Chronique

REFUSED - WAR MUSIC / Spinefarm Records 2019

Refused est mort, vive Refused.

Oui le groupe s’était absenté, sabordé, suicidé, c’était fini et… avait osé un petit retour censé être éphémère. Mais de la mort de Refused est donc né un autre Refused, plus violent, plus mûr, plus militant et plus agressif. Oui, c’est un nouveau groupe émergeant des cendres de l’ancien tant le son, le propos et le ton d’ensemble sont résolument contemporains. Dennis Lyxzen chanteur du groupe et l’une des têtes pensantes avec les multi-instrumentistes David Sandström et Kristofer Steen, l’a avoué : si le propos et la musique ne leur avaient pas à tous semblés meilleurs que ce qu’ils avaient pu faire avant, ils n’auraient pas signé cet album.

Pari transformé et les Suédois renvoient donc au bac à sable Prophets of Rage d’un revers des rangers. Ils ont aussi clairement autant puisé dans leurs racines Metal (ils sont tous fans de la musique de Slayer et ce n’est pas juste un effet de manche) que dans leurs expériences cold wave ou électro, la moëlle de ce « War Music ». On se retrouve donc avec un album qui se ballade entre les genres avec pour seule priorité d’embarquer le cerveau et le corps de leur auditoire dans un pogo labyrinthique qui réussit à faire gamberger tout en se cognant contre les murs de l’existence. A ce stade, j’ai envie de remercier Donald Trump et la plupart des ordures de son espèce. Comme Thatcher a créé littéralement le terreau qui a vu émerger Saxon et Maiden (entre autres), on doit à ces monstres en costume trois pièces l’urgence qui fait que des groupes comme Refused se mettent à produire des albums de la qualité de ce « War Music ».

Et oui, sans monstre pas de héros et Refused se pose en champion de la contre-culture avec un pavé dont le livret est composé comme un pamphlet, une incitation à la révolte, à la révolution et au militantisme résolument intello et assumé ; on croise Trostsky, Frida Kahlo et bien d’autres, cités dans le texte et avec les guillemets, comme autant de cautions à un discours qui dépasse de loin la musique et montre que c’est de vie qu’il s’agit. Je garde précieusement dans un coin de tête le lancinant refrain à la fin de « Turn the cross » : « If you hear this you’re a weapon » qui posé sur une polyrythmie dérangeante sert de tapis à un hurlement qui résume le malaise permanent qu’expose l’album. Il y a un côté résolument organique et torturé de ce disque qui semble être une synthèse assumée d’années de réflexion tout en gardant l’urgence apocalyptique d’une poussée d’hormones un soir de première cuite. L’année est presque bouclée et j’avoue que je crois avoir entre les mains mon album de l’année et comme en plus c’est un retour que l’on n’espérait plus, ça lui donne encore plus de valeur.
 
Critique : Thomas Enault
Note : 10/10
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