Interview

NIGHTMARE (2012) - Yves CAMPION (Bassiste)

Il y a des groupes français qui ne sont plus à présenter. Vous connaissez Gojira, Adagio, et ben là on va causer un peu de NIGHTMARE, ambassadeur du heavy français. Yves CAMPION a bien voulu nous livrer les secrets du fameux « The Burden of God », nouvel album du groupe.


SBM : Salut Yves ! Et merci pour le temps que tu m’offres. Donc on est là pour parler un peu de votre dernier album « The Burden of God ». Comment vous sentez-vous par rapport à la sortie qui approche ?

Yves CAMPION : Pour cet album il faut dire qu’on a été bien dedans pendant quelques mois donc… Ben c’est facile, on attend avec beaucoup d’impatience le retour des gens, parce qu’on a le recul nécessaire. Ça fait deux mois qu’on est dessus, qu’on a travaillé intensément dessus. Après on espère que les retours seront intéressants pour pouvoir passer à la phase suivante et arriver à faire pas mal de dates. Et on espère aussi que ça se vendra un minimum (rires).

A la première écoute, on note une production vraiment béton. Les compos frappent et le mixage leur rend honneur. Comment définirais-tu l’évolution du groupe depuis « Insurrection » ?

Pour les compos, il y a déjà plus de travail sur les arrangements sur celui-là parce qu’on a travaillé différemment. Faut savoir que pour « Insurrection », la batterie et la basse ont été enregistré dans un studio à côté de Genève, on a enregistré les guitares en Allemagne et on a enregistré la voix là où on a enregistré le reste de l’album. Donc en fait on a plusieurs intervenants à droite à gauche et si on a une couleur pour chaque prise, on peut dire qu’on a un album hétéroclite.
Là on a vraiment voulu produire de A à Z tout l’album, c'est-à-dire fait par le même producteur depuis là batterie jusqu’au mixage. Et ça change tout parce qu’on a aussi pu avoir les guitares témoins enregistrées, c'est-à-dire que quand on enregistrait le chant on n’avait pas des guitares définitives, contrairement à « Insurrection » où on pouvait plus rien toucher. Du coup on a pu changer des mélodies de chant puisqu’on a pu changer des accords, on a pu travailler sur les compositions, ce qui nous a amené cette liberté là, qui fait qu’on a pu optimiser chaque titre.
Et c’était plus facile de travailler comme ça pour vraiment aller au bout de ce qu’on voulait, alors que quand t’as des guitares définitives enregistrées tu peux plus toucher aux accords, tu peux plus changer de notes. Si t’as une idée de chant pour changer la mélodie ben t’es coincé parce que ta guitare est définitive.

Donc du coup on a un album qui vous ressemble plus, qui est plus fidèle à ce que NIGHTMARE devrait être, et avec beaucoup plus de feeling donc.

Oui on a beaucoup plus travaillé dans ce sens là. Pour vraiment aller dans le fond des choses, dans les arrangements qu’on voulait et où on était limité sur les albums d’avant, et on voulait optimiser le chant parce que ce que l’on retient… Et on voulait des refrains que tout le monde retienne quoi… pour qu’ils chantent dans leurs douches (rires).
On a vraiment travaillé dans cette optique là.

C’est vrai qu’on a un certain lot de refrains assez directs et accrocheurs. Un notamment que j’aime bien est celui de « The Burden of God ».
Là j’ai une idée maintenant de la façon dont se passe l’enregistrement, mais au niveau de la composition, comment ça se passe dans le groupe ? Chacun compose ses parties ? Vous répétez ensemble ?


