Live Report

MOTOCULTOR FEST (2022) - JOUR 4 - 21/8/2022

 
Le dimanche commence sous la pluie, ce qui fait que peu de monde est encore arrivé à Kerboulard en ce début de journée. J'entame mon marathon de concerts du jour par celui de Stake, en essayant de ne pas trop glisser dans la gadoue du pit photo. Stake est un quatuor britannique naviguant entre post-rock, psyché, stoner et prog, composé d'un chanteur guitariste, d'un guitariste, d'un bassiste et d'un batteur. Le frontman ne passe pas inaperçu en salopette orange, et j'apprécie son chant varié, alternant scream et growl, gérant super bien les rythmes. Une belle découverte pour démarrer la journée.

Ensuite je suis très curieuse de voir pour la première fois le groupe de rock alternatif Molybaron, composé de musiciens français et irlandais. Le chanteur notamment est irlandais, et j'aime beaucoup son accent et sa diction, son articulation très clair qui sert une interprétation subtile et sensible. Le son de Molybaron est fait de touches de rock, de prog, de post-rock, de metal moderne, c'est un mélange très original et qui prend aux tripes, le tout assorti d'une jolie scénographie simple mais efficaces et de lumières esthétiques.

Sur la scène principale je m'en vais découvrir Vended, et fais le constat qu'il s'agit d'un groupe qui ressemble à du Slipknot tant au niveau du son que des looks, par deux enfants de membres de Slipknot et leurs comparses qui ne veulent pas être assimilés à Slipknot... En ce qui me concerne, c'est loupé. Le show est gentiment bourrin, rapide, énergique mais un peu chaotique, c'est du metal new age pas mal mais pas révolutionnaire non plus, qui ne marquera certainement pas ma mémoire bien longtemps.

Ensuite c'est parti pour la Supositor Stage pour aller voir Mormieben, qui ont remplacé un extremis le groupe 1914 dont le batteur s'est malheureusement blessé. Franchement je pleure des larmes de sang car 1914 était un des groupes que j'avais le plus hâte de voir au cours du Motocultor, ayant enfin une occasion d'assister à un de leurs concerts... Néanmoins le groupe breton me remet rapidement du baume au coeur, avec
son rock metal pirate en français, une scène comportant beaucoup d'éléments de décor, et des musiciens vestis de costumes au top pour une immersion dans un univers chaleureux et épique. La joyeuse troupe se compose d'un chanteur principal, accompagné par un autre de temps en temps, de deux guitaristes, d'un bassiste, d'un batteur et de samples derrière. Le frontman est très théâtral et nous raconte des histoires de vieux loups de mer, fait des petites blagues en mode maître de jeu de rôles, difficile de s'ennuyer ! Rapidement la fosse n'est plus que slams, pogos, circle pits, ça part en farandole et chenille. Certaines chansons sont taillées pour danser sur le pont, et d'autres sont plus brutales. Ce groupe est une super découverte, les mecs assurent - dans la mesure où ils sont potes avec Toter Fisch dans la même veine musicale je ne suis pas étonnée d'apprécier. Le frontman nous sort "Si vous savez aimé achetez nos disques et notre merch' et donnez-nous tellement de pognon comme ça on fera une tournée mondiale", ok faisons comme ça. Et pour la dernière il scande : "cette chanson est débile, soyez débiles !" Ai-je besoin de dire que le public ne s'est pas fait prier ?

En remontant j'ai entendu un peu Rivers of Nihil et j'ai un peu regretté de ne pas être remontée plus tôt, car c'était vraisemblablement super aussi. (A priori ils passent prochainement à Paris, impression express à confirmer donc.)

