Interview

NIGHTFALL (2021) - Efthimis Karamidas (Chant)

Légende du metal grec avec Septicflesh et Rotting Christ, Nightfall ne nous avait plus donné de nouvelles depuis 2013. Le groupe de symphonique death metal nous revient aujourd’hui avec un fantastique « At Night we Prey ». Entretien avec le talentueux et adorable Efthimis Karamidas, un musicien de grand talent et un homme de grande culture avec lequel on peut parler musique bien sûr mais aussi de civilisations anciennes, d’histoire antique, de Châteaubriand et…de l’Olympiakos.

« Vous n’aviez plus sorti d’album depuis « Cassiopeia » en 2013. Etait-ce dûe à ta dépression ? »


« Nous avons fait trois, quatre pauses durant la carrière de Nightfall. Il y a eu quatre saisons dans ce groupe, un peu comme dans une série Netflix, avec tous les dix ans un changement de label. Avec du recul, je me suis rendu compte que oui la dépression a joué dans le fait de n’avoir rien sorti durant un moment. »

« Sais-tu d’où venait ta dépression ? »

« C’est quelque chose de biologique. Cela est apparu dans les années 90 mais j’ai pensé à l’époque que c’étaient simplement des hauts et des bas comme on en connait souvent dans la vie. J’ai perdu ma mère, ai dû m’occuper de mon père. Cela a été des moments difficiles. Il y a deux, trois ans j’étais dévasté, ai dû prendre des médicaments. Je m’en suis voulu de ne pas en avoir pris plus tôt. Pour la société la dépression est taboue alors que les troubles mentaux sont quelque chose de normal. Il n’y a pas à en avoir honte. J’ai fait cet album pour que l’on puisse parler de cela, pour que la jeune génération puisse en parler librement, sans tabou. Les groupes metal chantaient les démons, les fantômes mais très peu les troubles mentaux. C’était important pour moi d’en parler. »

« Les démons dont tu parles sont les tiens propres ? »

« Ce sont des métaphores. J’adore un auteur comme Homère qui écrivait de cette façon. Tu dois le lire puis le lire encore pour comprendre ce dont il parle. J’avais déjà fait cela avec « Lesbian Show ». Je ne parlais pas d’une histoire lesbienne comme on aurait pu le penser. Mais comme chez Homère j’avais créé ces deux personnages féminins. C’était une allégorie. »

« Même si tu étais en dépression tu étais actif. Tu as sorti plusieurs albums avec Slayerking. »

« J’étais tellement mal psychologiquement à cette époque que je devais me concentrer sur quelque chose pour ne pas avoir de mauvaises pensées. Je devais me concentrer sur la musique et essayer de ne penser qu’à cela. Je me suis investi dans ce projet qui a eu l’effet d’ une thérapie pour moi. Cela m’a permis de retrouver confiance en moi et de pouvoir repartir avec Nightfall. Je vais poursuivre Nightfall et Slayerking de front. »

« Il y a eu un total changement de line-up dans Nightfall. »

« Nous sommes tous de Athènes dans le groupe maintenant ce qui arrange les choses lorsque nous pourrons de nouveau reprendre la route. Nightfall n’a presque pas été actif live depuis 20 ans parce les membres du groupe dans les anciens line-up habitaient un peu partout en Grèce. Il y a une super dynamique dans la nouvelle formation. »

« Ce disque dégage d’ailleurs une super énergie. »

« Tout à fait. Il y a dans ce line-up un mélange de nouvelles énergies et d’expérience. J’ai la chance de pouvoir faire de la musique avec de supers musiciens. Si tu joues tout le temps avec les mêmes musiciens il est difficile de progresser. Nous sommes capables de surprendre encore et c’est essentiel. Cela ne m’intéresse pas de reproduire à l’infini le même album. On a sorti dix albums durant notre carrière et aucun ne sonne de la même façon même si cela reste toujours bien sûr du Nigthfall. »

« Mike est revenu à la guitare. »

« Il m’a appelé pour me dire qu’il voulait revenir dans le groupe. Je lui ai répondu que les choses avaient changé dans la musique, que c’était plus business désormais, que je ne savais pas trop où j’allais. On a jammé ensemble et j’ai senti que nous avions quelque chose à dire. »

« Et comment Fotis de Septicflesh vous a rejoint. »

« A l’époque de « Diva Futura » on s’était déjà rencontré mais on avait finalement pris un autre batteur. C’est un mec super sympa et un excellent musicien. »

« Vous avez enregistré l’album chez vous à Athènes ? »

« Oui Fotis a son studio. C’est un super ingénieur du son. J’aime le son de l’album et techniquement le trouve très bon. »

« Vous faites partie avec Rotting Christ et Septicflesh des légendes du metal grec mais vous avez signé à l’international avant eux. J’imagine que cela représente quelque chose d’important. »

« C’est la chose la plus importante de l’histoire de la scène metal grec lorsque nous avons signé chez Holy Records. Ces gens ont eu l’idée non pas de signer un groupe américain ou scandinave mais un groupe grec. J’en avais parlé à l’époque à l’un des membres de Septicflesh qui m’avait répondu mais ce label n’existe pas. Nous étions leur première signature. C’était important parce qu’en offrant de bons disques au label les gens allaient découvrir la scène grec et c’est ce qui s’est passé. »

« L’Histoire se répète. Vous êtes de retour sur un label français, Season Of Mist. »

« Les cultures sont différentes. Celles françaises et grecs sont proches. Nous sommes des nations romantiques, nous aimons l’art. Ce n’est pas comme les américains. C’est pour cela que je préfère notre période Holy Records et aujourd’hui celle avec Season of Mist que celle avec Metal Blade. C’est comme si je me retrouvais à la maison. »

« Comment expliques-tu le fait que dans les trois grands groupes légendaires du metal grec il y a en commun cet élément symphonique. »

« La raison vient du fait que dans les années 90 les studios grecs n’étaient pas super équipés. Tu ne pouvais pas produire un son scandinave. Nous avons dû penser différemment. Les groupes de metal grec ont enregistré avec six guitares lead plus les synthés. Du coup cela donnait un côté orchestral à la musique. Les gens à l’étranger ont adoré ce son. Ils l’ont trouvé exotique. Et ils ont commencé à faire attention aux groupes grecs. Avant cela les groupes grecs n’étaient que de mauvaises copies de Black Sabbath ou d’Accept. »

« L’élément symphonique est toujours là aujourd’hui. »

« Oui même si nous n’avons pas utilisé de claviers sur cet album. Je trouve que Dimmu Borgir ou Septicflesh ont amené l’élément symphonique à son niveau le plus haut. Mais je suis super fan du son heavy metal classique donc je ne veux plus trop d’éléments symphoniques. »

« C’est le cas avec ce disque qui va au cœur du metal. »

« Je trouve que sur notre disque précédent « Cassiopeia » il y avait trop de synthés. Et c’était trop mélodique. Je voulais un disque plus sombre. »

« Cela va être difficile de tourner cette année. Qu’est-ce que vous allez faire ? »

« Notre tournée est programmée pour le printemps 2022. D’ici-là nous ferons des vidéos et peut-être des live-streams. »

Interview par Pierre Arnaud Jonard
 
Critique : Lionel
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