Interview

THE LAST INTERNATIONALE ( Version française) - Delila (Chant) & Edgey (Guitare)

Nos deux New-Yorkais enragés sont de retour dans la capitale pour mettre les choses au point ! Pas de pitié donc pour le club parisien « 1999 ». Mais nous avons pu anticiper ça car nous avons eu la chance de rentrer Delila et Edgey la veille. Qui sont THE LAST INTERNATIONALE ? Deux personnes avec beaucoup de choses à dire, un vrai héritage et des messages. Esprit 100% rock’n roll !

Thomas : Bonjour ! Vous êtes ici avec un album, votre second précisément. Je vous ai vu en ouverture pour The Who en 2015 et j’ai pris une claque ! Qu’est ce qui vous a pris autant de temps ?


Delila : Je crois qu’on a fait un festival après ça à Paris, on essaye d’avoir une agence pour prévoir une tournée. Je pense qu’on attends que l’album sorte, mais on a une équipe maintenant donc on reviendra plus souvent.

Demain vous jouerez avec un groupe français...

Delila : Ouais The Blind Suns

Comment ça se passe avec votre batteur français ?

Edgey : Oh Yann ? C’est un mec ! J’adore ce gars.

Delila : Il est vraiment cool.

Edgey : Il est énorme ! On a deux batteurs demain soir donc regardez bien !

En fait c’est une de mes questions : vous faites quoi avec les batteurs ?

Delila : (Rires) Ouais on nous demande souvent ! J’ai pas compté mais on a eu de sacrés batteurs.

Edgey : « We Will Reign » est notre premier album et sur celui là on a eu Brad Wilk de Rage (Against The Machine) et il a mis la barre assez haute. Et pour le second on avait besoin d’un batteur qui pouvait envoyer comme Brad et on en a essayé beaucoup et on ne savait pas quoi faire. Ce n’est pas que le jeu, c’est aussi l’énergie, la connexion. Et on a eu cette connexion avec quelqu’un sur une tournée et c’était Joey Castillo. Ça paraissait logique donc on l’a appelé, je savais qu’il était talentueux je n’avais aucun doute dessus. Mais je ne savais pas s’il apprécierait de jouer nos morceaux.
Donc on l’a fait venir au studio, on était excité et bien ça n’a été que deux ou trois chansons et il a apporté son feeling aux chansons, il a ajouté sa touche, parfois comme Iggy Pop And The Stooges donc sans lui l’album aurait été totalement différent.

Donc nous voila : album n°1, album n°2, deux batteurs incroyablement talentueux et maintenant on doit amener ça sur la route, qui on a pour occuper la place ? On a dix batteurs qui peuvent jouer mais on ne veut pas les comparer, on veut juste un batteur de gros calibre qui peut faire ça, et il y en a. Donc on a finalement rencontré Yann qui a joué pour nous pas mal de temps, un truc comme six mois, pour nous c’est longtemps. Donc il est là de façon permanente tant qu’il est disponible mais il est dans un gros groupe français donc un autre collègue de chez nous est là c’est Thomas Pridgen et il est fantastique.
Tous les batteurs que j’ai mentionné ont des styles complètement différents mais ils sont tous bons et c’est ce dont on a besoin sur scène : de la grandeur. Et ils l’ont tous ! On est béni.

En écoutant l’album j’ai pensé à Patti Smith pour différentes raisons.

Edgey : C’est sûrement l’influence numéro 1 sur « Soul Of Fire ». Du moins pour moi.

J’allais le demander plus tard mais autant le faire maintenant. Vous êtes un groupe avec une musique et un message.

Delila : Ouais la plupart des groupes qui ont été grands avaient de la musique et un message.

Edgey : DES messages.

Et je pensais aux artistes qui étaient gros et avaient toujours de vrais messages comme Bob Dylan, Patti Smith, Bob Marley et qui faisaient partis de cette grosse industrie musicale tout en restant fidèles à eux même. Est-ce important pour vous de garder cette différence tout en faisant parti de quelque chose de plus grand ?

Delila : Ouais, en fait je pense que tout vient du mélange, on n’est pas juste inspiré par le rock, on va aussi vers le blues, la soul. Donc dan mes chansons je ne parle pas juste de whisky ou peu importe ce que les gros groupes racontent, je ne connais pas les paroles.

