Live Report

HELHEIM - VULTURE INDUSTRIES - Backstage By The Mill - Paris - 29/4/2019

 
C’est une soirée musicalement riche qui s’annonçait au Backstage by the Mill lundi 29 avril, avec pas moins de quatre groupes sur scène, Caelestia, Madder Mortem, Vulture Industries et Helheim, pour une soirée à 75% norvégienne. Quelques jours avant, le premier groupe, Caelestia, a été retiré de l’affiche, et nous n’avons pas eu de réponse quant à la présence ou non de ce groupe. L’on nous a également dit qu’exceptionnellement il n’y avait pas de running order cette fois, mystère. Quand j’arrive sur place, le concert a déjà commencé, car finalement Caelestia est bel et bien là ! Je m’approche pour voir ce que donne ce groupe que je ne connais pas du tout.

Seul groupe grec de la soirée, Caelestia joue du death mélodique et symphonique, avec un combo qui pourrait être efficace : une chanteuse, deux guitaristes, deux bassistes dont un qui assure aussi des vocaux growlés, et un batteur. Les compos sont plutôt efficaces, certains passages sont vraiment agréables, mais j’ai beaucoup de mal avec la voix de la chanteuse, trop aigue pour moi et pas toujours juste, ce qui me sort trop souvent de l’ambiance des chansons. De plus, je reste un peu à distance à cause de l’aspect visuel du groupe, qui ne me paraît pas très cohérent et fait un peu amateur : la chanteuse, en pantalon hyper moulant et talons aiguilles, se tortille en prenant des poses lascives à contretemps, pas très à propos, alors que certains membres du groupe sont presque invisibles sous leurs capuches géantes, les quelques tentatives d’interaction du groupe avec le public sont un peu artificielles et ne font pas mouche… Bref ce n’est pas réellement mauvais, les solos de guitare sont même plutôt bons, mais il n’y a rien de très inédit et j’ai un peu l’impression de voir un groupe débutant jouer à la fête de la musique ou répéter dans un garage.

Il en faut pour tous les goûts, et heureusement ce petit manque de connexion musicale est très vite oublié dès qu’entrent en scène les cinq membres de Madder Mortem, premier groupe norvégien de la soirée. Formé d’une chanteuse, de deux guitaristes, d’un bassiste et d’un batteur, Madder Mortem distille son metal progressif aux accents doom et atmosphériques depuis 1997, et est un pilier de la scène avant-garde nordique. Ayant déjà vu le groupe il y a une paire d’années, je sais déjà que je vais passer un excellent moment, et ça ne loupe pas, il faut dire que la chanteuse, Agnete, est incroyable de sympathie, elle envoie des bonnes ondes à des kilomètres à la ronde ! Elle semble aux anges d’être là, et le fait que le public soit peu nombreux ce soir au Backstage lui permet de nous voir les uns les autres et de reconnaître quelques têtes qu’elle a déjà vues en concert. Elle discute vraiment avec nous entre les morceaux, trinque, est touchante de sincérité quand elle s’exprime et cela donne vraiment l’impression de vivre un moment particulier. Quand elle chante elle semble nous raconter personnellement des histoires en les vivant intensément. Les musiciens ne sont pas en reste, et sont super expressifs et énergiques, toute la troupe semble en osmose, et c’est un régal de les regarder se donner à fond et échanger avec nous. Voix puissante et bien maîtrisée, prestance, des musiciens qui vont droit au but avec peu d’effets de style, guitares et basse tantôt envoûtantes tantôt narratives, que demander de plus ? Le set est passé extrêmement vite et le groupe laisse place à ses compatriotes de Vulture Industries.

Setlist : Untethered / Liberator / Moonlight over silent white / The little things / Until your return / My will be done / Marrow / Far from home / Fellow Season / Underdogs

