Live Report

HEART SOUND METAL FEST 2019 - Sucy En Brie - 6/4/2019

 
On vous avait annoncé le festival au grand cœur à ne pas louper de ce début de printemps, une date célébrant aussi bien le metal moderne que la générosité : le Heart Sound Metal Fest, qui se tint samedi 6 avril à Sucy-en-Brie.

Cette quatrième édition fut ma première, mais je pense pouvoir dire sans me tromper que le festival connaît un succès et une ambition grandissants, mesurables à l’affluence des spectateurs comme à la qualité de l’affiche, avec des noms de plus en plus prestigieux année après année : qui aurait pu parier sur la venue de Leprous en tête d’affiche il y a encore une édition ou deux ? Cependant, un événement qui prend de l’ampleur est parfois un événement qui prend du retard, et ce fut le cas pour le HSMF : à cause de différents problèmes techniques pendant les balances l’entrée ne s’est pas faite à 15h comme prévu mais après 16h30, ce qui commençait à faire un peu longuet dans la mesure où nous attendions tous dehors, devant les portes closes, sans trop d’informations… Peut-être Roland Rab, le président de l’association Ensemble contre les leucémies, à laquelle tous les bénéfices du fest sont reversés, aurait-il pu caser son intervention au sujet du don de plaquettes, de sang et de moelle osseuse à ce moment, alors que nous étions tous rassemblés et désœuvrés, donc potentiellement prompts à être attentifs, plutôt que de nous photographier avec son portable depuis la baie vitrée de l’étage ? On prend néanmoins tous notre mal en patience, presque plus embêtés pour les bénévoles que pour nous, vu qu’ils sont stressés, désirent que tout se passe bien, et donnent vraiment de leur personne pour que le fest soit un succès. Hormis ce retard, la journée s’est déroulée de façon fluide une fois les concerts démarrés, donc venons-en au vif du sujet.

Le groupe chargé d’ouvrir le bal était Promethean, une formation parisienne de black death symphonique, et ils ont démarré presque aussitôt après l’ouverture des portes, par une petite intro au synthé, pour entrer ensuite dans le vif du sujet avec une poignée de titres beaucoup plus bourrins. La salle était encore un peu timide mais le groupe ayant un bon noyau dur de fans, l’ambiance s’est installée progressivement, grâce à l’implication visible de tous les membres du groupe : chanteur habité, poussant de lourds hurlements, batteur déchaîné, guitaristes énergiques amassant les riffs plus ou moins épiques ou techniques selon les moments, bassiste monté sur ressort, claviériste tout sauf statique aux headbangs photogéniques. Dommage que le son n’ait pas été à la hauteur de leur belle énergie, surtout au début : par moments le chant était coupé, parfois les guitares n’étaient plus audibles, ce qui était un peu frustrant, et ne permettait pas de profiter totalement de leur univers lovecraftien. De plus leur set a dû être raccourci à cause du retard pris au démarrage. Un groupe à revoir plus longtemps une prochaine fois donc.

Setlist : Intro / The Nameless Colour / A Forbidden Symphony / L’Indicible / Niobides

Deuxième groupe de l’après-midi : Stömb, et leur savant mélange de prog rock instrumental aux touches djent et post rock. L’ami avec qui j’étais venue m’avait dit redouter qu’un set intégralement instrumental soit ennuyeux, et au bout de deux minutes il retirait déjà ce qu’il avait dit, aussi envoûté que moi, et que la grande majorité du public, face à l’efficacité mélodique du groupe parisien. Le bassiste et frontman était captivant à regarder, sur fond de vidéos ornementales psychédéliques, avec ses déplacements ondoyants qui m’ont rappelé le bassiste de My Sleeping Karma, les autres musiciens étaient un peu plus statiques, mais très agréables à observer tout de même tant ils étaient concentrés sur la technicité de leur jeu. Le son était parfait cette fois, permettant de saisir tous les instruments individuellement, et le groupe a réussi à installer une atmosphère unique grâce à leur musique à la fois précise et limpide, saccadée et dansante ; un mélange des genres tout en contrastes on ne peut plus réussi. Le temps m’a paru suspendu et j’aurais pu écouter d’autres titres encore et encore, un vrai coup de cœur que Stömb. (Petit clin d’œil inter-groupes : le claviériste de Promethean portait un t-shirt Stömb, tandis que le guitariste de Stömb, lui, portait un t-shirt Promethean. Sympa et fair play de faire la promo des autres groupes, la solidarité metal francilienne !)