Edgey : Il y avait de la poésie à l’époque…

Delila : Je veux trouver le sens des choses, je veux aller en profondeur, au fond des choses, jusque dans le caniveau. Je veux voir le vrai monde, je veux chanter ça parce que ça me parle

Edgey : J’ai eu un frisson dans la colonne vertébrale quand tu as dis ça. Je dois être honnête, quand tu as dis caniveau ça a touché quelque chose. J’ai peut-être pas réalisé avant, peut-être que si, inconsciemment mais… Tu veux y aller dans ce caniveau parce que tu EN VIENS, et l’essentiel c’est d’en sortir, tu vois ce que je veux dire ?

Delila : Quand tu en sors tu veux toujours te rappeler ! (Rires)

Edgey : Et c’était le cas avec tous les artistes avant, ce qui les motivait en tant que musiciens, ce n’est pas juste de changer le monde mais d’améliorer leur situation, putain ils voulaient sortir de là où ils étaient, et pour nous ça a été la situation ces dernières années. C’est la force conductrice derrière ce groupe.

Si vous deviez résumer la situation de votre pays en une chanson, quelle chanson ça serait ?

Delila : Je pense que les gens ont toujours été motivés. Avant l’Irak je me rappelle un million ou plus d’un million de gens dans la rue, et on y était, essayant de stopper la guerre en Irak à l’époque, mais maintenant il y a plein de différents mouvements donc maintenant j’espère qu’on se concentre plus sur l’espoir, et les gens vont continuer à se lever et c’est ça le truc : les gens vont dans la rue et font partie d’une communauté et travaillent ensemble, c’est plus qu’un truc simple comme c’est le cas en France, c’est du genre « Ok on va leur montrer qu’on veut pas de ça et qu’on va tous se lever ensemble ».

Edgey : C’est le truc avec le monde : tu ne peux pas le prédire. Tu ne sais pas ce qui va se passer donc on ne retient pas nos espoirs sur quoi que ce soit parce qu’on n’attend pas un changement soudain, on sait que c’est une longue lutte, c’est ce qui est difficile avec le changement… Et en tant que groupe on n’arrive pas à aller loin, on y arrive en Amérique du Sud ou en Europe.

Delila : La beauté du rock’n roll c’est la crasse, je parle toujours de crasse ces derniers temps pour je ne sais quelle raison. Mais ça ne vient que de petits groupes, c’est pas énorme. Le beau rock’n roll brille dans la communauté mais pour la plupart des groupes les paroles ne sont pas centrées sur ce qui se passe dans le monde et un autre problème avec le rock’n roll c’est peut-être qu’il y a trop de gens riches. On a le sentiment qu’ils viennent d’en haut.

Edgey : Comme une bourgeoisie.

Delila : Un endroit où il y a plus d’argent, comme s’il y avait trop de costards impliqués, essayant de créer un son ou tourner le son différemment. On parle toujours de communauté, comme le hip-hop a une communauté, comme Dr Dre ou disons Prodigy.

Edgey : Dans le hip-hop tu ne peux pas nommer un artiste, c’est comme un arbre et ses branches, il y a des ramifications. Tu peux pas mentionner Dr Dre sans parler de Snoop Dogg, Kurupt, Dogg Pound, sans Eminem, Fifty Cent, G Unit…
Kiss a essayé de monter un label et quand un groupe de rock essaye de faire quelque chose pour d’autres groupes de rock, il s’isolent, ils s’achètent. Je ne sais pas pour ce label je pense pas que ça aie marché, je suis pas sûr.
Tom Morello aide énormément et c’est un bon soutien mais ce n’est pas une culture entière, ça n’englobe pas la communauté, le rock n’est pas communautaire et c’est pour ça qu’il souffre en ce moment.

Tu as parlé de Tom Morello, est-ce qu’il est une sorte de parrain pour vous ?

Delila : Oh Oui.

Edgey : Il fait tellement pour les musiciens, le mouvement social, tout.

Delila : Il travaille toujours, il fait tout le temps quelque chose de nouveau. Il a cet esprit, il est passionné par le droit des travailleurs, les sans abris, mais il est aussi passionné parla musique, par la génération future.

Edgey : Et il rassemble les gens.

Vous pensez que la leçon pour les rockers maintenant viendra du hip-hop ?