Là c’est principalement Franck Milleliri, le guitariste qui arrive avec des idées de base de riffs. Il arrive avec un panaché puis on tape dedans, on tri, puis un jour on pose des lignes de chant, des effets, on travaille ensemble pour faire des prémaquettes. Alors après chacun amène sa contribution, David fait de la batterie par-dessus, enfin voilà, chacun essaye de construire autour des riffs qu’il amène. Et de bout en bout on arrive à la période de pré production, où là sur « The Burden of God » on a fait écouter les morceaux au producteur qui a donné son avis comme par exemple « Là le pré refrain est aussi fort que le refrain ça va pas, donc il va falloir qu’on travaille ça ». Voilà on voulait optimiser les compos avant d’arriver en période de studio avec déjà de bonnes bases et pouvoir travailler en studio la composition elle-même.
Le chant par exemple qui est un instrument important, enfin c’est pas vraiment un instrument mais c’est ce qui se retient le mieux, et comme ça on arrive mieux à construire les morceaux.

En parlant des instruments, récemment vous vous êtes séparés de votre ancien guitariste JC. Comment en êtes vous venu à travailler avec Matt ?

Avec JC on s’est pas réellement séparé… Pour son projet solo, JC Jess avait un problème d’emploi du temps par rapport à ce que NIGHTMARE demandait comme investissement aujourd’hui, et il voulait pas non plus laisser tomber son projet solo ce qui est tout à fait logique. D’un commun accord on a décidé qu’il fallait qu’on lâche le truc parce que nous on allait demander beaucoup d’investissement et du coup on a essayé deux, trois guitaristes qu’on nous avait conseillé, on avait deux, trois plans à droite à gauche, mais bon ça l’a pas forcément fait. Et puis finalement on est entré en studio, on aurait pu faire l’album à quatre parce que Franck avait composé les morceaux, donc on aurait pas eu besoin d’un nouveau guitariste. Mais on s’était dit que c’était important qu’on ait un membre qu’on puisse intégrer sur l’album, parce que ça change tout. Quand tu arrives dans un groupe et que t’as pas fais l’album, même si tu fais les concerts t’as pas la même implication, donc c’était plus intéressant.
Et finalement les dates de studio se rapprochaient et on n’avait pas encore trouvé l’oiseau rare (rires). On a donc eu l’idée, sans trop faire de tapage, de mettre une annonce dans Facebook pour voir ce que ça donnait. Et on a eu beaucoup de candidatures, et on a sorti trois guitaristes, dont Matt, qui nous a beaucoup intéressé parce qu’il avait cette approche très années 80 dans les solos donc ça a collé. Puis on l’a vu, il s’est impliqué et ça a collé.
Donc il est entré en studio, il a fait des solos sur l’album, il n’a pas tout fait mais au moins une partie des solos… Et ça a fonctionné.

Pour parler justement des influences, on a effectivement sur les solos et le son une bonne influence des années 80, donc heavy oldies. Mais ont-elles évolué depuis que le groupe existe ? Quelles sont les influences notables, au moins sur cet album ?

Nos influences sont un peu différentes donc c’est un peu une combinaison d’influences. Jo, le chanteur, par exemple adore Symphony X, Russel Allen, Jorn Lande, Dio bien sûr.
Franck le guitariste est très Michael Amott, Arch Enemy, il aime bien tous ces guitaristes là. Moi je suis un peu dans le même esprit, le batteur est plus du genre Jeff Waters, Annihilator, ces trucs là. Et cet ensemble de sonorités, d’inspirations et d’influences de chacun mélangées donnent ce qu’on fait là. Il n’y a pas d’influences particulières, chacun a une influence, toujours dans le métal, mais on n’écoute pas forcément les mêmes choses.
Donc chacun donnant ses idées ça donne la couleur qu’on a sur l’album.

En parlant d’influences et de groupes des années 80, est-ce que Steve Harris fait partie de tes idoles ?

Idole pas vraiment non… Il y a un bassiste que j’ai adoré quand j’étais plus jeune et c’était un groupe que j’adorais parce qu’il était aussi chanteur, c’était Geddy Lee de Rush, ça a toujours était un modèle, même si j’avais pas vraiment de modèle particulier, j’ai toujours aimé les bassistes-chanteurs, pas forcément parce que techniquement c’est des tueurs… Par exemple Kip Winger pour moi c’est le top, c’est un super chanteur et sans être un bassiste extraordinaire. Je cherche pas forcément la technique mais plutôt un bassiste complet. J’ai pas forcément de bassiste démonstratif qui me vient à l’esprit mais Steve Harris fait partie des influences quelques part même si je suis pas grand fan de lui.


