Live Report

EQUILIBIRUM - LORD OF THE LOST - Trabendo - Paris - 21/1/2020

 
Mardi 21 janvier 2020, direction le Trabendo, munie de mon appareil : après un mois et demi fort dénué de concerts en raison de la grève, les transports redeviennent plus praticables et je reprends enfin du service. Ce premier concert de l’année fait honneur à la scène allemande avec le triptyque Equilibrium, en plein Renegades Tour, et leurs invités Lord of the Lost et Nailed to Obscurity.

C’est Nailed to Obscurity qui entre en scène en premier, ce qui n’est pas forcément évident puisque leur style musical entre melodic doom et death est quand même bien différent de celui de la tête d’affiche de ce soir, l’on s’en rend compte dès les premières notes. C’est sans a priori que je profite de leur set puisque je découvre le groupe, et je suis plutôt séduite par l’intensité et la noirceur qui se dégage de la performance du quintette. Le chant de Raimund Ennenga est exalté et profond sans que cela ne tombe dans l’excès, et il en va de même pour sa gestuelle, théâtrale et habitée sans jamais verser dans le ridicule. Jan-Ole Lamberti et Volker Dieken à la guitare rivalisent de lancers de crinière blonde et d’assurance tranquille, accompagnés de Carsten Schorn à la basse et de Jann Hillrichs à la batterie. Le groupe occupe l’espace avec présence même sans se déplacer beaucoup, il se dégage quelque chose de lancinant de leur prestation. Je suis moins convaincue par les quelques passages en chant clair, un peu moins justes, et qui cassent légèrement la mélancolie produite par le reste des morceaux. Malheureusement le public semble moyennement réceptif à cette première partie : peut-être les spectateurs découvrent-ils eux aussi le groupe et sont venus pour la suite, peut-être apprécient-ils le concert de façon statique et intérieure, quoi qu’il en soit il est certain que le style de Nailed to Obscurity ne se prête que peu à la farandole. Après 6 titres, dont 3 issus de leur dernier album, « Black Frost », le groupe s’éclipse, aussi sobrement qu’il était arrivé.

Setlist :

1) Black Frost 2) King Delusion 3) Feardom 4) INnerME 5) Tears Of The Eyeless 6) Desolate Ruin

Deuxième bonne découverte de la soirée pour moi avec Lord of the Lost. (On me dit dans l’oreillette que le groupe est super connu, que certains morceaux passent souvent en soirée goth – mais dans quelle grotte ai-je donc hiberné ces dix dernières années ?) Changement de style assez radical puisque l’on passe du doom death au metal goth industriel, ce qui n’est pas pour me déplaire. Le son de Lord of the Lost est beaucoup plus facile d’accès que celui de Nailed to Obscurity, bien que les deux soient de qualité ; simplement ils ne parlent pas au même public. Le groupe me fait l’effet d’un mélange de beaucoup d’autres groupes ou d’artistes que j’aime, tels que Depeche Mode pour le côté froid et distant des mélodies, Marilyn Manson pour certains rythmes et screams, Till Lindemann pour le look et la gestuelle du chanteur Chris Harms, Murderdolls pour l’aspect décalé de l’homme-orchestre Gared Dirge (au clavier, aux percussions et à la guitare, excusez du peu)… Sans pour autant être un copié-collé de quoi que ce soit d’autre. Le groupe communique beaucoup avec le public, le chanteur exprime sa joie d’être là, annonce quelques titres, le claviériste ainsi le guitariste Pi Stoffers et le bassiste Class Greynades, ne sont pas avares en grimaces et poses, le batteur Tobias Mertens est expressif, tout le monde semble s’éclater, et ils dégagent un mix équilibré de solennité et de déconnade : un groupe goth qui a de la prestance, sans être caricatural, c’est toujours appréciable. Les titres s’enchaînent, parcourant toute la discographie du groupe, avec 4 titres extraits du dernier album sorti en 2018, « Thornstar ». À intervalles réguliers un technicien arrive en courant sur scène pour ramasser des câbles qui tombent dans le pit. Les tubes « Morgana », « Ruins » ou « Loreley » font danser le public, je m’attendais à plus de remue-ménage car la fosse reste tout de même calme, et vu ce que le groupe envoie comme énergie je n’aurais pas été surprise de voir démarrer des pogos. L’avant-dernier titre du set m’a complètement surprise : « La Bomba » pourrait être qualifiée de… bossa nova metal ? De salsa gothique ? Quoi qu’il en soit j’ai adoré ce titre moitié tube de l’été latino moitié metalcore indus ne se prenant pas du tout au sérieux et en même temps pas mal du tout musicalement ! Et voir les musiciens sautiller de droite à gauche en rythme, sur fond de faisceaux roses et violets, était très rafraîchissant ! Un concert à la fois puissant et drôle, et une excellente découverte pour moi avec Lord of the Lost que je ne manquerai pas de réécouter chez moi.

