Interview

MOONSPELL (2021) - Fernando Ribeiro (Chant)

Avec « Hermitage » Moonspell montre que trente ans après leurs débuts le groupe portugais reste toujours aussi intéressant. Un album audacieux qui les voit s’éloigner du metal et montre de ce fait un groupe capable de se renouveler et d’innover de disque en disque. Entretien avec Fernando Ribeiro, le chanteur charismatique du groupe, homme d’une grande culture et d’une grande intelligence.

« Hermitage » votre nouvel album sonne moins metal que ce que produit généralement Moonspell. Je trouve l’album très bon mais différent. »


« Tant mieux. Depuis nos débuts nous avons toujours eu à cœur de ne jamais reproduire la même chose. « 1755 » le précédent disque était très metal. Avec « Hermitage » nous voulions sortir de notre confort, offrir quelque chose de nouveau. Nous avons voulu une musique la plus ample possible. Nous voulons toujours innover, aller plus loin, trouver de nouvelles voies. Il convient de toujours se renouveler. »

« Quelle est la signification de « Hermitage » ? Cela évoque l’introspection, je suppose. »

« Cela parle du fait de nous libérer des attentes et des projections que nous pouvons avoir en nous-mêmes. L’idée de partir et de chercher. Il y a comme base l’introspection, c’est vrai. Cela évoque également un espoir perdu. »

« Tu as eu plusieurs inspirations littéraires pour ce disque. »

« Oui notamment « Out of the World, l’histoire extraordinaire du dernier ermite » de Michael Finkel et « La Peste » de Camus. Finkel raconte une histoire moderne d’isolement, celle d’un fantôme qui hante une communauté. C’est une recherche individuelle de paix, en dehors des foules. A l’inverse « La Peste » est un classique sur l’importance d’une communauté et comment certains individus parviennent à l’encourage pour le bien commun. Les deux m’ont inspiré. »

« Et musicalement on sent l’inspiration de Pink Floyd. »

« C’est vrai. J’ai toujours beaucoup aimé Pink Floyd, un groupe qui sait créer des atmosphères. C’est un groupe que j’écoute depuis toujours. Sur cet album on a vraiment travaillé dur là-dessus : créer des atmosphères.»

« Il y a plusieurs titres de l’album qui ne sont pas du tout metal. Je pense notamment à « All or Nothing », morceau sur lequel ta voix me fait penser à celle de Bowie. »

« Je vais dire cela à ma femme. Elle va être contente. Je suis devenu chanteur presque par hasard. Au fil des années ma voix a évolué. Tant mieux si aujourd’hui elle peut avoir plusieurs colorations. »

« Votre précédent album « 1755 » était chanté en portugais. Vous revenez à l’anglais avec celui-ci. Vous aviez chanté en portugais pour « 1755 » parce que c’était une histoire portugaise. »

« Exactement. L’Histoire de ce tremblement de terre à Lisbonne en 1755 est très importante pour nous lisboètes. Le disque est un concept-album autour de cet événement. C’est une histoire ancienne mais qui reste encore vivace aujourd’hui dans l’inconscient collectif des habitants de Lisbonne. Elle a marqué l’Histoire de notre ville, de notre pays donc il était normal de chanter en portugais sur cet album. Cela n’aurait pas été possible de le faire autrement. Nous nous devions de le faire ainsi. »

« C’est difficile pour tous les groupes à l’heure du Covid. Est-ce que cela a changé des choses pour la préparation de l’album ? »

« C’est vrai que ce n’est pas simple. Notre dernière tournée a été interrompue à cause de l’apparition de la pandémie. Mais en même temps cela te permet d’avoir plus de temps pour te concentrer sur les disques que tu fais, de n’être pas sur la route sans arrêt. Et puis cette épidémie a également le mérite de te permettre de réfléchir. »

« Cela ne t’a pas trop déprimé ? »

« Non. Je sais que pour des groupes cela a été très difficile car il n’y a que la musique et les tournées qui comptent dans leur vie. Dans ce cas tu ne peux que le vivre mal. Les tournées me manquent bien sûr mais la musique n’est pas l’unique chose dans ma vie. Je suis quelqu’un de très actif. Je sais toujours m’occuper. En ce moment je suis en train d’écrire une nouvelle qui sortira prochainement. »

« La tournée dont tu parles était gigantesque. Il y avait un nombre de dates impressionnant. »

« C’est cela être musicien. Être sans arrêt sur la route. C’est parfois compliqué pour la vie de famille. Mais c’est ainsi. Nous musiciens sommes comme des nomades. »

« Vous avez quand même pu donner quelques concerts en 2020, tous au Portugal. »

« C’était important pour nous que de pouvoir jouer live. Le fait que nous ayons pu donner ces quelques concerts à la maison a vraiment été quelque chose de spécial. Il y avait une ferveur incroyable de la part du public. Le concert à Porto a été d’une force incroyable. Un moment magique de communion avec le public. »

« A propos des fans la relation que vous entretenez avec eux semble forte. »

« Elle l’est. Nos fans sont très importants pour nous. Après il y en a quelques-uns qui dépassent les limites en étant parfois trop intrusifs. Heureusement cela reste une minorité. »

« Vous avez ressorti récemment « Sin Pecado » et « The Butterfly Effect » qui sont montés haut dans les charts portugais. »

« C’est une vraie fierté. Que ces disques puissent être montés aussi haut dans les charts portugais aussi longtemps après leur sortie représente vraiment quelque chose de fort. On voulait en plus les ressortir pour que nos fans puissent les acheter à des prix corrects. Nos vieux disques sont devenus des collectors hors de prix. Nous allons continuer ces rééditions dans l’avenir. »

« L’an prochain Moonspell fêtera ses trente ans. Vous allez faire quelque chose de particulier pour fêter cet événement ? »

« On y pense. On ne sait pas encore ce que l’on fera mais nous ferons certainement quelque chose. Après, le groupe n’est pas éternel. Lorsque j’ai commencé Moonspell il y a trente ans je n’aurais jamais imaginé être encore là aujourd’hui. J’étais super jeune, avais 17 ans et ne pensais pas à une carrière. Je ne m’inquiète pas pour la suite du groupe ni me m’inquiète si un jour Moonspell arrête. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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