Live Report

MACUMBA OPEN AIR FEST 2021 - - 21/8/2021

 
Août 2021 devait aller de pair avec les vacances, du temps libre occupé agréablement, des balades par monts et par vaux, mais aussi avec la tant attendue (roulement de tambours) reprise des concerts, grâce à une étape à Saint-Nolff pour une édition réduite et remaniée du Motocultor Open Air Festival, j’ai nommé les journées metal des Saint-Nolff Days. Malheureusement ce plan de retour à un rythme estival normal et pré-Covid-19 est tombé à l’eau comme un bébé que ses parents auraient jeté du haut d’une falaise et ce quelques semaines avant l’événement, puisque lesdits Saint-Nolff Days ont dû être annulés. Dommage mais prévisible, comme à peu près tout le cortège de reports, d’annulations et autres désolations dans toute la sphère musicale et culturelle ces derniers (longs) mois.

C’est alors qu’interviennent Meven Cadare et Arnaud Thorel, les créateurs et organisateurs du Macumba, mais si vous savez, la discothèque sauvage présente sur tous les festivals pour empêcher tout le monde de dormir… euh… pour enjailler tout le camping de chaque fest et ses oiseaux de nuit, rassemblés sous une tonnelle sonore et gigotante. Après avoir déjà organisé un premier concert du Macumba Open Air Festival en jauge extrêmement réduite en juillet, dont je n’ai eu vent qu’après, ils ont réitéré en décidant d’organiser en deux semaines un autre événement pour pallier l’annulation du Motocultor. Défi relevé brillamment avec une jauge de 150 personnes maximum, une seule scène pour 6 groupes français (et essentiellement locaux, aka bretons), un tout petit camping, une buvette et un foodtruck, bref tout ce qu’il faut pour passer une excellente soirée malgré toutes les impossibilités contextuelles.

Les concerts devaient débuter à 17h30 mais à cette heure les balances du premier groupe n’avaient pas encore commencé, et le set du premier groupe a démarré en tout début de soirée, prenant le relais des averses, cool – un retard qui n’a pas fini de se répercuter et de s’amplifier vu qu’il n’y avait qu’une seule scène, mais bon de toute façon après des mois de disette festivalière on ne s’attendait pas à se coucher tôt ! C’est un duo qui inaugura la scène du Hoff, The Chainsaw Motel, avec un chanteur-guitariste et un batteur, difficile à mettre dans une petite boîte stylistique avec un son mêlant influences rock stoner, grunge, hardcore, passant allègrement de sonorités funky et rythmées à des plages plus sombres et mélancoliques. La batterie était ornée de la tête en noir et blanc de Jack Nicholson dans Shining, film auquel le nom du groupe fait vraisemblablement référence. Le set était paradoxalement entraînant musicalement, donnant pas mal envie de danser, mais visuellement un peu statique, probablement dû au fait que le son des deux musiciens paraît plus ample que celui d’un duo, aussi occuper la scène à deux n’est pas forcément chose aisée (surtout lorsqu’un instrument aussi imposant qu’une batterie fait partie de l’équation). Néanmoins on pouvait sentir à quel point le groupe était concentré et impliqué et l’alternance de moments doux et plus énervés m’a donné envie de découvrir davantage le groupe plus tard et d’écouter leur album, sorti en août 2021, appelé King of Misery.

Un tour à la buvette pour prendre un verre de vin et une session de balances plus tard, les spectateurs commencent à être plus nombreux et à mettre un peu plus l’ambiance pour le concert du deuxième groupe, Slaves of Imperium, pour du thrash death bien énergique interprété par cinq musiciens (un chanteur, un bassiste, un batteur et deux guitaristes), pour la plupart très expressifs, qui occupent la scène avec aisance, sollicitent le public, posent avec joie pour les photos, et invitent les festivaliers enthousiastes à remuer et pogoter. Difficile de ne pas être atteint par la pêche de leurs morceaux de toute façon, les riffs rapides de guitare sont entraînants, le growl rythmé du chanteur et son attitude scénique un peu théâtrale font mouche, le batteur donne tout ce qu’il a en semblant