J’avais aussi très hâte de revoir Vulture Industries, vus en octobre 2017 dans cette même salle : je me demande ce que le chanteur va pouvoir inventer comme facétie, après avoir couru et dansé sur le bar la dernière fois ! En tout cas depuis un an et demi, leurs tenues de scène n’ont pas changé : un savant mélange de chemises à fleurs pour certains, de bretelles pour d’autres, pieds nus ou pas. Les cinq gaillards mettent tout de suite une ambiance de folie, Bjørnar Nilsen en tête, qui n’a pas volé son titre de frontman. Il ne lui faut pas plus de quelques secondes pour devenir une créature surprenante et imprévisible, qui chante en articulant beaucoup et ouvrant grand la bouche, écarquillant les yeux, exécutant des pas de danse ou des mouvements chaloupés, en agitant et frappant un instrument peu banal pour un chanteur de metal : un tambourin. Les paroles des chansons sont parfois sombres ou cyniques, évoquent la fin du monde, la folie, les affres de nos sociétés modernes, portées par une interprétation déjantée, tirant vers la représentation de cirque ou de freak show. Les instrus évoquent parfois Leprous ou Ihsahn, mais la plupart du temps c’est une atmosphère franchement unique qui se dégage de la musique de Vulture Industries. Les guitaristes et le bassiste assurent comme il faut le spectacle, en échangeant régulièrement leur place sur scène, gratifiant le public de grimaces. La crinière d’or de Raiponce du guitarist Elvind Huse est aussi un spectacle en soi mais c’est un autre débat. Le Backstage est vraiment une salle parfaite pour accueillir des groupes endiablés qui jouent avec le public et se rapprochent le plus possible des spectateurs, autant dire la salle rêvée pour Bjørnar, qui tel un Gremlin nourri après le coucher du soleil, est rapidement parti faire le zouave dans la fosse, pour la plus grande joie de tout le monde. Pas de tour sur le bar pour l’olibrius cette fois, mais une revisitation très subjective de la notion d’espace personnel, puisqu’il s’est amusé à coller sa tête contre celle d’une bonne vingtaine de personnes dans le public, chantant à quelques centimètres des visages des spectateurs – ce qui lui a valu quelques bisous sur le front voire sur la bouche – ou empruntant leurs portables pour faire des selfies avec eux. Après avoir parcouru une bonne partie de la salle dans une trajectoire erratique, il nous a laissé un peu de répit pour nous remettre de nos fous rires en remontant sur scène pour un morceau, en passant à l’accordéon cette fois… avant de redescendre assez vite pour lancer une chenille aussi ridicule que réjouissante. Le moins que l’on puisse dire c’est que Vulture Industries est un groupe qui sait chauffer une salle, quelle marrade ! Et à côté de ça une musique typée et solide, sur des textes bien ficelés et lucides, incontournable quoi.

Setlist : Sleepwalkers / Tales of woe / The pulse of bliss / Strangers / Deeper / The hound / Blood don’t eliogabalus

Après un show tellement intense je me demandais si j’allais pouvoir être saisie par l’univers du groupe suivant, que je ne connaissais pas, et si l’ambiance allait être aussi prenante que pour Vulture Industries. Eh bien oui. Dans un style diamétralement opposé, beaucoup plus solennel et viscéral, Helheim prend aux tripes avec son black metal pagan, et je suis vite subjuguée par les morceaux longs qui sont d’une intensité que je n’avais pas rencontrée depuis longtemps en concert. Je dois dire que je suis contente de les découvrir sur scène plutôt que sur album, car je suis ravie d’être surprise et de pouvoir me laisser complètement mener par les morceaux, sans savoir ce qu’ils me réservent. Certaines plages sont plus atmosphériques, d’autres plus agressives, et les voix du frontman et du guitariste-chanteur se répondent merveilleusement bien, l’une plus claire et l’autre plus gutturale. Je reste suspendue à chaque note lors des passages lents, et suis complètement immergée dans la musique lorsque la batterie se fait plus présente et que les chants montent en puissance. La mise en scène du show est bien pensée et très appropriée, les images qui défilent derrière le batteur sont belles et en accord avec le style du groupe, et la façon dont des bribes d’images viennent orner les visages des musiciens est très plaisante, un peu hypnotisante. De temps en temps une épaisse fumée colorée vient envahir la scène, mais cela reste suffisamment rare pour que cela soit un ajout visuellement. En contraste avec le côté imposant et sérieux de la musique, le frontman s’adresse très simplement au public, en nous demandant de nous rapprocher, ou en disant qu’il ne comprend pas les groupes qui se plaignent quand il n’y a pas beaucoup de monde dans la salle, comme ce soir, au lieu d’être déjà contents de voir présents ceux qui sont là et de donner le meilleur pour ceux-là qui se sont déplacés. Bien dit, et c’est chose faite, le public, qui était présent ce lundi soir au Backstage, même s’il n’était pas très nombreux, n’a pas boudé son plaisir. Une très belle découverte pour moi que cet autre groupe norvégien, qui a clôt la soirée en beauté et dans un style tranchant avec les formations précédentes, dont j’ai hâte d’écumer la discographie.

Setlist :LandawarijaR / RaunijaR / Ísuð / Rista blóðørn / Ymr / Rignir / Dualitet og ulver / Baklengs mot intet

Après plus de 4h au Backstage, il est temps de quitter les lieux, après cette soirée faite de musique de qualité, d’échanges avec les groupes comme avec les spectateurs, de bonne humeur et de beaucoup de rires, d’un peu de transe aussi. Une très belle soirée en somme, comme Garmonbozia en a le secret.
 
Critique : Elise Diederich
Date : 29/4/2019
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