Interview

KRUTON (2020) - Vojta (parolier) et Jérôme (basse)

Kruton est un groupe inclassable. Ces Tchéques mélangent dans leur musique, trash, death, jazz et avant-garde dans un mélange détonnant. Leur troisième album, « Šeď strachostánků » sorti en début d'année est une œuvre totalement à part. Un groupe novateur que nous avons eu la chance d'interviewer à Prague. Rencontre avec Jérôme et Vojta.

« Le groupe existe depuis dix ans. Comment s'est faite la formation du groupe ? »

« Le batteur et le guitariste étaient dans un groupe punk. Ils ont voulu faire autre chose. Ils ont commencé par un mélange de metal et de rock. Le premier album est très différent de ce que l'on fait aujourd'hui. »

« Vous n'aviez plus sorti d'album depuis 2015. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de sortir un nouveau disque? »

« Cela bloquait au niveau des textes. Nous voulions quelque chose de bien ciselé. Le studio a également pris du temps. »

« Comment Vojta s'est intégré au groupe en tant que parolier ? »

« On avait quelqu'un qui écrivait de bons textes mais il n'avait pas trop le temps. Nous avons trouvé un poète mais cela n'a pas collé et enfin Vojta est arrivé. Il a réussi à comprendre ce que nous voulions précisèment. »

«Vojta, quelle est la tonalité des textes que tu as écrit pour l'album? »

« J'ai travaillé à partir du personnage de John Doe. Les textes parlent de la religion et de ce personnage qui n'a pas de nom. Il y a la vie, la souffrance de John Doe ainsi que de nombreuses références à la Bible, à St Jean, à la création du monde. C'est un concept-album autour de John Doe, de sa naissance à sa mort et même au-delà. Dans la langue tchèque, le mot pour le bas du dos et la croix est le même. Je parle de l'homme qui tombe, qui se fracture à ce niveau.»

« Tu es un grand lecteur de la Bible ? »

« Oui. Je ne suis pas croyant mais lorsque j'étais au lycée, je travaillais dans une église. J'y passais tout les week-end. Mon père est sculpteur et son travail est basé sur le christianisme. Je lis la Bible. C'est un texte violent. Les illustrations de la Bible le sont également. Mes textes pour l'album sont basés sur la Bible mais aussi sur le satanisme. Le monde fictif que nous avons crée n'est que violence et mort.

« A Prague, il y a de nombreuses légendes, du Golem à Kafka. Cela influence ton écriture ? »

« Les Praguois sont presque toujours influencés par Kafka. « La Métamorphose » est un grand texte comme si nous étions tous John Doe et que nous ne pouvions pas trouver d'issue. »

« Comment est venue l'idée de faire un livre qui accompagnerait l'album ? »

« Lorsque l'album a été terminé, je me suis rendu compte que j'avais encore d'autres textes. On voulait complèter l'album par ce livre. On a même parfois vendu le livre sans que les gens n'achètent l'album car ils peuvent avoir celui-ci en digital. »

« Vous allez poursuivre cette collaboration ensemble à l'avenir ? »

« Oui, tout à fait. »

« Et l'idée de faire un concept-album ? »

« Nous aimons les groupes qui en ont fait : Dimmu Borgir, Maiden, Dream Theater. Avec un concept-album, on peut utiliser les même riffs qui reviennent encore et encore. »

« Vous mélangez trash et des genres non metal, comme du jazz, du classique. Vous vous considérez comme un groupe trash ? »

« Pour nous, nous ne le sommes pas. Nous aimons le metal mais aussi le classique. On a trouvé des musiciens qui étaient capables de faire des trucs jazz. Ces passages jazzy sont quasiment de l'impro. »

« Vous écoutez quoi ? »

« Du In-flames, du black-metal, du metal-moderne, du death-melo, du heavy mais aussi du classique ou de l'avant-garde metal comme Misanthrope. »

« Il y a ce côté avant garde chez vous d'ailleurs. »

« Oui, c'est vrai. »

« On vous qualifie souvent de trash technique ou de tech/death. »

« Je n'arrive pas à comprendre cela. Les groupes techniques pour moi, c'est Obscura, Misanthrope. On est peut-être vu technique car de nombreux groupes tchéques évoluent dans le grind. Et évidemment, nous sommes loin de cela. »

« La longueur des morceaux est liée à la complexité des textes ? »

« Les textes ont été rajoutés à la fin. Nous aimons creuser. Nous aimons les morceaux longs pour pouvoir développer une histoire. Les symphonies dans le classique duraient une heure, deux heures, le temps de développer l'Histoire. Nous voulions quelque chose qui soit dans cet esprit. »

« Malgrè les textes qui le sont, la musique n'est pas si sombre que cela. »

« C'est vrai. Il y a même des passages lumineux à la Pink Floyd. Nous aimons introduire des moments de répit dans notre musique. »

« L'album est sorti juste avant la crise sanitaire liée au Covid-19. Comment cela s'est-il passé ? »

« La soirée de lancement s'est très bien passée. Nous avons ensuite été invités à la radio nationale. C'est plus difficile de jouer à Prague qu'ailleurs en Tchéquie. Si un groupe comme Arch Enemy passe un soir ou qu'il y a un match de foot ou de hockey, c'est mort pour toi. Lorsqu'un gros groupe passe, c'est blindé mais c'est dur pour les plus petits groupes. C'est plus facile ailleurs en Tchéquie. »

« Comment voyez-vous la scène metal tchéque ? »

« Elle est basée sur la violence de la musique. Nous sommes souvent trop soft pour jouer avec d'autres groupes. Il manque souvent un côté mélodique chez de nombreux groupes. Il y a plein de petits groupes dans la scéne nationale et deux groupes sont connus à l'international : Master Hammer et Cult of Fire. »

« Vous me semblez plus expérimental que la plupart des groupes metal tchéque. »

« Nous nous sommes fait plaisir. Vu que personne aujourd'hui n'achète de disques, nous nous sommes dit faisons ce que nous voulons sans se poser de limites. »

« Vous chantez en Tchéque. Pourquoi ? »

« Cela enlèverait l'essence de la musique si nous chantions en Anglais. Les idées passent mieux en Tchéque. Avec l'anglais, il y aurait moins d'originalité. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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