Chronique

AVATAR - HUNTER GATHERER / Century Media 2020

Je suis sous pression. Vraiment. Quoi? Pourquoi? Ah... Bon je vais vous raconter...
AVATAR est un groupe que je porte dans mon cœur depuis mon coup de foudre qu'était "Feathers & Flesh". Le groupe, qui a son univers propre, un son unique, a connu un succès fulgurant ces dernières années notamment avec « Avatar Country », plus joyeux, plus accessible.
Johannes m’a confié ne pas vouloir suivre la voie de la facilité et du business, mais bien de rester fidèle à leur musique. Et c’est pour ça que je suis sous pression.
Beaucoup on tenu ce discours et se sont vendus sans scrupules au dieu euro (ou dollar) selon vos croyances.

L’album était annoncé comme bien plus sombre, équilibrant la légèreté du dernier « Avatar Country ». Agissant comme un pendule, étalant sa palette de son sur la toile qu’est notre tympan, voici que déboule le « Hunter Gatherer ». Sans roi. Sans costume flamboyant. Non ici personne ne semble vouloir porter les couleurs d’un quelque roi, suivre un quelconque mouvement. AVATAR est vêtu de noir. Distille une musique qui porte la noirceur, musicale ou verbale. Ils vous entraînent ici dans les tourments de notre temps. La chasse est ouverte.

Le titre de l’album (ainsi que le thème du premier titre « Silence in The Age of Apes », premier extrait connu) est inspiré du livre « Sapiens » écrit par Yuval Noah Harari. Comme le passage de la chanson (oh jouissance!!) "WE ACCELERATE" l'illustre bien, cela traite de l’évolution, trop rapide de l’homme, version classieuse du « On fonce droit dans le mur ». Ce titre fait l’effet d’un uppercut directement en entrée d’album. Et on enchaîne avec le deuxième extrait (que je n’ai vu que quelques jours avant la sortie de l’album (#nospoil), le très lourds « Colossus » qui a un pti côté Rammsteinien. Le chant est assez glacial, à l’image des géants de la mythologie nordique, et le thème abordé est la création par l’homme. Johannes a vu que des chercheurs essayent de créer un cerveau humain fonctionnel à l’intérieur d’une machine. Très SF tout cela mais malheureusement plus pour longtemps. Ce titre est critique et fait froid dans le dos, surtout avec la vidéo devant nos yeux.
Je sens que cet album est pas bon pour ma misanthropie…

Comme énoncé plus haut, l’album est sombre en deux aspects mais traite aussi de l’espoir comme l’illustre « A Secret Door » où notre guest caché siffle l’intro, j’ai nommé le grand Corey Taylor (qui officiait aussi sur le titre précédent). Attention. Pas qu’il y a toujours de l’espoir, non, mais qu’il faut y croire, et c’est cette nuance que j’apprécie. Le morceau est en dent de scie, passant de moments chantés à des moments bien plus brutaux. Cette dualité fait mouche et pose un grand AVATAR.
« God of Sick Dreams » est plus sombre et violent musicalement. Très lourd ! On retrouve (sur la majorité de l’album en fait) cette ambiance pesante de « Black Waltz » avec le riffting d’ « Avatar Country ». Le son est très proche de celui de « Hail The Apocalypse » qui lui aussi a été enregistré sur des bandes deux pouces et le groupe jouant ensemble. Le morceau envoie du lourd !!

« Scream Until You Wake » est rapide, violent et le titre est assez parlant : les cauchemars. Il file une patate d’enfer celui là ! Johannes passant du chant clair très aigus au growl très enragé ! Plus classique mais qui passe bien. « Child » lui est plus particulier. Le chant clair très posé et entraînant clash avec ce « BURIED ALIVE » poignant, violent, sombre. Quel contraste !! mais quel contraste et quelle noirceur dans le texte ! Je suis moins fan de ce refrain mid tempo qui, oui, apporte une cassure intéressante, mais pour un impact pas optimal. Mais cela reste un excellent morceau. Indéniable. « Justice » me fera un peu penser à un riff à la SOAD, notamment sur l’intro. Très mélancolique dans l’esprit le titre est assez évocateur et une phrase illustre très bien ce propos :

« I Can see the future through the barrel of a gun »

On arrive ici à quelque chose de totalement nouveau, inattendu et impérial. Un piano, superbe joué par Alicia Forrest, sur une mélodie créée par Johannes il y a longtemps. Un piano-voix qui m’arrache les larmes à chaque fois. Je pensais, à première écoute, l’interprétation de Johannes très moyenne, manquant de justesse. Mais c’est justement cette interprétation, entre tristesse et rage, qui rend le morceau si beau, si poignant, si magique. J’ai plusieurs interprétations pour les paroles mais aucune n’est joyeuse. Tout n’est que noirceur abyssale et tristesse. J’ai ma vision personnelle de la ligne « Let me take a look a you, just one last time » qui me touche énormément. Merci pour ce « Gun » absolument fantastique.

Maintenant que j’ai fini de pleurer va falloir ma secouer un peu et c’est « When All But Force Has Failed » qui s’en charge. Quelle rage, quelle envie de tout casser sur ce morceau !! Rares sont les morceaux où AVATAR atteint ce degré de violence. Ça m’évoque le « Pigfucker » de l’album « Avatar ». Rapide, brutal, créé pour démolir ! Simple. Efficace. Dans la face.
Et on termine ce voyage avec « Wormhole », co-écrit avec Corey Taylor. L’intro est bizarre, légèrement psychédélique sur le son des guitares. On est vraiment dans le délire « Black Waltz ». On perd un peu nos repères avec ce titre, ce qui en fait une conclusion parfaite pour une époque où l’être humain a perdu les siens.

Je suis apaisé. Secoué mais apaisé. AVATAR reste fidèle à ses valeurs et a su mettre à profit son expérience des albums passés pour créer un opus solide, riche, sombre, musicalement très inspiré, où chaque musicien apporte sa pierre à l’édifice. Mais je reste tout de même sidéré par le talent de notre clown qui ouvre encore de nouveaux horizons et prouve qu’il est un vocaliste hors pair. Merci au groupe pour l’enchaînement « Gun » / « When All But Force Has Failed » juste jouissif, et merci de traiter des sujets qui fâchent. Vivement le live !!
 
Critique : SBM
Note : 9/10
Site du groupe : Site Officiel
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