Chronique

JUDAS PRIEST - NOSTRADAMUS / Sony Bmg 2008

Le grand Priest est de retour après trois années d’absence discographique. Aujourd’hui la gloire du heavy métal britannique nous sort un ambitieux concept album sur Nostradamus ! 23 compositions pour 1h40 de musique gravée sur deux CDs. Prêts à aller à la rencontre des prophéties de Michel De Nostredame ?

Bercée par de douces mélodies au piano accompagnées d’orchestrations très fines « Dawn of creation » ouvre l’histoire de fort belle manière, puis après la montée en intensité, « Prophecy » entre en jeu dans la plus grande tradition du Prêtre. Le son est assez froid tout en restant tranchant mais peu puissant. D’entrée Rob est impressionnant démontrant qu’à 57 ans il reste l’un des plus grands chanteurs de heavy souvent imité jamais égalé. Le refrain impeccable est facile et efficace. Un début tonitruant qui rassure.
« Awakening » est la première d’une longue série d’interludes. Chantée avec beaucoup d’émotions par un Rob à la voix des plus claire, elle nous mène à « Revelation ». Un nouveau joyau de métal pure souche où les synthés ont la part belle. Un très grand moment bien aidé par un travail vocal des plus impressionnants et une composition hors pair. La partie solo est elle aussi extraordinaire, la paire Tipton/Downig s’est lâchée. Pour moi le plus beau titre que Judas ait composé tout simplement !
« The four horsemen » est encore une fois chantée, à la manière des ballades médiévales puis « War » risque de faire grincer des dents. Un lourd mid tempo plus appuyé par les synthés lugubres que les guitares (qu’on n’entend quasiment pas). Seul Scott Travis très percutant et Rob possédé sortent de ce titre des plus étrange mais diablement prenant. Une évolution des plus risquées mais le résultat est fort probant.
Après cet étrange moment « Send of time » tout en acoustique poursuit les interludes calmes sur lesquelles Rob est touchant de sincérité. Jamais l’homme n’aura aussi bien chanté démontrant encore des qualités inconnues. « Pestillence and plague » bien plus rythmé est un vrai bon enchaînement. Le refrain a la particularité d’être chanté en Italien ce qui donne de la couleur à l’ensemble. Encore un immense titre que voici ! « Death » revient à l’ambiance sombre, et pesante. Un gros mid tempo à la ‘Monster of rock’, qui sent la mort (ça tombe bien n’est ce pas) où encore une fois Rob Halford semble possédé par ses textes (sûrement la leçon de chant la plus magistrale du métal god !!). L’accélération pour le superbe passage solo te prend à la gorge comme un serpent sur sa proie. Un titre rampant à vous glacer le sang.
« Peace » permet de se calmer quelques instants. Une sorte de ballade bien placée et encore une fois fort bien exécutée (la voix sans effort de Rob est si belle qu’il en abuse sans lasser un instant). Autre enchaînement réussit avec « Conquest ». Un pur morceau de Heavy aux relents 80’s qui font plaisir. Le refrain lui aussi est une réussite avec un chant presque théâtral. Par contre les couplets ont une résonance arabisante pas dégeux au niveau des lignes vocales. La grande classe à nouveau !
« Lost song » est un autre moment des plus calme et intense. Une sublime ballade comme rarement un groupe de métal en a composé. Simple et efficace elle touche là où ça fait mal sans forcer et laisse l’auditeur subjugué. On pourrait penser que le groupe s’arrêterait là pour son premier cd nous laissant sous le charme, mais c’est mal connaître Judas Priest. « Persecution » vous ramène à la vérité avec du gros du speed du puissant qui remet les choses en place, et oui Judas Priest c’est avant tout du heavy métal. Malgré son début calme la suite débouche les oreilles et Rob retrouve ses aiguës ravageurs : Quasi orgasmique !

Place au deuxième cd avec tout d’abord « Solitude », une nouvelle intro au piano qui nous replonge dans l’ambiance. Le calme nous envahit l’esprit, plus rien ne bouge autour de nous, tout semble si apaisé, si serein, plus rien ne peu vous atteindre, puis vient « Exiled » qui ne l’entend pas de cette oreille et compte bien prouver que tout ceci n’était qu’utopie et que la vraie vie est mélancolique, sombre, sans avenir. Une ballade déchirante, chargée d’émotions vives, un conte de tristesse plus vrai que nature, qui brise les rêves tels des châteaux de cartes trop vite abattus. Plus rien ne sera jamais comme avant.
C’est avec « Alone » qu’on survie dans cette euphorie morbide, comme triste à jamais pour accueillir un morceau de choix forgé dans le métal le plus pur. L’acoustique résonne à nouveau sans contraster avec ce qui suit. L’unique but est atteint, le soleil semble ne plus vouloir briller, comme éteint de désespoir avide. Judas a frappé fort pour réussir son coup.
C’est blessé et usé que « Shadow of the flame » s’ouvre à vous. Un dernier rempart à franchir avant la résurrection finale. Quelques minutes d’espoir qui semblent sortir de nulle part, pour remonter l’âme descendue au plus profond des abysses. Et « Vision » attrape le sceau du renouveau. Plus métal que jamais, jamais aussi conventionnel mais libérateur d’une mort certaine. La mélodie emplie de joie du refrain fait à nouveau briller des rayons dans le ciel, même si une part de vous sera noire à jamais. L’espoir renaît avec « Hope ». Même si son clavecin semble indiquer l’inverse, l’angélique suite transpire de vie. Le sombre s’est effacé redonnant la pleine amplitude à la lumière pour un « New Begining » révélateur. Nous laissant voguer sur les azurs des océans tout en profitant de cette seconde chance. Une ballade emplie d’espoir où l’ombre d’un Queen n’est pas loin.
Mais que serait un album de Priest sans bombe de heavy, un sous-album ? Alors que « The calm beform the storm » résonne en temps qu’interlude chanté, la bombe « Nostradamus » se prépare. Une intro limite opéra puis le riff débarque te prenant à la gorge et il ne te lâchera plus. Le refrain résonne dans ta tête et lui aussi ne s’évaporera pas de sitôt. La dernière bombe de pur heavy fédérateur aux déflagrations imposantes et aux séquelles indélébiles. On termine cette histoire avec « Future of mankind ». Un dernier mid tempo encore une fois des plus réussit surplombé par un Rob Halford des plus tonitruant. Une fin digne de leur rang.

Conclusion : Comme Iron Maiden, Judas Priest montre que même s’il n’a plus rien à prouver depuis longtemps, aime prendre des risques pour la beauté de la musique. Cet ambitieux projet sera considéré par les fans de pur heavy comme de l’hérésie (quand on voit comment Turbo et Demolition ont été accueillit malgré leur talent) et pour les autres comme un travail impressionnant qui démontre des qualités jusque là insoupçonnées chez le Judas ! Pour moi un grand chapeau aux Anglais (et à l’américain) qui ont assuré.
Un futur grand album du métal indispensable : du travail d’orfèvre.
 
Critique : Guillaume
Note : 10/10
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