Sur la Bruce Duckinscène je me fais un plaisir d'aller prendre une tranche de stoner rock et psychédélique avec Valley of the Sun. Le groupe américain est composé d'un chanteur guitariste, d'un guitariste, d'un bassiste et d'un batteur. Le chanteur nous dit de sa belle voix chaude "Vous n'êtes pas à la messe ce matin ?", il insuffle une super énergie aux spectateurs, non seulement car la musique ensoleillée et ensorcelante du groupe fait mouche, mais aussi car les interactions avec le public sont sympa, ils jouent à qui a fait quoi, "qui a été bourré, qui a embrassé un inconnu" etc. En plus ils sont reconnaissants : "Thank you Lucifer for having stopped the rain just for our set !"

Retour sous un chapiteau pour un groupe que j'attends de pied ferme, Bloodywood. J'avais déjà vu le groupe il y a quelques années au Gibus ; vu la configuration du lieu autant dire que je ne l'avais pas vu, cela revenant presque au même... Le groupe est originaire de New Delhi et combine metal moderne fusionné à de la musique traditionnelle indienne et du rap, et c'est une machine de guerre - ou plutôt une machine de paix, au vu des paroles engagées et prônant la tolérance des chansons de Bloodywood, mais les musiciens donnent tout ce qu'ils ont et leur conviction est touchante. Mention spéciale à leur dernier single féministe "Dana Dan" qui fut brillamment interprété, et qui n'est pas si facile que ça à défendre en Inde, donc bravo à ces artistes engagés et un peu à contre-courant tant musicalement que politiquement dans leur pays.

Sous le chapiteau de la scène principale c'est Heathen qui s'installe. Je dois avouer qu'ils m'ont eue grâce à leur intro sur "Give me a man" d'Abba, pourtant je n'aime pas du tout Abba, mais je veux dire, WTF ? Pour un groupe de death thrash, le move est drôle, et cela a déjà toute ma sympathie. Le groupe délivre un concert que j'appellerais "tout ce qu'il y a de plus américain" dans la mesure où c'est technique, rapide, tout à fait rodé, que la bonne humeur est au rendez-vous, tous les musiciens nous envoient de super sourires et tout paraît très pro et très lisse. Pas le style de musique avec lequel j'ai le plus d'affinités pour écouter chez moi mais clairement un kif en concert.

À l'air libre face à la Supositor je me prépare à voir Ten56 car le groupe passe pour la deuxième fois, en remplacement de Lorna Shore dont le batteur s'est blessé (décidément, batteur est le métier de tous les dangers). J'avais eu des échos comme quoi la prestation de Ten56 avait été incroyable et qu'ils avaient mis le feu, vu comme on m'avait vendu la chose j'ai eu l'impression que c'était inratable. Le chanteur nous met tout de suite dans l'ambiance : "On nous a proposé hier de rejouer aujourd'hui, il était minuit, on fêtait nos anniversaires et on était complètement défoncés, on s'est dit que c'était une bonne idée, mais là après un morceau ça va beaucoup mieux déjà !" La majorité des membres du groupe est parisienne, hormis le chanteur qui est britannique. Leur musique est très musclée, il s'agit d'une sorte de hardcore et deathcore lourd, radical, en mode moissonneuse-batteuse, teinté d'électro/indus. Même si ce fut un coup de cœur pour beaucoup de gens sur le fest, moi je ne trouve pas ça si dingue, je m'attendais à plus fou d'après ce qu'on m'avait dit, mais ça s'écoute bien quand même, et c'est clairement le genre de concert qui sert de grosse baston.

Je trouve un peu plus mon compte musicalement avec Truckfighters devant la Bruce Duckinscène. Le groupe suédois, un trio chanteur guitariste, bassiste et batteur fait du stoner très très psychédélique, et le chanteur guitariste est complètement barré, il est en short de boxeur brillant, a l'air défoncé de chez perché, il court et saute partout, un zébulon dans un état second. L'ambiance est géniale, le public est vraiment à fond (mais dans une atmosphère vraiment stoner / défonce, on pourrait presque croire qu'on a changé de festival).

