Interview

AEPHANEMER (2022) - Groupe Complet

Le 19 août 2022 j'ai rendez-vous à l'espace VIP du Motocultor Open Air Festival avec le groupe toulousain de death metal mélodique symphonique Aephanemer pour une interview juste après leur set pendant le premier créneau horaire de la journée. Je suis rejointe par Lucie Woaye-Hune (la bassiste) et Mickaël Bonnevialle (le batteur). Le festival avait eu la bonne idée d'investir dans des caissons insonorisés pour accueillir les interviews, mais les clefs ayant malheureusement été égarées, nous cherchons un endroit plus ou moins au calme et où nous abriter du crachin breton ; un grand merci à la cuisinière de la roulotte à frites du VIP de nous avoir gentiment prêté deux bancs et un coin d'auvent !

Bonjour, et merci d'avoir accepté cette interview. C'était votre premier passage au Motocultor, quel est votre retour à chaud du concert ?

Mickaël : Bah, c'est cool ! *rires*
Lucie : On est vraiment très très contents, il y avait vraiment beaucoup de monde, on ne s'y attendait vraiment pas, vu l'heure, le vendredi matin, on avait un petit peu peur, on avait pas mal d'inquiétudes sur l'affluence, mais en fait on était ravis, il y avait plein de monde !
Mickaël : Et l'équipe technique, royale ! On est bien accueillis, bien épaulés pour tout ce qui est installation matérielle, son, tout ça, c'était vraiment une bonne expérience.

Martin (ndlr : Hamiche, le guitariste lead et compositeur) n'est toujours pas de retour sur scène avec vous, est-il toujours en rééducation ?

Lucie : Il est toujours en rééducation pour sa dystonie oui, on a encore Sylvestre qui le remplace gentiment.
Mickaël : Sa rééducation avance mais c'est des process qui sont longs, et on ne sait pas à l'avance quand ça va fonctionner, c'est ça l'objectif, c'est qu'il faut tout rééduquer, il ne faut pas se mettre la pression sinon ça foire. Donc c'est un process long, on ne peut pas anticiper quand ça va être bon, mais c'est en bonne voie par contre.

Sylvestre est suffisamment disponible pour vous accompagner sur beaucoup de concerts ?

Mickaël : Il est super disponible, il faut jongler avec son programme à lui, mais là ouais à chaque fois qu'on a eu besoin il était disponible. (Ndlr : Sylvestre Alexandre joue dans le groupe Iron Flesh.)

Partez-vous tout de suite après votre séance de dédicaces ou passez-vous la journée ou le week-end au Motocultor ?

Mickaël : Non on va rentrer, on a tout le matériel à déposer, des contraintes le lendemain, donc voilà. On va rester un peu, voir les gens, signer des dédicaces, mais après on repart.
Lucie : Ouais, malheureusement... On aurait bien aimé, mais c'est compliqué, familialement, des obligations, donc bon...
⁃ C'est déjà super que vous ayez pu venir, enfin !
Mickaël : Ouais, après le Covid...
Lucie : C'est clair, le Motocultor c'était notre première affiche signée en 2019, donc on tarde un peu...
Mickaël : Ça y est, c'est bon, c'est fait, on était là !


Ce n'est un scoop pour personne que les deux dernières années ont été relativement éprouvantes pour tout le monde : quelles ont été vos solutions, vos astuces pour vous sentir bien malgré tout, vous ressourcer, réussir à conserver de la motivation et de l'inspiration ?

Mickaël : Je pense qu'on a chacun nos solutions, moi je suis assez casanier donc on va dire que ce ne sont pas des choses qui m'ont beaucoup impacté... La musique de toutes façons c'est quelque chose qui reste bon dans toutes les émotions, tous les moments, il y a toujours une chanson, un album ou un groupe qui permet de continuer à se faire plaisir et aller de l'avant. C'est pour ça qu'on fait ça aussi, la musique ça reste un pilier.
Lucie : J'ai regardé pas mal de concerts en live stream en confinement, ça m'a vraiment pas mal aidée, c'était vraiment cool. C'est un peu glauque des fois, mais franchement ça m'a permis de garder l'envie, de garder les émotions.

Avez-vous donné des concerts en live stream ?