Setlist : Terminal City / Under the Grey / We, the Duality / Corrosion Juncture / Veins of Asphalt

Place ensuite à un groupe d’un tout autre style : The Dali Thundering Concept. Aucun risque cette fois de fermer les yeux en se laissant porter par la musique pour se balancer, hypnotisé – à moins de vouloir se manger un circle pit sans l’avoir vu venir. Ce groupe parisien pratique le hardcore djent, parfois mâtiné de jazz, soit à peu près tous les styles auxquels je suis hermétique. J’assiste devant la scène aux deux morceaux qui me sont alloués, puis j’écoute encore un peu le début d’un troisième morceau, avant d’aller prendre un peu l’air… L’ensemble était bien réalisé, énergique, le chanteur était surexcité, l’ensemble était brutal et technique, avec des breaks efficaces, de quoi satisfaire les coreux, mais c’est vraiment un style que je n’assimile pas, et auquel je ne peux accorder des points que de façon totalement extérieure, et sans y prendre le moindre plaisir.

Setlist : Ostrich Dynasty / The Myth of Happiness / Phoenix / Cassandra / There is no calm before the Storm / Ink / Realism

J’en profite donc pour aller jeter un œil au merch’, qui est fourni et de qualité, mon porte-monnaie m’envoie des signaux… En attendant de voir si je craque ou non, j’opte pour un petit jus de pomme artisanal, pendant que mon ami achète son premier muffin (sur trois). La vraie question qui se pose au sujet de l’espace buvette et restauration est : qu’avez-vous mis dans les boissons et dans les gâteaux pour qu’ils soient si immédiatement addictifs ? De la cocaïne ? On a passé la soirée à vouloir reprendre, qui du jus de pomme, qui des muffins… J’ai même failli faire un saut à la buvette pendant le concert de Leprous pour me faire resservir, improbable quand on sait quel amour je voue à ce groupe, qui a failli être temporairement évincé par un jus de fruit. Le mystère reste entier, un grand bravo aux fournisseurs de ces délices !

Quatrième groupe au programme du jour, le quatuor danois Vola. Après de longues balances, le groupe nous embarque pour un voyage musical aux multiples revirements, entre prog, électro, indus, metal et rock, déclinant une large gamme de nuances. Le chant clair du frontman chanteur et guitariste Asger Mygind tombe à point nommé à ce moment de la journée pour nous offrir une petite plage un peu plus reposante entre plusieurs groupes pêchus au growl retentissant, et il présente un contraste intéressant avec les riffs de guitare pesants et les rythmes très marqués de la batterie et du clavier. Le set de Vola a joliment panaché des refrains pop, des passages instrumentaux planants, des hymnes repris par le public, des chœurs atmosphériques et des moments un peu plus techniques et musclés. Cependant je n’ai pas réussi à entrer totalement dans l’univers présenté par le groupe, il m’a manqué un petit quelque chose pour que tous les éléments opèrent ensemble. Le chant clair du frontman associé aux rythmes brisés et aux montées en puissance prog m’ont parfois fait penser à Opeth ou Devin Townsend, mais sans me subjuguer, comme si c’était un peu trop travaillé et lisse, un peu trop propre peut-être.