s’éclater, bref aucun temps mort pendant ce concert qui a vu démarrer les premières séries de cabrioles, roulades, saute-mouton et autres acrobaties des spectateurs et spectatrices ascendant cascadeurs/ses, qui se sont déroulées pendant toute la soirée – de plus en plus hasardeuses et aux atterrissages de plus en plus expérimentaux au fil des pintes (de l’or en barre pour des photos d’ambiance bien sûr). Je regrette un peu de ne pas toujours avoir pu profiter d’une balance permettant de bien entendre les différents instruments et surtout la voix du chanteur bien se détacher, mais ça ne devait pas être une mince affaire de mettre en valeur un groupe envoyant autant sur une si petite scène, donc c’était quand même une belle prestation et une autre découverte de groupe bien plaisante. Suite à cela il commence à faire faim et il est temps de se diriger vers le foodtruck de Gang of Burger, qui à la base devait proposer des burgers-frites, puis a affiché une carte avec des salades composées-frites et des tartines, puis a de nouveau ressorti sa carte de burgers-frites, sauf qu’une fois arrivée presque au bout de la file du camion, j’apprends une nouvelle terrible, par d’autres affamés aussi catastrophés que moi : il n’y a pas de frites. Damned. L’alimentation en électricité n’est pas suffisante et la friteuse fait tout disjoncter, les aléas d’une soirée avec un petit groupe électrogène.

Mon burger sans frites, mais avec magret de canard et Rocamadour s’il vous plaît, avalé, je rejoins la foule (oui ça y est, après une pénurie de concerts et deux confinements j’appelle 150 personnes « la foule », tout est relatif et évolutif) devant la scène pour Tungs10, un groupe de metal mélodique à l’aspect visuel travaillé, notamment à travers le look un peu alternatif et steampunk de ses membres, qui s’estampille « groupe de metal à chanteuse », en mettant vraiment en avant le fait qu’ils ont une frontwoman. C’est quelque chose qui peut potentiellement me déranger, vu que je n'aime pas toujours le chant clair féminin, surtout lorsque c’est un argument majeur dans la communication du groupe et que l’on sent une sorte de mise en avant de l’unique femme du groupe (ceci dit la chanteuse de Tungs10 était la seule femme parmi tous les membres des 6 groupes donc heureusement qu’il y avait cette petite variable histoire de respecter un tout petit peu la parité, de montrer que le metal n’est pas nécessairement qu’un truc de bonhommes et de proposer autre chose). Les Tungs10 avaient prévu des décors qui ne tenaient pas sous la tente du Macumba et qui ont donc été placés de chaque côté de la scène, et beaucoup de lumières stroboscopiques, de lampes bleues et jaunes, ce qui fait que c’était parfois un peu dur à suivre et chaotique visuellement, surtout additionné au fait que les musiciens se déplaçaient beaucoup, voire sautaient, dansaient, interagissaient pas mal les uns les autres et avec le public. N’étant pas trop fan de ce genre de metal mélodique faisant se répondre chant clair féminin et growl masculin et étant en plus trop proche de la sono en prenant des photos pour entendre un son équilibré je n’ai pas adhéré plus que ça à la musique du groupe, mais j’ai apprécié leur créativité, leur attitude vis-à-vis du public, leur implication par rapport à tous les aspects de leur show et leur plaisir évident d’être là et de partager un moment particulier avec les spectateurs.

J’avais assez hâte de découvrir le quatrième groupe, Tsar, dont je n’avais vu qu’une seule vidéo, pour un titre très planant, et je me demandais vraiment ce que ça allait pouvoir donner sur scène. Et là en arrivant devant la scène je vois que le chanteur est en jupe, baskets et peignoir fleuri, panoplie qui sera rapidement complétée par un diadème de princesse. Je n’ai encore entendu aucune note du set mais je suis déjà quasiment conquise, je croise juste les doigts en espérant que la musique sera à la hauteur du visuel, et là eh bien j’ai juste été soufflée par la patate archi-communicative de ces cinq mecs (la formule classique mais ô combien validée chant, deux guitares, une basse, une batterie) et de leur son super groovy, entre stoner, rock psychédélique, classic rock mêlant quelques intonations à la Jeff Buckley, des riffs façon Freak Kitchen, une dégaine un peu carnavalesque et délirante qui m’a fait penser aux shows de Vulture Industries, une coolitude digne de Howard, des petits passages un peu funk super rigolos. Franchement tout était bondissant et chaloupé du début à la fin, le chanteur Kyrian aka « le Baron » est un vrai