Mickaël : Non mais on a eu la « chance », c'est un bien grand mot, d'être dans une période où on avait beaucoup de travail préparatoire, de production à faire, du coup on n'était pas dans la période juste après la sortie d'un album où il faut tourner, donc c'était moins impactant pour nous que pour d'autres groupes, qui ont pris ça de plein fouet. Nous on a effectivement eu beaucoup de travail de l'ombre à faire, ce qui nous a bien occupés et maintenus dans le mouvement et la progression.
Lucie : Oui parce que finalement nous l'album on l'a sorti en novembre 2021, quand je pense à des groupes qui ont sorti leur album début 2020, c'est pas les mêmes conditions quoi !
Mickaël : On ne va pas dire que ça a été transparent pour nous mais on a été beaucoup moins impactés que d'autres groupes.
⁃ Vous avez dû faire pas mal de choses séparément à cette période j'imagine ?
Lucie : On a travaillé un peu chacun dans notre coin, mais les avantages c'est qu'on est tous bien équipés, donc on a pu faire ça tranquille, à la maison.

Vous avez tourné le clip d'« Antigone » aux Lapidiales, et je me demandais comment s'était passé le tournage, si vous aviez eu facilement l'autorisation de tourner là-bas, d'apporter les instruments, de faire du feu ?
Quand j'y étais allée il m'avait semblé que l'utilisation des images du lieu était assez strictement encadrée, qu'il fallait l'autorisation de chaque sculpteur dont les œuvres apparaissent...


Mickaël : Ah ça a été une vaste opération, mais pour les autorisations ça c'est relativement bien passé. On a contacté le directeur du site, il a tout de suite été hyper emballé par le projet, il avait a priori fait de la vidéo auparavant, ça lui parlait, donc après on s'est mis d'accord avec les sculpteurs, ils sont tous crédités dans la vidéo par ordre d'apparition, et après on s'est mis d'accord sur des créneaux et des dates qui ne les impactaient pas trop eux. Et le voisinage, parce que ça fait quand même un peu de bruit ! *rires* Mais ça s'est vraiment très bien passé avec eux, sur le site, on s'est installés là où on voulait, on a tourné ce qu'on voulait, c'était une très bonne expérience, et ils ont vraiment été très très cool avec nous, que ce soit pour l'organisation en amont ou sur place.
Lucie : Ouais ils ont été super accueillants, on a tourné dans des super conditions, vraiment le luxe. C'est vraiment un superbe site.

Quand on voit le lieu comme ça on n'imagine pas forcément qu'il serait possible d'y tourner un clip.

Mickaël : C'est vrai, c'est notre vidéaste qui avait suggéré ça comme ça, il avait une vision en tête, avec des flammes, les positionnements, les mouvements de caméra, qui permettent d'embellir à la fois le site et nous au milieu ! C'est un effet de mélange entre nous, trouver le bon endroit, lui, et organiser tout ça, pour réaliser quelque chose qu'on espère que les gens trouvent beau !

Je pense que c'est le cas, le clip est magnifique, et il semble avoir reçu un super accueil ! Même pour les fumigènes c'est passé sans problème ?

Mickaël : Oui oui, ça fait beaucoup d'impression sur la vidéo, mais sur place c'est très sécurisé, c'est le même genre de dispositifs qui sont utilisés au Hellfest par exemple, donc ils maîtrisaient, ils savaient ce qu'on faisait, et il n'y avait pas de problème là-dessus.

L'album « A Dream of Wilderness » évoque les rapports des humains à la nature et aux animaux. Quelles sont vos relations aux animaux et à la nature ?

Mickaël : C'est effectivement quelque chose à quoi on est sensibles, chacun à divers degrés, on n'est pas quatre personnes identiques ! Mais ça nous tient à cœur, spécialement à Martin qui compose et Marion qui écrit les paroles, donc forcément c'est ce qu'ils ont envie de véhiculer comme message et ce qui transparaît à la fois dans les chansons et dans la thématique générale de l'album, au global.
Lucie : Et on a tous des chats !
Mickaël : Et on a tous des chats ! *rires*
Lucie : Si on dit la même chose à dis secondes d'intervalle...

Et vous n'avez pas de poils de chats sur vos vêtements !

Lucie : Non, c'est un sacerdoce ! Moi j'envoie les t-shirts depuis chez moi, et j'ai un chat noir et blanc...

Ah oui comme ça c'est pratique pour les t-shirts clairs comme pour les t-shirts foncés.

Lucie : Voilà, donc c'est confiné dans un petit placard auquel il n'a pas accès, fermé à clef, avec des draps par devant pour ne pas qu'il y touche ! J'ai un petit rouleau au cas où il en reste...
Mickaël : C'est de la logistique en plus ! *rires*

Vos paroles sont souvent inspirées par la philosophie morale. De manière générale vous considérez-vous comme un groupe militant, engagé, ou préférez-vous que la musique soit décorrélée de l'éthique ?

