Interview

ANTI FLAG (2020) - Justin Sane (Guitare)

Avec « 20/20 Vision » Anti-Flag propose un excellent disque punk. Les années passent mais n'ont pas prises sur ce groupe. Un disque très politique et anti-Trump. Rencontre à Paris avec le fort sympathique Justin Sane, guitariste du groupe.

« Sur le nouvel album, il y a toujours ces thématiques qui vous sont chers : l'anti-fascisme, l'anti-suprématisme. C'est toujours aussi important pour vous de combattre cela ? »

« Cela a toujous été important pour nous l'idée de justice, d'égalité de chances pour tous. A l'époque de la première guerre du Golfe, il y avait des drapeaux américains partout. C'était une manipulation. Nous avons essayé de faire comprendre aux gens en quoi ils étaient manipulés par les politiciens. »

« Vous avez eu beaucoup de problèmes avec les républicains du fait du nom du groupe ».

« C'est clair. Avec un nom de groupe comme Anti-Flag dans un pays comme les Etats-Unis, tu as forcèment des ennuis. Le patriotisme n'est pas forcément mauvais mais la manipulation du patriotisme en revanche l'est. »

« En même temps il y a une liberté d'expression aux Etats-Unis. Vous pouvez dire ce que vous pensez. »

« Oui, c'est vrai. Il y a un changement des mentalités aussi. Les jeunes aujourd'hui sont plus informés qu'ils ne l'étaient il y a une dizaine d'années. »

« Comment est-ce pour vous de vivre sous Trump ? »

« Cela me brise le cœur. C'est un énorme retour en arrière : racisme, homophobie. Il prétend que le réchauffement climatique n'existe pas pour le profit de ses amis. C'est l'une des raisons pour lesquels nous avons fait ce disque. Nous l'avons nommé « 20/20 Visions » parce que c'est notre vision du Futur. Trump dit des choses fausses en permanence. Nous voulons montrer ces mensonges. »

« Un- American » est un morceau sur le fait d'avoir été traité dans le passé d'anti-américain ? »

« En partie, oui. C'est aussi pour dire que l'on peut être américain et critiqué le gouvernement. Trump fait tant de choses contre la Constitution. Il a traité des joueurs de football américains non américains parce qu'ils le critiquaient. Ce morceau est à propos de tout cela. »

« Christian Nationalist » est contre le suprématisme ? »

« Absolument. Le mouvement suprématisme est une aberration. C'est une idéologie fasciste qu'il faut combattre. Je n'aime pas les religions. Toutes manipulent les gens. Nous avons un suprématiste à la Maison Blanche ce qui est grave. »

« Tous les morceaux du disque sont politiques. »

« C'est vrai, même « Unbreakable » qui pourrait ne pas l'être l'est. Elle dit aux gens de ne jamais abandonner. »

« Quel était l'ambition de ce disque ? »

« De dire aux gens qu'ils ne sont pas seuls. Le disque n'est pas qu'énervé, il y a aussi des choses positives. Tout ne peut pas être que négatif. Il y a besoin d'espoir. On a terminé l'album par « Resistance Frequencies » parce que c'est un morceau positif. »

« Quand vous avez commencé le groupe, vous étiez influencés par le punk américain, par des groupes comme Social Distortion ? »

« Oui. Social Distorsion parlait de rebellion, d'être isolé dans une banlieue américaine, de se sentir différent. Cela a résonné en moi. Ils ont changé parce que les années passent et ils parlent d'autres sujets aujourd'hui, ce qui est normal. Ils m'ont beaucoup influencé, oui. »

« Vous venez bientôt jouer en Europe mais il n'y a pas de date en France. »

« Nous sommes déçus de cela. Mais nous jouerons au Hellfest. Et nous viendrons jouer plus tard en France. »

« Vous êtes heureux de rejouer au Hellfest ? »

« Clairement. La première fois que nous y avions joué c'était quasi que metal. Je me souviens être backstage et m'être dit wow c'est metal ici. J'avais dit à notre batteur : « joue fort et vite » ( rires). »

« Il y a de nombreuses dates en Espagne, au Portugal durant cette tournée. »

« C'est un public passionné. Et en plus nous n'y avions pas joué depuis longtemps. »

« Le dernier album est très punk. »

« On voulait faire un disque contemporain, qu'il sonne moderne. Il est punk oui mais on voulait aussi un son moderne, que l'album sonne bien. On a pris pour ça un producteur qui produit de la musique moderne et c'était un bon choix. »

« La pochette est très punk aussi. »

« Elle représente la laideur de l'idéologie Trump. C'est dingue que ce mec ne soit pas même capable de dire au moins une fois dans sa vie je me suis trompé. Quand tu regardes cette pochette, elle heurte tes yeux. On la voulait comme cela. »

« Que représente pour toi être punk aujourd'hui ? »

« Evidemment quelque chose de différent qu'il y a vingt cinq ans. Il y a plein de choses intéressantes dans le punk actuel. Le genre continue d'être excitant. Il y a plein de supers nouveaux groupes punk un peu partout dans le monde. J'ai toujours autant de plaisir à jouer live. Je sais que les choses ne durent pas éternellement et du coup je profite de chaque instant. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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