Interview

ABYSMAL DAWN (2020) - Charles Elliot (Guitare, Chant)

Au sein de la scène brutal death technique, Abysmal Dawn n’a pas eu jusqu’à présent la place qu’il mérite. Cette injustice risque d’être réparée avec le nouvel album du groupe « Phylogenesis ». Rencontre avec le guitariste-chanteur du groupe, Charles Elliott.

« Vous n'aviez plus sorti d'album depuis « Obsolescence » paru il y a six ans. Pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour que « Phylogenesis » nous arrive enfin ? »


« Nous avons enregistré les guitares et batteries du nouvel album fin 2017. Nous n'avions pas encore écrit les paroles à ce moment-là. De nombreuses choses se sont passées dans nos vies personnelles puis je me suis occupé de mon studio d'enregistrement. Je ne pensais pas que cela prendrait tant de temps. »

« Il y a eu un changement de line-up dans le groupe ces dernières années. »

« Un nouveau batteur, James Coppolino et un nouveau guitariste, Vito Petroni, ont rejoint le groupe. On est parti en tournée avec ce batteur sans savoir s'il deviendrait un membre permanent de Abysmal Dawn. C'est un très bon batteur et il fait aujourd’hui définitivement partie du groupe. »

« Cela fait dix ans que tu es le seul membre originel de Abysmal Dawn. »

« Tu commences un groupe avec tes potes et tu as envie que cela se poursuive ainsi. Je ne fais pas de la musique dans une perspective de business. J’ai envie que ce soit un truc de potes. C’est encore le cas aujourd’hui avec les nouveaux membres du groupe. »

« Tu as composé tout l'album ? »

« J'ai composé la majeure partie du disque mais les autres ont amené des riffs. »

« Vous êtes connus comme un groupe de death technique. Chez vous la technique n’est pas là pour l’esbrouffe. »

« C'est étrange car nous n’étions pas considérés comme un groupe death/tech sur nos deux premiers albums. Ce nouveau disque est assez technique. Mais la technique est toujours au service des morceaux. Nous sommes toujours heavy. Je ne rejette cependant pas l'étiquette tech/death. Si on nous classe dans ce genre, cela ne me gêne pas. »

« Vous pouvez aussi être très brutal à certains moments. »

« J'aime beaucoup les groupes death old-school. Les mélodies sont importantes pour moi. J'essaie toujours qu'il y ait de la mélodie dans nos morceaux. J'apprécie aussi les groupes trash old-scool. Nous faisons ce que nous aimons sans se soucier des modes. Que l'on soit technique ou brutal, la mélodie doit être présente. »

« Vous avez repris « Night’s Blood » de Dissection sur votre précédent album, « Flattening of Emotions » de Death sur celui-là. Ce sont des groupes références pour toi ? »

« Ce sont deux énormes influences pour moi. Death est un groupe que j'admire profondément. J'ai eu la chance de tourner avec eux, ce qui était un rêve. J'ai choisi ce morceau parce que « Human » est un disque que je vénère. C’est peut-être mon disque préféré de toute l'histoire de la musique. Il y a une partie de guitare fabuleuse sur ce morceau. »

« Tu as écrit « Hedonistic » qui est une critique du mode de vie hédoniste. »

« Le bonheur n'est pas dans la recherche du fric, des choses matérielles, des belles voitures, des écrans plats...

« Est-ce que tu penses que ce qui nous arrive en ce moment est lié à ce mode de vie hédoniste ? »

« Je ne sais pas. Tu parles d'une punition ?

« Non. Mais une revanche de la Nature. »

« Je suis assez d'accord avec ça. C'est une possibilité : si on ne respecte pas la terre, des choses graves arrivent. Je ne veux absolument pas la fin de l'humanité mais lorsque tu vois à quel point on déconne parfois avec la pollution, par exemple, c’est grave. J’espère que l’on va réfléchir à tout cela. »

« Soul-sick nation » est un morceau contre l’administration Trump ? »

« Non, c'est un morceau qui parle des maladies mentales, de la dépression...Cela a touché beaucoup de gens autour de moi. Cela parle de tes démons intérieurs, démons qui peuvent te ronger. »

« The path of the totalitarian » est une critique des différents totalitarismes ? »

« C'est une critique des réseaux sociaux, sur le fait que les gens n'aient pas de vraies discussions. Chacun donne son opinion sans se soucier de ce que les autres peuvent penser. Chacun vit dans son propre monde, isolé dans sa bulle. »

« Les thématiques du disque sont assez sombres. »

« C'est vrai. Nous vivons des temps difficiles. Ce n'est pas un concept-album mais quelque part il l'est devenu au fil de l’écriture. C'est une réflexion autour de la société moderne. Ce disque reflète mes observations du monde qui nous entoure. »

« La pochette est dans le même style que celle de vos précédents albums. »

« Oui, il y a une continuité visuelle d'un disque à l'autre. La pochette ne reflète pas nécessairement ce que disent les paroles du disque. Elle montre l'évolution de l'Humanité. »

« Tu as produit toi-même l'album ? »

« Avec l'aide de Mike Bear qui avait produit nos deux derniers disques. J'aime bien avoir quelqu'un avec moi en studio pour m'aider pour mes parties guitare et chant. C'est assez stressant de produire. Que quelqu'un soit là, avec toi, t'aide à enlever cette pression. »

« Vous avez quitté Relapse Records pour Season of Mist. Pourquoi ? »

« Relapse avait l'air de ne pas trop s'intéresser au marché Européen. On a joué en France en 2015 avec Loudblast. On a eu envie de se développer en Europe. Season of Mist est un label français. Cela sera plus facile avec eux pour atteindre nos objectifs à ce niveau. »

« Vous vous sentez bien sur ce label ? »

« Très bien. Ce sont des gens très cools. »

« As-tu peur que les gens puissent passer à côté de l’album à cause du Covid-19 ? »

« On avait pensé à repousser la sortie de l'album en Europe. Les gens ne pourront pas aller l'acheter dans les magasins de disques. Cela sera dur de l'acheter en physique pour le moment mais les fans seront toujours là après l'épidémie. »

« Vous le sortez aussi en cassette. »

« Oui. J'aime bien l'objet. Nos fans sont des collectionneurs. Beaucoup de metal-heads le sont. Je n'ai pas de lecteur K7 moi- même mais c'est un bel objet. »

« Vous viendrez jouer en Europe prochainement. »

« Si tout va bien, nous viendrons en Europe en Décembre. Je pense et je l’espère en France. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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