. Il enchaine les parties parlées et les chants gutturaux d’une manière assez incroyable ; d’autant que certains passages sont en français, et, on le sait, cet exercice peut s’avérer très casse-gueule car un côté kitsch peut aisément prendre le pas et foutre en l’air l’objectif escompté. Le morceau éponyme « Fourth reign over opacities and beyond » en est une preuve parfaite, tant ce titre est autant composé de parties narrées que screamées, et parfois même, ces styles de chant se répondent, comme avec le mot « maudites » parlé puis gueulé. Tout simplement jouissif ! Ou comme sur le final de « Through the astral door » qui fonctionne très bien aussi.

Une autre belle évolution à noter, à la fois musicale et vocale, est la manière avec laquelle les passages lents et rapides sont gérés. Il n’y a pas de « cassures » trop brutes et cela se fait assez naturellement. La raison est que sur chaque morceau, le groupe arrive à nous transporter dans son univers, comme sur l’incroyable « Artes obscurae » ou le single ultra efficace « The prophecy of agony ».

Conclusion :
Valeur sure de la scène régionale marseillaise, A.C.O.D., avec cet album, enfonce encore un peu plus le clou.
Cette trilogie -entrecoupée d'EP, il me semble- promet d'être une oeuvre qui fera date dans l'esprit collectif marseillais. Mais pas que... En effet, le groupe a prouvé, à plusieurs reprises, qu'on peut compter sur lui, autant en France qu'à l'étranger.
En attendant clip(s), release-party marseillaise (Ndlr : deux sont déjà bookées à Nantes, le 16 septembre et Paris, le lendemain) et présence (méritée) au Hellfest 2023 (croisons les doigts), ruez-vous sur ce Fourth Reign Over Opacities And Beyond qui mérite toute votre attention.
 
Critique : Secret Sfred
Note : 9/10
Site du groupe : Page Facebook du groupe
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