Chronique

DUFF McKAGAN - LIGHTHOUSE / The World Is Flat 2023

Lighthouse est le 4ème album solo du plus discret des membres originels de Guns and Roses. Certes les-dits albums solo ont connu des vies très différentes (l’un d’eux a littéralement été oublié par sa maison de disque) mais vu le CV du personnage et la pelletée d’albums grandioses sur lesquels il a joué, on peut partir du principe que sa carrière solo n’a qu’un but, le plaisir de faire « sa » musique. Car oui soyons clair, il pourrait très bien se passer de faire des disques solo et continuer de très bien vivre.

Ceci rend la production et l’écriture de Lighthouse encore plus précieuse au fond. Exit le format commercial, et place à la musique, sans fard, sans enjeu autre qu’elle-même. A la première écoute, on retrouve cette impression, qui était aussi présente sur l’album d’un de ses camarades de Guns : « It’s Five O’Clock Somewhere » de Slash. De facto, dès les premiers vers de Lighthouse le constat est là, on a plus l’impression d’écouter une carte postale d’un pote (vraiment talentueux, le genre de pote dont t’es fier même en trinquant) qu’un disque calibré radio.

Dire que Lighthouse est un album intime ce serait un peu comme dire que Rob Alford aime le cuir et les clous, pas besoin d’y passer plus de 2 minutes, c’est comme ça et c’est tout. D’ailleurs, la pochette est l’œuvre de l’ami sa fille, Duff étant daltonien c’est quelque chose qu’il a aimé puisque pouvant le « comprendre et percevoir » malgré ce handicap. Là encore, plus intime et perso ce serait difficile.

Alors malgré tout, il y a un truc qui est évident, oui Duff aurait littéralement pu fourguer tous ces titres à Guns and Roses et ça se serait vendu comme des brioches après 3 jours de jeûne… Longfeather ressemble à un de ces trucs qu’on attribue parfois à Axl c’est-à-dire une power Ballad avec piano, idéale pour traverser le désert californien en décapotable (mais en mieux parce que la voix de Duff est au final beaucoup plus agréable à écouter que les couinements maniérés du plus rose des flingues derrière un micro).

Ok je suis cramé, on peut être fan des Guns et détester la voix d’Axl. Et c’est là que cet album vient combler (pour moi) un vide évident. Cette impression d’écouter ce que Guns aurait pu être sans le maniérisme de la gloire, un groupe qui a eu faim et après des années retrouve une forme de sérénité sobre. On pense aussi aux albums tardifs de Johnny Cash, ce moment où la fièvre retombée, la musique retrouve non pas la pureté des premiers jours mais une espèce d’innocence naïve où l’on entend quand même l’expérience. Le texte d’Holy Water est une petit bijou sur ses refrains entre mélancolie accrocheuse et pop douce-amère. Alors oui, il n’y a pas tant de rock au sens primate du terme, il y a de la musique. L’énergie rentrée est présente même dans les passages les plus folk (I Just Don’t Know avec Jerry Cantrel en guest), le blues est présent dans chaque mot (Hope avec la guitare de Slash en soutien, se promène comme un récit de la Beat Generation et fait aussi penser à Bono quand il est passionnant). L’importance de porter une étiquette a tout simplement disparu, alors oui il y a quand même des moments punk que n’auraient pas reniés les Ramones (Just Another Shakedown aurait tout à fait pu être un titre de Velvet Revolver avec Joey Ramones en guest – ou des Ramones avec Duff à la voix, ça marche dans les deux sens).

Chaque titre s’égrène comme l’histoire du type qui en avait gros sur le cœur et a réussi à raconter, à peu près tout sans en faire des caisses. Pas pour se plaindre, pas pour se réjouir, juste pour avancer.

Il est des disques que l’on vous vend, il est des disques dont un pote vous parle en vous le mettant d’office après bouffer en disant « au fait, ferme ta gueule et écoute c’est beau ».

Pas besoin d’être fan des Guns pour aimer cette galette, comme il n’est pas besoin d’aimer les Stones pour trouver que Jagger vieillit avec une classe magnifique.

Que fait un type qui est déjà rentré au Rock’n Roll Hall of Fame de son vivant et n’a pas besoin de faire quoi que ce soit pour bouffer ? Là, il fait de la musique, vraie, franche, intime, intense et qui dans 30 ans n’aura pas plus pris une ride qu’un album de Tom Petty ou d’Iggy Pop (qui accessoirement fait un passage discutable mais amical sur la reprise finale de Lighthouse, ok, sympa, encore une histoire de pote qui a vu de la lumière et est rentré).
 
Critique : Thomas Enault
Note : 9/10
Site du groupe : Page Facebook de l'artiste
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