Vous avez également collaboré avec Magali Luyten sur la chanson « Dominion Gate Part III », comment est née cette collaboration ?


Moi Magali j’ai énormément apprécié son travail sur « Beautiful Sin », qui est pour moi un super album… Puis on en avait parlé un jour, on avait dit que si on mettait une chanteuse lyrique on allait peut être trop sonner comme « Dominion Gate » où on avait fait chanter Floor Jansen. Et on s’est dit qu’il fallait plutôt tenter une expérience avec une chanteuse avec une autre tessiture, une chanteuse qui a des couilles quoi… (Rires)
Et c’est vrai que la combinaison des deux voix n’est pas inintéressante puisque c’est une chanteuse qui chante comme un mec, c’était vraiment intéressant et ça collait bien au morceau. Le choix est donc venu naturellement puis on l’a rencontré au PPM Fest l’année dernière, on a sympathisé, puis on s’est dit que c’était la chanteuse qui nous fallait en guest, et on a vraiment apprécié cette collaboration sur l’album.

Ça donne une bonne dynamique sur ce morceau qui est très bien réussi. On y trouve aussi un break assez symphonique que l’on a aussi sur l’intro de l’album. Qui compose ces parties là précisément ? Avez-vous déjà pensé à évoluer vers un style plus symphonique ou préférez-vous rester dans un style plus heavy ?

Le mix des deux est intéressant, mais pousser vraiment le style à faire complètement symphonique, plus dans l’esprit de « Cosmovision » peut-être pas je dirais… Après Rhapsody y’en a déjà un donc on va pas faire du Rhapsody. Donc l’intéressant c’était la combinaison des deux.
Concrètement l’intérêt c’était d’avoir en spécial guest le claviériste de Veloce Hystoria, qui est un groupe un peu prog français très prometteur qui sort d’ailleurs son nouvel album à la fin de l’année… Et c’est un pote à nous donc on savait qu’il était capable de faire des parties symphoniques intéressantes et on lui a vraiment demandé de participer à cet album, un peu plus poussé que des simples parties de claviers d’ambiance. Sans aller dans l’extrême à mettre des claviers partout, on savait qu’il allait nous apporter des arrangements avec des violons, des orchestrations qui allaient plus loin que la simple base de claviers. Et quand on a écouté ce qu’il nous proposé puis les morceaux qu’on avait, on s’est dit que c’était vraiment ce qu’il nous fallait pour donner une autre dimension aux titres. Donc on a prit la décision de le prendre pour ça…

Du coup c’est vrai que ces passages symphos collent bien aux thèmes abordés sur « Dominion Gate » ou « Doomsday Prediction ». Dans le fond vous avez pas mal de thèmes lyriques ou fantastiques, alors quels sont les thématiques ou les messages abordées par le groupe dans cet album ?

Y’a pas vraiment de message particulier, c’est pas un album concept avec un lien entre les morceaux et chacun peut interpréter comme il veut. Mais en voyant la pochette et certains morceaux comme « The Burden of God » ou « The Preacher » on se dit que quelque part y’a un côté religieux dans cet album… On parle un peu de religion. Y’a quelque chose lié à ça que les gens peuvent interpréter comme ils veulent : la critique générale de la société ou le bien pensant sur soi, le chrétien moyen aujourd’hui… Mais quand on voit le monde, on voit plus le côté négatif et justement on se demande si le gars sur la pochette, qui peut être vu comme un justicier, n’est pas Satan ou Dieu. Il est dans une cathédrale mais il peut vraiment être vu comme un justicier. Chacun peut interpréter comme il veut en fait, mais cet album a un côté très obscur, satanique même sur certains textes, très black métal dans les textes…

Pas faux, mais la pochette, que j’ai bien aimé, me rappelle vraiment l’Homme au masque de fer. Alors sans philosopher dessus, ça rappelle les injustices, les condamnations douteuses et les abus, donc ça colle bien avec la religion surtout à l’heure actuelle…

Du coup quels sont les prochaines étapes pour le groupe ? Vous avez des dates programmées ? En France ou à l’étranger ?

