Chronique

BADFLOWER - OK I\'M SICK / Big Machine 2019

Et si le mérite payait et l’intelligence aussi ? Il se passerait ça : Bad Flowers est un jeune groupe qui a désormais les moyens de s’exprimer correctement. Créé en 2014 et après avoir enchainé les réalisations indépendantes le groupe californien entre dans la cour des grands d’un violent coup de pied dans la porte.

La production est à la hauteur des standards californiens, son nickel, guitares énormes, batterie moderne triguée et enrichie, voix rauques et lissées. On a l’impression de revoir arriver Maroon 5 avant la décrépitude pop (ou le pire Superbowl de l’histoire si comme moi tu ne peux plus penser « tatoo régional » sans sourire), de se retrouver devant les premiers Green Day avec cette rage d’un intelligence unique, ou encore ce frisson quand les Red Hot ont commencé à bosser avec Rick Rubin… Bref, de retrouver le feeling de ces groupes dont on savait dès les premières notes que ça allait durer et marcher et que c’était une bonne nouvelle pour tous les autres qui font de la musique avec beaucoup de guitares qui jouent vite et fort (effet locomotive induit).

Voilà, si la musique qui donne envie à tout le monde d’en écouter te fait peur tu sais déjà que ce groupe n’est pas fait pour toi. Sauf que même si tu n’aimes pas, tu risques de les croiser, au gré d’une radio, au coin d’une télé, quelque part dans une très grande salle (pas tout de suite mais bientôt) et en fond sonore de pubs pour des trucs qui vont vite ou demandent un effort (ça a un impact sur le rythme cardiaque ce truc). Donc oui, retiens ce nom « Bad Flower », car tu le recroiseras. L’album contient des hymnes, le seul truc qu’on pourrait leur reprocher c’est d’avoir pris le temps de traiter tous les morceaux, je dis bien tous, comme des singles potentiels (ouep ce genre d’album, celui qui te laisse pas respirer, te dit toujours « t’as vu on en a encore sous le pied »). Alors évidemment un premier album on a « toute sa vie d’avant » pour l’écrire. Donc la seule chose qu’on peut leur souhaiter (et nous souhaiter) c’est que la suite soit aussi béton.

Mais parfois (c’est rare mais ça arrive) on se retrouve face à un album comme celui-là, qui te fait te dire « tiens, si ils continuent de faire ne serait-ce que la moitié d’un album comme ça, la prochaine fois ils sont tranquilles à vie ». Un constat certes plus difficile vu la situation mondiale de la-dite crise du disque, mais au moins avec Bad Flower, on sait qu’il n’y a pas de crise de la qualité de la musique. Ils n’ont pas inventé le 4/4, pas révolutionné le power punk mélodique (pour nommer les choses de façon arbitraire), pas créé le rock californien, non, ils n’ont rien fait de tout cela. Tout ça a déjà été fait avant. Ils ont juste pris tout ce qui était là pour ciseler un petit monument d’hymnes imparables à écouter fort et longtemps. Et ça, c’est déjà énorme.
 
Critique : Thomas Enault
Note : 9/10
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