Edgey : Absolument, on a tellement à apprendre. Sur la créativité, les paroles et surtout la politique. Prends Cardi B, elle botte le cul de tout le monde avec ses paroles, elle écrit des paroles meilleures que les plus grands artistes pop/hip-hop, elle écrit des meilleures paroles que les groupe de rock de n’importe quel pays.
Mec, un vers d’un artiste hip-hop détruit tout le catalogue du rock, tout les albums rock à succès, c’est dément. Un vers de Kendrick Lamar est plus fort qu’une centaine d’album de rock. C’est fou. C’est dingue, c’était pas comme ça avant. Dans le temps on avait Patti Smith et Neil Young, Bob Dylan, on avait Nina Simone et « Mississippi Goddam » ! C’est où ça aujourd’hui putain ? T’as pas du « Ferguson Goddam », c’est passé où ?
Dans le hip-hop t’en as plein, regarde cette chanson « This is America » du riche acteur Childish Gambino ? J’aime pas sa musique, t’as pas besoin mais yo ! Cette vidéo ? Une des meilleures que j’ai vues ces dernières années.

Il y a beaucoup de groupes dans le rock si on creuse un peu à un niveau que personne ne connait. Des groupes qui portent eux même leurs amplis dans les clubs. Et ils doivent les rapporter à la maison après une nuit de trois heures à jouer des reprises. Ces groupes maintiennent le rock en vie dans l’esprit. Il y a de la grandeur dans ça.

Pensez vous qu’internet a dissout le talent ou est au contraire un moyen pour les gens de découvrir es choses qu’ils n’auraient pas découverte autrement ?

Delila : J’ai vu les deux, Je découvre des artistes tout le temps sur Instagram. Il y a beaucoup de choses sur internet qui ne sont pas énormes mais vraiment cool. Mais je suppose que c’est du à trouver.

Edgey : C’est vrai. C’est quelque chose qui était différent dans les années 70. Les gens et les fans poussaient les groupes à prendre position sur quelque chose. Et si tu faisais pas il y avait problème du genre « Tu dois dire quelque chose », « Tu dois te rallier à cette cause ! ». Les artistes avant, tous les groupes à succès se montraient dans la rue, jouaient avec leur guitare acoustique et menaient une marche, ils le devaient. Mais c’est plus comme ça maintenant, c’est juste une compétition où doit faire une meilleure musique et ça vaut pour tout le monde, notre groupe, tous les groupes de rock, on avance et on et on doit continuer à faire de la meilleure musique, c’est le truc.

Delila : Ou expérimenter plus et c’est bien de le faire. Parce que souvent beaucoup de gens jouent mais se disent « Oh c’est pas du rock ». On s’en fout ! Sois aussi créatif que tu le veux.

Tu faisais allusion aux artistes gospel sûrement parce qu’il y a plus de feeling.

Delila : Oui et la liberté qui va avec, faire ressortir les émotions, creuser profond, c’est rock ‘n roll pour moi en fait, d’élever les gens, comprendre leur douleur, genre « Je suis au fond avec toi et on va s’élever ensemble ».

Tu dirais qu’il y a une inhibition vu que les artistes ne veulent pas faire ça ? Ou dirais-tu qu’ils ne savent pas faire parce qu’ils ne viennent pas de la classe ouvrière, parce qu’ils viennent d'un autre milieu?

Edgey : J’ai regardé les plus grands groupes de rock, j’ai regardé d’où ils viennent et il y a quelque chose comme 0.09% de noirs dans leur communauté. Donc tu dirais qu’on doit venir de la douleur et souffrance pour faire ça ou ils se freinent ?

Delila : Hum… ça peut être les deux.

Edgey : Les deux ?

Delila : Peut-être. Je veux dire… Tu peux ne pas être de ce milieu et malgré tout avoir de l’empathie.

Vous allez tourner dans beaucoup de clubs. C’est important pour vous d’être proche des gens quand vous jouez ? Qu’est ce que ça vous apporte ?

Delila : J’aime les clubs parce que tu peux faire assoir les gens, j’aime être dans la foule, j’aime être avec les gens, les faire monter sur scène, c’est cool.

Edgey : Tu fais ça aux festivals aussi cela dit. On a fait ça à un festival en Italie, j’ai toute la foule s’assoir, se faire des câlins, c’est ça le truc !

Delila : Tu peux pas faire ça à un festival metal, mais c’est ma prochaine mission.

Quand vous composez la musique, vous pensez au live ou vous vous focalisez sur l’instant ?

