Interview

WHEEL (2021) - James Lascelles (Guitare)

Deux ans après « Moving Backwards » les Finlandais de Wheel nous reviennent avec un excellent « Resident Human ». Un disque de très bon rock progressif teinté de metal qui montre qu’il va falloir compter avec ce groupe. Entretien avec leur fort sympathique chanteur-guitariste James Lascelles.

« Votre premier album, « Moving Backwards » avait reçu d’excellentes critiques. Est-ce que cela vous a mis de la pression au moment de composer ce nouveau disque ? »

« Un peu, oui. Nous essayons à chaque fois d’explorer de nouvelles choses musicalement. « Moving Backwards » avait un son très industriel. Nous avons voulu pour cet album être le plus honnête possible. »

« Ce disque semble être la continuité du premier avec de très longs morceaux. D’où vous vient ce goût pour les longs morceaux ? »

« De la liberté de la musique progressive. C’est une musique qui te permet de ne jamais être limité dans quoi que ce soit. C’est intéressant d’organiser le chaos à l’intérieur d’un morceau de neuf minutes. Les gens ont l’habitude d’écouter de courts morceaux. Je pense qu’il est intéressant de leur faire découvrir de longs titres. »

« Plus qu’un groupe de metal-prog je vous considère plutôt comme un groupe prog avec des éléments metal. »

« C’est assez juste (rires). Je suis très fan de Pink Floyd. Je les ai découvert grâce à mon père. Je me souviens de la première fois où j’ai entendu « Meddle », de la noirceur de ce disque. Nous aimons le son metal, les riffs. Il y a des titres dans le disque qui le sont. Mais nous aimons aussi les titres très prog comme « Old earth » qui conclut le disque. »

« Votre musique est très complexe. Vous passez à l’intérieur d’un même titre d’un son metal à un autre prog à un autre grunge tout en restant cohérent. »

« Nous travaillons et retravaillons les morceaux. Nous y passons des heures et des heures. Nous avons au cours de l’élaboration de ce disque changé les transitions à l’intérieur des morceaux. On ne veut pas complexifier la musique pour la complexifier. Nous voulons que notre musique soit comme un voyage. »

« Il y avait des références à Orwell dans « Moving Backward ». Nous y sommes maintenant. »

« J’aurais aimé n’être pas prophétique. J’espère que notre musique peut-être une façon pour communiquer avec le monde. Les choses changent en mal dans la société, d’une manière non solidaire. Il y a vingt ans les gens pouvaient ne pas être d’accord entre eux mais ils discutaient. Aujourd’hui s’ils ne sont pas d’accord ils veulent s’entretuer. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé récemment aux Etats-Unis. Il y a de plus en plus de confusion, de fausses informations utilisées pour dévaloriser l’humain. La musique et l’art permettent aux gens de débattre de leurs différents points de vue. »

Les morceaux «Dissipating » et « Hyperion » sont inspirés par « Les Cantos d’hypérion » de Don Simmons. Tu lis beaucoup de SF ? »

« J’en lisais beaucoup dans le passé mais plus trop désormais. Don Simmons a dit des choses très intéressantes. Dans le cycle des « Cantos D’hypérion » Simmons s’interroge notamment sur la question de peut-on tuer les autres. « Dissipating » explore les différences qu’il y a dans l’univers. Nous nous interrogeons dans ce morceau sur les valeurs actuelles. « Hyperion » parle de notre trajectoire de la naissance à la mort, de cette trajectoire que nous ne pouvons dévier. Tout ce qui se passe actuellement dans le monde a une signification. On pense souvent que la SF est un peu débile mais même la série Star Trek qui peut paraître kitsch raconte une super histoire. »

« Vous voulez signifier que nous sommes tous égaux de notre naissance à notre mort ? »

« Oui d’une certaine façon. Nous sommes effectivement tous égaux. On avait écrit un morceau sur notre deuxième Ep à propos de la façon dont les journaux anglais parlaient des réfugiés. Ils les décrivaient comme des insectes ce qui étaient choquant. Nous essayons de nous améliorer en tant qu’humains. »

« On vous compare souvent à Tool mais vous me faites davantage penser à Soen. »

« On les connait très bien. Nous avons tourné avec eux en 2019. Toute cette tournée avec eux a été un moment magique. Aller d’une ville à une autre, voir des gens qui parlent différentes langues. Et tu te rends compte au final que tous ces gens sont semblables, qu’il n’y a pas de différence fondamentale. »

« Comme chez Soen il y a chez vous une dimension sociale et politique. C’est assez rare dans le metal. »

« La musique et la politique ont toujours été liés. Dans la folk 60’s mais cela a aussi existé dans le heavy metal avec Black Sabbath notamment. J’ai eu plein de discussions super intéressantes avec Martin Lopez de Soen dans le tour-bus autour de questions politique et sociale. »

« Est-ce que l’épidémie de Covid a influencé d’une façon ou d’une autre le disque ? »

« Oui. Avec l’annulation des concerts nous avons eu plus de temps pour l’album. Nous nous sommes tous interrogés dans le groupe l’an dernier autour de questionnements existentiels. On peut s’interroger également sur le fait de savoir ce que les gens feront de leur vie, s’ils passeront plus de temps avec leur famille, par exemple. Cela a été une période étrange pour faire un disque mais cela nous a permis de bien approfondir les choses. »

« Tu es anglais. Comment t’es-tu retrouvé à jouer dans un groupe finlandais et à vivre en Finlande ? »

« Lorsque j’étais étudiant en Angleterre, j’étais dans plusieurs groupes. L’un des mecs avec lequel je jouais m’a dit qu’il avait des concerts en Finlande. Je l’ai accompagné. Là-bas j’ai rencontré les mecs avec lesquels j’allais monter Wheel. Je ne pensais pas faire carrière à ce moment-là mais simplement faire la musique que j’aimais, celle dont j’avais envie. »

« Est-ce que les grands espaces finlandais influencent votre musique ? »

« C’est possible. »

« L’album sort ces jours prochains. Vous deviez tourner en Avril. Est-ce que cela aura lieu ? »

« C’est bien de sortir cet album maintenant. Cela peut-être une distraction pour les gens en ces temps difficiles. Pour les tournées nous devons être patients. Cela arrivera quand ça arrivera. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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