Mickaël : La question est compliquée, c'est toujours pareil, ça va dépendre des membres du groupe. Je pense qu'en tant que groupe on ne peut pas se ranger dans la catégorie militant, parce qu'on cherche quand même à pouvoir toucher tout le monde. Effectivement ce sont des valeurs que nous on porte, mais on les porte à titre personnel, et si on peut en faire profiter les autres, c'est tant mieux, mais on ne va pas aller rentrer dans le crâne des gens avec un marteau...
Lucie : Ouais, c'est clair. Personnellement dans nos modes de vie respectifs c'est vrai qu'on est assez à cheval là-dessus, on espère que ça transparaît après.
Mickaël : Voilà, c'est nos personnalités qui vont transparaître à travers le groupe, mais ce n'est pas quelque chose qu'on met explicitement en avant. Les gens vont se l'approprier ou pas.
Lucie : Par contre les gens qui y sont sensibles, qui prennent le temps de lire les paroles et tout nous disent que ça les a vraiment touchés.

Oui vous attirez un public qui a une sensibilité commune et se reconnaît dans vos convictions même si ce n'est pas nécessairement un but recherché.

Lucie : C'est ça.

Cette question serait davantage pour Marion et Martin, mais concernant l'écriture et la composition, y a-t-il des périodes où vous ne faites que composer les musiques et écrire les paroles en vue d'un futur album, dans une phase uniquement créative, ou est-ce que vous écrivez et composez un peu tout le temps même entre des répétitions, des concerts, si des idées vous viennent ?

Mickaël : Les deux ! Ils ont toujours des trucs qui tournent en tête, ils notent au fur et à mesure, après il y a des périodes où effectivement on est en mode préparation d'un album, ils vont passer beaucoup plus de temps hyper focus sur cette activité-là. Mais c'est un mélange des deux entre les idées qui viennent et qui tournent dans la tête, au milieu de tournées ou sur leur ordi, et des périodes focus où on met tout à plat et où on agence en un album complet.

Il était question d'une tournée française fin 2022, est-ce que cela se précise ?

Mickaël : Elle sera certainement un peu décalée.
Lucie : C'est compliqué à organiser, c'est l'embouteillage sur les salles en fait, c'est un peu l'enfer... C'est reporté, reporté, et en plus des fois on se retrouve avec des groupes qui ont eux-mêmes le Covid et qui ne peuvent pas jouer, donc c'est reporté encore, donc c'est vraiment l'embouteillage. Là on a notre tourneur qui galère un petit peu à trouver les salles...
Mickaël : On a toujours l'objectif de la faire.
Lucie : Voilà, et on la fera !
Mickaël : Parce qu'on a envie, et parce que c'est important pour les gens. Là l'objectif ce serait plutôt début 2023, parce que fin 2022 c'est trop compliqué, mais voilà ça reste un truc sur lequel on travaille et qu'on espère qui arrivera ! *rires*
Lucie : On n'a pas beaucoup de pouvoir là-dessus, c'est ça qui est assez frustrant aussi, on est vraiment dépendants, et les salles sont vraiment dépendantes aussi, elles ont souffert pendant le Covid aussi, donc franchement c'est une logistique un petit peu complexe...
Mickaël : On a essayé de programmer pour l'automne mais soit les salles ne sont pas disponibles, soit elles n'ont que des dates isolées, donc pour faire une vraie tournée... Donc on a décidé de décaler à 2023 pour faire quelque chose de bien et on espère que ça se fera.

Je me demandais si vous jouiez aux jeux vidéo, parce que vos clips dans l'ensemble me donnent envie de jouer à « The Witcher ». Est-ce que vous avez un attrait pour cet univers, cette esthétique, ou est-ce que ça vient de votre réal' ? (Mickaël et Lucie éclatent de rire.)

Lucie : Globalement je crois que tous, oui, hein ?
Mickaël : À divers degrés je pense, mais ouais ouais on a tous joué à des jeux, joue encore à des jeux. Après je pense que chacun à des sphères très différentes, mais oui tous un peu, et je pense qu'on est quand même baignés dans des univers...

Bonjoouur ! (Je lève la tête : Marion Bascoul (la chanteuse et guitariste rythmique) et Martin Hamiche (le guitariste lead) arrivent et nous rejoignent pour la toute fin de l'interview.)

Marion : Alors désolée on est partis manger...
Lucie : Ouais l'organisation était un peu, euh...
Marion : C'était très compliqué.
Martin : Et après on nous a pris pour des interviewers. *rires*
Marion : Et après on est allés à l'espace interviews, mais il n'y avait personne, bref on arrive pour la fin de l'interview...

J'avais une question pour Martin tout à l'heure, donc je peux lui poser.

Martin : Eh bien c'est parfait, on y va !

