Interview

MALEMORT (2022) - Xavier (Chant)

Malemort vient de sortir avec « Château-Chimères » un disque extrêmement original empruntant aussi bien au metal qu’à la chanson. Cet album ambitieux est aussi un concept-album autour du mythique château d’Hérouville, studio francilien où ont enregistré les plus grands. Entretien avec Xavier, chanteur du groupe.

« Votre album précédent date de 2016. Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour que « Château-Chimères » voit le jour ? »


« On dit toujours 2016 à propos de « Ball-trap » mais il est sorti à la toute fin 2016. Nous sommes un groupe indépendant, c’est toujours plus compliqué pour un groupe indé. Il y a plein de choses à gérer qui prennent du temps. On a fait le Hellfest en 2018 puis plein de dates en Province en 2019. L’histoire du groupe a été compliquée à ce moment là avec un changement de line-up. »

« Pourquoi ce changement de line-up ? »

« Ce que l’on a pu faire ensemble était très bon. On a fait des choses très belles mais lorsque l’on ne s’entend plus il faut passer à autre chose. »

« Le disque est un concept-album autour du fameux Château d’Hérouville, studio célèbre des 70’s où Bowie, Iggy Pop, Elton John ont enregistré. Tu en as eu l’idée car tu habites tout près de ce fameux studio ? »

« Je relie toujours la musique que je fais à ce que je vis. J’habite à trois kilomètres du château. Quand je me suis installé là il y a dix, quinze ans, j’étais déjà fasciné par cette histoire. Il m’a fallu des années pour imaginer la façon dont j’allais écrire autour de cela. »

« Vous n’êtes pas exactement dans la même veine que les groupes qui enregistraient là-bas. »

« On est au confluent du rock et du metal. Le Château d’Hérouville fait penser aux 70’s. J’ai pensé à comment je pourrais écrire par rapport à cela. Le château m’a servi de carburant. Mais je n’allais pas sonner pour autant comme un groupe de reprises 70’s. Cela aurait été ridicule. »

« Il n’y avait pas le fantasme ultime d’enregistrer là-bas ? »

« Non car nous ne procédons pas de cette façon. Nous travaillons à la maison d’abord et cela s’accorde mal avec le fait d’arriver en studio et de s’y poser pour enregistrer. »

« Le premier single tiré du disque « Quelle sorte d’homme » a donné lieu à un clip qui rend hommage à un certain cinéma français. »

« J’aime beaucoup les films français des années 50-60 avec les fortes gueules à la Ventura. J’adore ça. Michel Magne, le propriétaire du Château d’Hérouville était l’un des plus grands compositeurs de BO en France. Ce clip est aussi un hommage à sa personne. »

« Il y a chez Malemort un côté chanson que vous assumez. »

« Tout à fait. Nous n’essayons pas de mélanger les genres pour mélanger les genres mais je revendique le côté chanson. Les groupes metal que je préfère sont ceux qui ont ce côté chanson. Il n’y a rien de plus dur que d’écrire une bonne chanson. »

« C’est du fait de ce rattachement à la chanson que vous avez décidé d’écrire en français ? »

« Bien sûr. Ce n’est pas à la mode dans le metal français que de chanter en français. Et ceux qui le font sont dans un truc vindicatif, de harangue. Je serai incapable d’écrire un truc poétique en anglais. »

« Il y a un côté littéraire justement dans votre écriture. »

« J’adore les livres. Je peux aimer des groupes qui sonnent bien et n’ont pas de supers paroles mais j’ai un côté littéraire que je me dois d’exprimer. »

« Il n’y a pas de limites musicales chez Malemort. Vous osez même les balades, genre que plus personne ne fait. »

« Je ne comprends pas pourquoi les groupes n’en font plus. Il y a certes des recettes pour en faire qui peut les rendre gnan gnan mais les balades permettent les respirations. Les gens apprécient toujours la mélodie. »

« Vous avez joué au Hellfest en 2018. Qu’est-ce que cela vous a apporté ? »

« C’est un challenge que d’y jouer lorsque, comme nous, tu es un groupe en auto-prod. Cela pose un niveau de crédibilité. Je ne remercierais jamais assez Ben Barbaud et Yoann de nous avoir programmé. Tu apprends énormément en faisant ce genre de scène. Le but aujourd’hui est de remonter sur la mainstage avec ce disque. »

« Vous avez fait un crowfunding pour cet album. Il a bien fonctionné ? »

« Oui, il a très bien marché. On proposait quelque chose de solide il faut dire. »

« Qui a fait la pochette du disque ? »

« Blitz’art,un ami. Il est à la fois dessinateur et musicien. Il a adoré l’idée de ce concept-album sur Hérouville. On arrive à un univers complet avec ce disque. »

« Vous avez mixé l’album au Swan Sound Studio ? »

« On a eu de la chance car on cherchait un studio capable de produire un son intemporel. On voulait un son organique. On est à l’opposé de la tendance actuelle qui singularise chaque instrument. J’aimais les prods de Guillaume avec Headcharger. Ce mix ne privilégie pas la puissance ce qui est très bien. »

« Il y a des dates prévues ? »

« C’est le bordel à ce niveau en ce moment. On vise le printemps et l’automne prochain. »

« Tu vises aussi le prochain Hellfest ? »

« J’en rêve d’autant plus que j’ai des idées de proposition pour cela. J’attends beaucoup de la sortie de ce disque et de la réponse du public pour construire quelque chose de solide. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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