Delila : Maintenant on commence à plus penser au live, on a tellement joué maintenant, et je sens que les sets deviennent de plus en plus long parce qu’on a plus de musique. Et je trouve ça excitant. Je veux faire comme Bruce Springsteen et faire un show de quatre heures.
Donc on pense un peu comme ça et on est influencé par les fans et ce qu’ils veulent entendre, les chansons qu’ils aiment le plus, celles qu’ils veulent entendre.

Quel a été votre point de départ en tant que musicien ? Le moment où vous vous êtes dit « Ok c’est ma vie ».

Edgey : Je pense que j’avais deux ans. Bien sûr je ne prenais pas de décisions conscientes mais mon jouet préféré était une petite radio et quand j’avais trois ou quatre ans j’apprenais enregistrer sur la cassette à ma mère que j’aimais pas. Et quelqu’un a amené un guitare, je savais même pas que ça s’appelait comme ça mais c’était la chose la plus incroyable que j’ai vu.de toute ma vie. Et voila. J’ai joué dessus pendant des heures puis le gars est parti avec et j’en ai pas revu pendant des années.
Je ne venais pas d’une famille de musiciens, je ne connaissais pas le mot, pour moi c’était la boite qui faisait du bruit. Et plus tard quand j’ai vu une guitare j’ai dit « Oh putain je veux jouer dessus » et donc pour moi ça a toujours été évident que je voulais faire de la musique.

Delila : Moi c’est aussi venu assez tôt, je chantais quand ma mère m’a acheté un micro ; je ne sais pas si il était connecté à quelque chose, je chantais de partout dans la maison et j’écrivais des chansons, très puériles mais j’aimais la musique.

Edgey : Je peux rajouter quelque chose ? Je sais pas si vous avez remarqué mais… Les gosses qui ont grandi dans les banlieues, sans technologie, sont forcés de jouer dans la rue et ils grandissent et murissent plus vite. Alors quand les gens liront ça et s’il disent « Oh ça va vous faisiez pas plus à quatre ans » et bien écoutez ça : on faisait beaucoup de truc à quatre ans ! Tellement de choses que les gosses qui ont dix ans aujourd’hui n’ont toujours pas fait ce qu’on avait fait à quatre ans. Personne ne peut imaginer ça. Les gens vont penser que je suis défoncé là ou sous crack !
Les gosses maintenant savent à peine parler, ils peuvent pas dire trois putain de mots, ils peuvent pas sortir de chez eux sans surveillance ! A quatre ans ont trainait avec nos frères, on allait au parc tout seul, tu vois plus ça maintenant. Je pense que ça explique pourquoi la musique était meilleure avant, on avait plus de liberté à quatre ans putain ! Vous pouvez même pas concevoir toutes les conneries qu’on faisait à quatre ans.
C’est pour ça que je pense que quand tu te baladais avec ton micro tu étais plus libre.

Delila : J’ai découvert ça ouais ! Je me rappelle de ça quand j’avais trois ans avec mon micro.

Edgey : Et tu chantais quoi à trois ans ?

Delila : Surtout Bob Marley quand j’étais jeune. Mon père et moi on faisait « Jammin » et après des chansons pour gosses, je me rappelle pas.

Edgey : Donc as-tu décidé que tu voulais chanter quand tu serais plus âgée ? Là ?

Delila : Ouais ! Je sais que ma voix est meilleure qu’à l’époque. Je passais mon temps à chanter.

Edgey : Tu savais qu’il y aurait cette option comme carrière ou pas ? Quand as-tu réalisé que tu pouvais être payé pour ça ?

Delila : J’ai jamais réalisé ça… même maintenant ! (Rires)
Je savais que la musique était ce truc fou, je me souviens avoir entendu « Have You Ever Seen The Rain ? » quand j’étais petite, je pouvais voir le ciel, c’était Creeence Clearwater, je me rappelle du sentiment, cette voix qui était rugueuse, j’ai pensé « Wow, d’où ça vient ? » et je croyais qu’il était noir avec un style rétro genre des fringues des années 1800.

Edgey : T’avais quel âge ? Genre cinq ans ?

Delila : Juste avant mes cinq ans parce qu’on a déménagé. J’ai beaucoup de souvenirs de la musique, comme les gens ont… d’autres souvenirs. Moi mes souvenirs c’est la musique.

Edgey : Et moi c’est pareil.
 
Critique : SBM
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