Prête pour une autre claque j'enchaîne avec Combichrist dans un style radicalement différent. Le groupe est essentiellement américain, à part le chanteur qui est norvégien, et est un pilier du style indus, EDM et powernoise. Ça envoie du lourd très très vite, tous les musiciens sont d'une précision radicale, le son est carré, le chanteur a une voix puissante et chante juste même quand il saute sur place et tabasse le sol à coups de New Rock. Les musiciens n'ont pas besoin de beaucoup de temps pour faire danser le public, en soulevant encore des kilos de poussière, car les rythmes sont irrésistibles. Voir Combichrist pour la première fois en festival est vraiment une bonne chose car en salle cela peut vite devenir étouffant si le lieu est petit, mais là la configuration était propice à ce que chacun profite un maximum de l'énergie incroyable du groupe.

Dans la famille des groupes cultes, anciens, totalement typiques d'un genre spécifique, mais que je ne connaissais pourtant pas bien du tout, je voudrais Dark Funeral. Bonne pioche ! Le groupe suédois s'est formé en 1993 et je n'avais jamais vraiment prêté attention à leur musique, or leur show m'a alpaguée sans effort dès les premières mesures. Musiciens grandiloquents et théâtraux mais talentueux donc ça passe crème, décor sombrissime, atmosphère sinistre, voix du chanteur très singulière, ce con était une belle leçon de black metal tradi cochant toutes les cases mais avec brio.

Sur la petite scène je vais cette fois continuer la soirée devant Orange Goblin, un groupe anglais de stoner metal que l'on ne présente plus. Le chanteur serait plutôt un golem qu'un gobelin tant il est grand et massif, et sa voix rauque se pose sur de longues plages de guitare et de basse psychédéliques sophistiquées et distordues. Le groupe est très énergique et captive aisément son public.

C'est le cas aussi de Dark Tranquillity, qui a amassé un monde fou devant la Supositor Stage - je suis d'ailleurs étonnée que le groupe se produise devant une scène si petite, pendant queIgorrr occupe la Massey Ferguscène... Je revois avec plaisir Mikael Stanne et sa clique de suédois pour un concert de qualité tout en death metal mélodique enthousiasmant et plein de nuances. Les lumières sont minimalistes donc les musiciens sont plutôt réduits à leurs simples ombres et silhouettes, c'est un peu dommage, on ne peut pas trop profiter de leurs mimiques, des petits pas de danse du chanteur, j'ai déjà assisté à des concerts de Dark Tranquillity offrant un spectacle plus total. J'assiste quand même avec plaisir à une bonne partie du set en dansant sur le côté, en rognant les derniers morceaux pour me diriger vers la Bruce Duckinscène à l'autre bout du site.

C'est que je ne veux surtout pas être en retard pour Lord of the Lost. Même si leur placement en même temps que Behemoth soit un peu problématique je penche pour le metal gothique des allemands, et j'ai bien fait car ce tout dernier concert du jour et de l'édition 2022 du Motocultor était tout bonnement un des meilleurs concerts du fest. Le chanteur Chris Harms a fait monter la température de 50 degrés malgré la légère pluie dans une combinaison moulante en vinyle du plus bel effet, les musiciens autour de lui faisaient des bons de cabris impressionnants (on comprend pourquoi leurs tenues sophistiquées noires étaient finalisées par de drôles de petits chaussons de danse leur donnant des allures de Peter Pan, c'est parce qu'en plus d'être de superbes musiciens les gars sont des athlètes). C'est toujours un plaisir de voir Lord of the Lost car ils sont too much et l'assument absolument, en prenant des poses kitsch, tirant la langue, usant et abusant des leggings à paillettes, du maquillage. L'alliance de bonne musique prise au premier degré et d'une attitude délicieusement nonchalante est toujours gagnante. La fin du set eut lieu avec leur titre ô combien délirant et festif "La Bomba" pour mon plus grand plaisir, puis en outro on eut droit à leur version personnelle de "YMCA", devenue "LOTL", avec des paroles revues et corrigées parlant notamment de plan à trois avec une grand-mère. Un excellent mot de la fin pour clôturer ce Motocultor Festival 2022 non ?
 
Critique : Elise Diederich
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