On a des dates, on a des festivals étrangers, on vient de collaborer avec un gros agent, un gros management en Allemagne qui travaille dessus donc on espère vraiment décrocher quelque chose de conséquent par rapport à ça. Et on se précipite pas, on veut pas faire pour faire, on veut vraiment trouver la bonne tournée qui va nous propulser et on commence à avoir des pistes qui sont intéressantes et on essaye de faire plus que pour « Insurrection ». Et y’aura des dates en France, à Paris ça c’est clair !

Ok ! Et étant également le créateur du magazine Metallian, qui doit te prendre pas mal de temps, comment fais-tu pour gérer ça et le groupe ?

Je fais jamais d’amalgames parce que ça m’a porté tort pour beaucoup de choses… J’ai déjà la chance d’avoir un excellent rédac chef, qui prend son temps et qui a une très grande place dans la société et il m’enlève beaucoup de taches et d’épines du pied, et bon c’est pas facile mais j’arrive à jongler avec les deux activités.

Tant que t’y arrives c’est bon ! (rires)
Je vais regrouper un peu deux questions… Comme vous avez fait pas mal de tournées à l’étranger accompagnés de grands groupes, qu’est ce que tu penses de la scène métal en France et de son exportation ?


Il y a quelques temps j’ai lu une interview dans un magazine allemand et je trouve que ce qui manque peut-être par rapport à eux, c’est qu’il y a d’excellents groupes en France, mais le public est pas assez… nationaliste, pas assez chauvin. Et aujourd’hui j’ai l’impression que des groupes français sont plus souvent reconnus à l’étranger que dans leur propre pays. Si on prend l’exemple de Gojira bon ben voilà… Et c’est pas une critique mais aujourd’hui on a un festival énorme en France, le Hellfest, qui est à peu près aussi gros qu’un Wacken par exemple, si tu regardes le nombre de groupes français qui sont programmés au Hellfest par rapport aux nombres de groupes allemands programmés chez eux, c’est ridicule…
Donc ça veut dire qu’on soutien pas réellement nos groupes, parce qu’aujourd’hui il y a suffisamment de groupes français de qualité qui peuvent être en haut de l’affiche du Hellfest, alors que des groupes français y’en a peu, donc y’a un réel problème de soutien du métal français par les français, ce qui n’est pas le cas en Allemagne où ils sont plus chauvins, et c’est ce qu’on regrette un peu. Nous on arrive à jouer en Israël, on a un accueil fantastique, on a joué en Europe de l’est, on a un accueil fantastique et on a un accueil aussi en France mais qui n’est pas à la mesure de ce qu’on pourrait avoir. Et c’est dommage parce que je pense qu’on n’est pas le seul groupe français à faire ça. C’est peut être le public qui est plus friand de groupes scandinaves je sais pas… Je pense que le public français ne soutien pas assez ses groupes.

C’est vrai, puis faut dire aussi qu’on est dans un pays où le métal n’est pas la musique numéro un donc c’est encore plus difficile de s’imposer et d’arriver à se faire connaitre, mais j’espère que ça évoluera…
Bon écoute Yves, on arrive à la fin de cette interview, je te remercie donc pour ton temps et je te laisse les derniers mots si tu veux dire quelque chose aux fans français ?


Merci à toi…
Et j’espère que les fans vont nous soutenir avec cet album et j’espère les voir les plus nombreux possible quand on jouera chez eux… Tous les groupes ont besoin de ça, et on a mis tous les efforts nécessaires pour faire un album le meilleur possible, on a eu de très bon retour, on travaille d’arrache pieds pour que le live soit au même niveau que l’album studio, et ils seront pas déçus. Donc j’espère qu’ils seront nombreux quand on viendra chez eux.

Alors le message sera transmis !

Merci beaucoup.

Je t’en pris ! Bonne journée à toi et puis surement à bientôt sur la route !

Bonne journée !
 
Critique : SBM
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