Setlist : Smartfriend / Starburn / Ghosts / Your mind is a helpless dreamer / Alien Shivers / Ruby Pool / Whaler / Stray the Skies

Pendant le changement de plateau, Roland Rad, le président de l’association Ensemble contre les leucémies, accompagné par Jean-Baptiste Mutti, le créateur du Heart Sound Metal Fest, sont venus sensibiliser le public aux différents dons aidant à lutter contre les leucémies, expliquant notamment comment s’inscrire – sur place pour les personnes qui le souhaitaient – sur le registre des donneurs potentiels.

Encore un changement de registre radical avec les Alsaciens de Smash Hit Combo, pour un set branché sur le secteur, fait de rapcore mâtiné de djent, de nu metal, de deathcore et d’électro. La description ne me laissait pas présager que j’allais passer avec eux l’un de mes meilleurs concerts de la journée – et un des plus motivants depuis longtemps. Inutile d’essayer de résister à l’énergie de ces mecs, qui emportent tout sur leur passage, et surtout la léthargie ! J’ai passé une heure à sauter sur place, au même rythme que les deux chanteurs qui étaient de vrais Marsupilamis, toujours en mouvement, à exhorter la foule, animer entre les morceaux, nous demander si on aime les mangas, si on est des hardcore gamers… Le discours est bien rôdé, mais il passe crème, en tout cas pour moi qui les découvre et suis séduite par leur punch. À coups de « Allez les geeks, on se bouge sur celle-là ! », les deux chanteurs lancent les hostilités, et c’est parti pour une vague de slams, pogos et circle pits. L’un des chanteurs est même descendu dans la fosse, pour se placer au milieu d’un wall of death, réclamant « Le but du jeu c’est de me couper en deux ! », je ne vous raconte pas le défouloir. Le guitariste dénotait un peu du reste du groupe en semblant être sur un autre rythme, beaucoup moins frénétique mais plus posé, avec ses mouvements amples, son sourire constant et son allure de sérénité tranquille, le contraste était intéressant à regarder. Super cohésion de groupe en tout cas, des musiciens qui semblaient prendre plaisir à jouer ensemble, la patate du début à la fin, une énergie on ne peut plus communicative, un vrai bon moment !

Setlist : RPG / Toujours plus / In game / Spin the Wheel / 2.0 / Die and Retry / Hardcore Gamer / Animal Nocturne / Baka

Encore un grand écart stylistique pour l’entrée en piste des Suédois de Humanity’s Last Breath, pour leur première scène parisienne. Ils installent aussitôt une nappe de noirceur avec leur deathcore prog extrêmement lourd et malsain, dès les premiers riffs de guitare le ton est donné, on n’est pas là pour rigoler, mais plutôt pour se faire laminer. Le rythme est saccadé, le chant est violent, les musiciens ne communiquent pas avec le public et semblent complètement dans leur trip, d’ailleurs le chanteur est presque totalement caché, entre la capuche de son gilet et ses longs cheveux – entre ça et les lumières monochromes et l’épaisse fumée, obtenir le moindre cliché potable devient un sport olympique. Je ne suis pas assez friande des ambiances musicales aussi sombres et dépressives pour percevoir la différence entre les morceaux, j’ai rapidement l’impression d’un brouhaha qui finit par me donner l’impression d’avoir la tête dans la machine à laver pendant le cycle essorage, aussi je finis par sortir de la salle en attendant Leprous, comme pas mal de monde – c’est la conséquence d’un style volontairement extrême, ne pas faire l’unanimité, même quand on est très bon dans son domaine. Même dans le couloir, assise contre le mur, j’ai le dos qui vibre des basses impressionnantes de Humanity’s Last Breath.