phénomène, un zébulon en mouvement constant qui n’a pas arrêté de se désaper et resaper – nous gratifiant entre deux titres d’un joyeux « Eh oui, je suis en slip ! » parce que c’est toujours sympa d’avoir l’audiodescription pour les concerts des fois qu’on soit passés à côté de l’info – et il a bien fait rire tout le monde. Au-delà de ça la musique de Tsar est vraiment super solide (c’est ça le must musicalement à mon sens, des artistes qui ne se prennent pas au sérieux et sont délirants mais à côté de ça sont carrés techniquement) et j’ai été à fond dedans pendant tout leur set, les musiciens sont tous talentueux et en phase les uns avec les autres, clairement c’est le genre de concert qui fait un bien fou pour se replonger vraiment dans le bain et qui donne vraiment l’impression de faire la fête tous ensemble, d’ailleurs le public était super chaud – bon il paraît que 880 pintes ont été consommées ce soir-là, pour 150 têtes grosso modo je le rappelle, et ça commençait un peu à se voir, mais même sans ça Tsar c’était le feu. La bio du groupe définit Tsar comme une « représentation d’un imaginaire collectif du pouvoir », du coup sachez que le pouvoir danse en slip, ou en robe de chambre, porte un diadème et fait de la pole dance. Maintenant pensez fort à Emmanuel Macron, ou à Kim Jong-Un. De rien, c’est la maison qui offre.

Le cinquième groupe de la soirée, Druids of the Gué Charette, était le seul rescapé de l’affiche initiale du Motocultor 2020 puis 2021, du rock occulte de Brocéliande. Les cinq druides jouent sous cape – littéralement, mais bruyamment – et sont de vrais calvaires sur pattes pour photographes, et sont en prime adeptes du monochrome rouge et de la fumée, ben oui, évidemment. Leur son et leur ambiance était particuliers, assez indéfinissables, et le groupe était vraisemblablement venu avec son public d’adeptes car les gens étaient au taquet, voire en transe pour certains (oui c’est aussi une façon moins prosaïque de présenter les choses que « bourrés »), hyper réceptifs au mélange complètement fracassé et obscur de stoner, de garage, de fuzz, de post-punk et de heavy, gavé de reverb’, de chuintements, de cris, de tambourin, de thérémine, bref un micmac hétéroclite mais unique et ô combien surprenant, assez euphorisant ! J’ai fini par m’éloigner un peu des premiers rangs pour ne pas blinder ma carte SD de clichés semblables et déclinés à l’infini de païens anonymes encapuchonnés et pour danser dans le noir et hors du tumulte.

La soirée se poursuit (et s’étire, s’étire, alors que les concerts devaient se terminer vers 0h45 le dernier groupe n’a pas encore commencé à jouer à 2h, la fatigue de la nuit horrible de la veille commence à être bien présente) et c’est au tour d’un groupe qui m’avait intriguée d’entrer en piste : Ethili, estampillé « stoner doom médiéval ». Je ne savais pas à quoi m’attendre après un tel descriptif, mais l’adepte de fêtes médiévales, de série medfan et de metal pagan que je suis avait été mise en appétit, donc c’est la curiosité éveillée que j’ai accueilli le dernier set du soir. Le trio bordelais a fait son entrée après une très longue intro constituée du thème principal de Sacré Graal des Monty Python, et vêtu de kilts et d’éléments d’armures… en canettes de bière. Un chanteur-guitariste-Goudale, un bassiste-Titanium et un batteur-Heineken. L’idée m’a amusée, ça faisait la blague, mais j’aurais trouvé ça un peu moins potache si les trois musiciens avaient usé de ces accessoires uniquement pour la première chanson afin de se présenter mais pas comme tenue de scène pour tout le set, surtout que leur son n’avait rien de médiéval, et que le programme du groupe était surtout un nom à jeu de mots sur l’alcool et des fausses armures pour être dans le thème, bon, soit. J’ai trouvé leur musique ni bonne ni mauvaise à vrai dire, sympa au début mais rapidement répétitive, surtout au niveau des lignes de basse, donc après deux-trois morceaux je me suis éloignée de la scène et j’ai traversé une énième fois le champ de trèfles trempé pour cette fois rejoindre ma tente. Je suis peut-être passée à côté d’un groupe qui pourra me plaire davantage plus tard, mais là à ce stade de la soirée je crois que j’avais les oreilles pleines, que j’avais déjà pris une claque avec Tsar et que je ressentais l’appel du duvet.

Bilan de ce Hoff du Macumba Open Air Festival : super positif, avec une organisation vraiment satisfaisante compte tenu du délai très court, une affiche variée et faite de nombreuses bonnes découvertes, voire d’énormes coups de cœur, une ambiance conviviale, festive et légère qui faisait un bien fou, bref autant dire que je remercie encore Meven et Arnaud de m’avoir permis de participer à ce Hoff et que j’ai hâte de voir ce que donnera la suite de leurs projets avec le Macumba Open Air Festival parce que c’est déjà très prometteur.
 
Critique : Elise Diederich
Date : 21/8/2021
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