Je me demandais comment se passait ta rééducation, visiblement elle n'est pas finie, vu que tu n'étais pas sur scène. Et je me demandais si tu assistais à chaque fois aux concerts, et si cela te donnait un regard différent sur le groupe de voir les prestations de l'extérieur.

Martin : Alors concernant la rééducation ça avance bien, c'est-à-dire que normalement aujourd'hui c'était le dernier concert que je ne fais pas, normalement du coup les prochains concerts je les ferai. Après est-ce que j'aurai totalement terminé ma rééducation lors des prochains concerts, peut-être que oui, peut-être que non, mais si ce n'est pas le cas, si par exemple j'ai besoin de reprendre les concerts pour terminer ma rééducation, c'est un truc particulier, peut-être qu'on adaptera la setlist ou ce genre de chose. Mais en gros là ça se passe bien, donc pas de souci, et oui je viens à chaque fois aux concerts, bah déjà pour les aider, comme si j'étais un technicien quoi, et ouais c'est intéressant parce que ça permet d'avoir un regard un peu différent. Parce que quand on est en train de jouer on se rend absolument pas compte, ou du moins on n'est pas neutre, sur la façon dont le public réagit, dont le public perçoit le concert et justement, juste avant on était en train de discuter avec Marion et je lui disais des choses sur le public et elle n'avait pas remarqué du tout parce qu'elle était dans le feu de l'action ! Donc ouais c'est vraiment intéressant et ça permet finalement d'évaluer les retours des gens, du public, plus facilement.
Lucie : Plus objectivement aussi, parce que nous on a un petit peu tendance à se dire « Oh on n'a pas fait assez, pour le public », et en fait avoir quelqu'un d'extérieur c'est toujours bien.

Par quels autres arts que la musique êtes vous inspirés pour créer, et quelles sont vos œuvres ou artistes de référence ?

Martin : Je pense que Marion va avoir une réponse très intéressante à cette question.
Marion : Pour les paroles je m'inspire beaucoup d'autres formes d'arts, avec Martin on aime beaucoup la philosophie, c'est souvent un thème qui revient dans les paroles, et je m'inspire en général de mes lectures, que ce soit de la philosophie ou alors de la littérature. C'est aussi une influence très importante sur l'écriture des paroles. Il y a même des chansons qui sont adaptées de livres en particulier, un petit peu dans chaque album, donc voilà.

J'ai une toute dernière question, car je pense qu'on n'a plus de temps. Comme je sais qu'il y a des ingénieurs informatiques parmi vous, j'imagine que vous passez pas mal de temps devant des ordinateurs. Est-ce que vous auriez des références de chaises de bureau ou de fauteuils de gaming confortables à conseiller à tous les gens endoloris et mal installés devant leur ordi ?

Marion : Alors moi j'ai une vieille chaise vintage pourrie depuis à peu près 25 ans, je suis très mauvaise pour ça, j'ai pas de chaise de gaming.
Martin : Je pense que le meilleur conseil c'est de la garder longtemps pour la faire ! *rires*
Lucie : C'est clair ! Je viens d'acheter une Acer qui est très bien.
Marion : Ah ouais d'accord, ah ouais !
Lucie : Bah oui écoute...
Marion : En fait c'est des gamers, moi je joue sur console donc j'ai pas...
Lucie : Moi je fais du télétravail aussi pas mal, donc il faut être bien installé.
Mickaël : Moi je joue pas mal, mais nan je n'ai pas de chaise particulière, il faut que j'en achète une...

Oh non, vous n'êtes même pas bien installés !

Mickaël : Eeeh non, pas vraiment.

Moi non plus, pour le traitement des photos j'ai testé plein de chaises, mais je n'ai toujours pas trouvé la bonne.

Marion : Eh, la scoliose nous guette, clairement...
Martin : Ce qui est compliqué c'est qu'une bonne chaise pour jouer aux jeux vidéo en fait ça ne vas pas être une bonne chaise pour par exemple faire de la guitare. Avant j'avais une chaise avec des accoudoirs et en fait on ne peut pas s'entraîner dessus.

Il y en a où on peut enlever les accoudoirs !

Marion : Ouaaaiiis !
Martin : Donc les guitaristes qui ont une chaise avec des accoudoirs c'est suspect. *rires*

Merci beaucoup à vous pour l'interview, et à une prochaine fois lors d'un futur concert en 2023 !

Entre temps des dates de tournée d'Aephanemer ont bel et bien pu être programmées en 2023, et en tout début d'année en plus, dans 7 villes françaises du 13 au 20 janvier. Plusieurs participations à des festivals allemands ont également été annoncées pour le printemps et l'été, comme le Ragnarök Festival et le Baden in Blut Open Air.
 
Critique : Elise Diederich
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