Chronique

LOFOFORA - VANITÉS / at(h)ome 2019

Lofofora revient aux guitares saturées après un épisode acoustique qui laissera le souvenir de prestations lives théâtrales et de compositions autant perturbantes que dissonantes, faisant de Simple appareil l'album le plus difficile d'accès de la discographie. Loin de tourner la page sur cette histoire, Vanités ne manquera pas de faire grincer des dents à la première écoute. Mais soyez assuré que Lofo' revient furieux, prêt à en découdre, comme il ne l'avait pas été depuis longtemps.

Quand Reuno nous avait annoncé à demi-mot lors d'une interview en 2015, "Le jour où on voudra faire un album acoustique, on fera un album acoustique", il avait également ajouté "Le jour où on voudra faire du punk à roulette, on fera du punk à roulette.". Était-ce une prémonition ? Car même si la comparaison avec la musique de skater est exagérée, il n'en est pas moins vrai que ce nouvel opus vibre au "Tou-ka Tou-tou-ka" de la batterie, et avec une certaine légèreté dans la production qui l'éloigne de Mémoire de singes, un autre album bien vénère, mais qui lui était bien plus pesant. Vanités saura cependant apporter son lot de moment oppressants, gênants, en d'autres termes, d'appuyer là où il y a des choses à dire. Bonne guerre démarre l'album en étant tout cela à la fois, avec refrain fédérateur, un tempo rapide doté d'une légère dose de double pédale, des riffs qui arrache la couenne, et enfin une double critique du capitalisme et du con-sommateur.

Mais dans le registre "gênant", Lofo' pousse les potards au maximum. Simple Appareil, L'épreuve du contraire ou même le dernier album des Tambours du bronx semblent avoir servi de terreau aux bizarreries de Reuno qui lâche complètement les chevaux, quitte à susciter le rejet. Des aller-retour grave/aigue, des expressions théâtrales, parfois décalées, du crooner dissonants, des lignes de chant hors contrôle, tout sera mis en oeuvre pour empêcher une première écoute fleuve et passive de l'album. L'exemple qui suit le premier titre risque le bouton "skip" tant le chant instaure un réel malaise juste dans la façon il est exécuté. Le même sort attend la conclusion de l'album La surface qui pousse encore plus loin dans la légéreté ce qui avait déjà été tenté avec le titre Transmission.

Il faudra compter sur d'autres titres pour s'adapter au changement, notamment ce que j'appellerait "la zone de confort". Vous pouvez d'ores et déjà vous faire une idée avec les deux videos qui sont sortis sur YouTube : Le futur dans un esprit très punk, et Le venin, cocktail de couplet hip-hop avec refrain furieux en double pédale (ou perçu comme tel), extrêmement violent, à l'image de la critique de nos comportements sur les réseaux sociaux. En somme, encore une fois, ce qui est attendu de ce groupe. Pourtant l'attrait pour cette partie de l'album provient de la dissonance et de la présence de plusieurs lignes de guitares leads, quand ce ne sont carrément pas des solis. En "douceur", Le refus apporte au punk rock avec un mur de son hurlant comme du black métal, doublé par un lead psychédélique assez innatendu. Les potards à fond, Désastre impose un riff mid-tempo d'une noirceur troublante sur lequel Reuno vire à la démence. Plutôt ouf et carrément inattendu.

Inattendu est d'ailleurs le meilleur qualificatif pour ce nouvel album. Lofofora a dépassé ces propres codes et produit un album particulièrement intéressant. Pour le dire autrement, il révélera à n'en pas douter la nostalgie de Peuh! chez les plus vieux d'entre vous, mais rappelera à votre bon souvenir les récents travaux du groupe, cette dose de folie supplémentaire qui se mange comme un plat aigre-doux, et invite à y retourner.

Line-up
Reuno : chant
Phil : basse
Daniel : guitare
Vincent : batterie

Tracklist :
1. Bonne Guerre
2. L’Exemple
3. Les Fauves
4. Le Refus
5. Le Venin
6. Le Futur
7. Le Mâle
8. Désastre
9. X-it
10. Les Seigneurs
11. La Surface


 
Critique : Weska
Note : 9/10
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