Setlist : nouveau titre / Harm / Bellua pt 1 / nouveau titre / Abyssal Mouth / Detestor / Human Swarn / nouveau titre / Ocean Drinker

À 23h30, l’heure à laquelle le festival devait s’achever, la très attendue tête d’affiche, j’ai nommé Leprous, n’est pas encore sur scène, et les balances durent, durent… Je me demandais si beaucoup de gens allaient devoir fuir avant minuit telle Cendrillon, mais non, la foule est toujours dense, une bonne partie des festivaliers tient bon et profite de chaque instant, quitte à devoir repartir en Uber, ouf. Les Suédois arrivent enfin, acclamés par le public, munis de leur « choixpeau magique », accessoire indispensable au bon déroulement de leur concert spécial : en effet ils ont mis en place une exclusivité pour les spectateurs de Sucy-en-Brie, un concert en mode « shuffle », où tous les titres de

la setlist, écrits sur des petits papiers, furent piochés au fur et à mesure dans un chapeau par des membres du groupe, de l’organisation ou par des festivaliers. Dans la fosse, chacun y allait de son petit commentaire, faisant des pronostics sur les chansons qui allaient sortir, sur celles qui devaient être laissées de côté, ou celles qui devaient absolument être jouées… Une sacrée contrainte ludique que ce concept de concert, qui nécessitait assurément que les musiciens soient au taquet sur n’importe quel titre, et puissent se réaccorder rapidement entre les morceaux, un défi à la hauteur de vrais artistes talentueux qui n’ont plus à faire leurs preuves. Les morceaux désignés par le sort furent surtout issus des derniers albums, « Malina » et « The Congregation », malheureusement pour moi qui suis surtout adepte de Leprous première période. Le set fut globalement calme, beaucoup de ballades prog rock déchirantes, permettant à la maestria du chanteur Einar Solberg de s’exprimer, maniant toujours aussi bien sa voix si reconnaissable – Leprous étant pour moi un des groupes qui passe le mieux de l’album studio à la scène, sans fausse note. La guitare et la basse épousent parfaitement le clavier, le son est suffisamment bien réglé pour pouvoir profiter de toutes les subtilités instrumentales, même si l’ambiance est un peu calme et qu’il aurait pu être plaisant de bouger un peu plus, l’on ne peut pas nier que c’était un excellent concert, hyper propre, permettant de se sentir en communion avec le chant cristallin d’Einar par moments. Pour le dernier morceau Einar décide malgré tout de tricher un peu, et tente de faire disparaître le papier pioché, en faisant mine d’en faire une boulette à avaler, comme un écolier pris en faute : la dernière chanson sera The Price, seule petite dérogation au « shuffle mode », afin de satisfaire tout le monde.

Setlist : Rewind / Lower / Acquired Taste / Leashes / Bonneville / Triumphant / Captive / Echo / Salt / Down / The Price

Il est presque une heure du matin lorsque s’achève cette quatrième édition du Heart Sound Metal Fest. L’on a tous un peu les jambes en compote et le dos en vrac, mais le sourire aux lèvres. Les bénévoles se relâchent enfin, heureux d’avoir mené à bien cette journée pour laquelle ils se sont tant investis. Malgré quelques petites ombres au tableau – le décalage induit par le retard initial, les lumières monochromes et la fumée très épaisse qui rendaient difficile la prise de photos, l’absence de pit qui compliquait un peu la tâche – je garde surtout une impression très positive de cette journée. Mentions spéciales à mes coups de cœur Stömb et Smash Hit Combo dans deux styles très différents, à la programmation très variée du fest mettant à l’honneur une large gamme de metal moderne, au jus de pomme addictif auquel j’ai encore repensé le lendemain (c’est fou), à l’implication et à la bonne humeur des bénévoles sur place, à la qualité du merch sur les stands, à Leprous qui montre qu’un groupe peut avoir autant de talent que de succès sans toutefois prendre la grosse tête ou tourner en rond, qui sait se réinventer et communiquer toujours tant et plus avec ses fans. Une bien belle alliance du Heart Sound Metal Fest et de l’association Ensemble contre les leucémies, on a hâte de connaître la date et l’affiche de la prochaine édition, afin de se mobiliser encore pour la bonne cause.
 
Critique : Elise Diederich
Date : 6/4/2019
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