Setlist :

1) Lament For The Condemned 2) Morgana 3) Drag Me To Hell 4) Under The Sun 5) Loreley 6) Full Metal Whore 7) Ruins 8) First Up In The Air 9) Die Tomorrow 10) La Bomba 11) Trisma

Place à la tête d’affiche tant attendue à présent : Equilibrium démarre avec 10 minutes d’avance, le top départ étant donné par un technicien. Pas de temps à perdre ce soir maintenant que la salle est bien remplie et que le public est fin prêt à accueillir le groupe de folk metal épique. Ils arrivent au compte-gouttes sur une intro relativement longue et se placent avant de lancer les hostilités, avec un medley de « Renegades » et « Tornado ». La formation de 2020 n’a plus grand-chose à voir avec elle que j’avais pu voir en concert il y a quelques années : Marcus « Makki » Solvalt a laissé place à Martin « Skar » Berger à la basse, je m’attendais à voir Skadi Rosehurst au clavier puisqu’elle fait partie de l’aventure depuis 2019, mais la troupe est toujours uniquement masculine sur scène ce soir, et à ma grande déception, ce n’est pas Tuval « Hati » Refaeli qui se trouve derrière la batterie mais un musicien totalement inconnu à mon bataillon. Entre le tournant assez surprenant qu’a pris le dernier album « Renegades » et le changement de line up, je n’ai pas totalement l’impression de voir Equilibrium à vrai dire, il me faut un petit temps d’adaptation. Les spectateurs sont réceptifs et répondent aux invitations du chanteur Robert « Robse » Dahn à frapper dans leurs mains, reprendre en chœur les paroles, lancer un petit wall of death pas trop redoutable. Il faut dire qu’il émane d’Equilibrium une énergie de « metal épique gentil », de folk festif pas très belliqueux. Le titre « Born to be Epic » entonné à tue-tête par la foule correspond bien à ce style énergique et bon enfant, au titre un peu à contre-emploi pour moi. Les musiciens semblent s’amuser, occupent toute la scène, se déplacent, posent, mais j’ai une petite impression de vu et revu ; il manque une étincelle, un soupçon d’authenticité, je ne sais pas… Ce n’est pas désagréable à regarder et écouter, loin de là, mais ce n’est pas non plus révolutionnaire, il y a un aspect un petit peu automatique qui m’empêche d’être complètement dedans. Toujours est-il que c’est clairement le groupe qui bénéficie de la meilleure ambiance depuis le début de la soirée, la fosse s’agite, s’éclate vraisemblablement, chante, applaudit

« Robse » quand il remercie le public français pour sa réactivité et dit qu’il est heureux d’être là, à défendre cet album dont il sait qu’il n’a pas fait l’unanimité chez les fans. Je fais partie des personnes qui n’ont pas été totalement convaincues par ce dernier opus, et sur scène je reste toujours un peu sceptique face aux passages rappés qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe… Mais bon, cela n’engage que moi, potentiellement réfractaire au changement et vieille râleuse de naissance ! C’est avec « Rise of the Phoenix » et une outro qu’Equilibrium quitte la scène, après 14 titres, dont 6 tirés de « Renegades » bien entendu, mais également des morceaux issus de leurs albums précédents, 3 pour « Armaggeddon », et 3 également pour « Erdentempel ».

Setlist :

1) Intro + Renegades + Tornado 2) Himmel & Feuer 3) Waldschrein 4) Freiflug 5) Apokalypse 6) Path Of Destiny 7) Born To Be Epic + Prey 8) Heimat 9) Der Ewige Sied 10) The World Is Enough 11) Final Tear 12) Blut im Auge 13) Ruf in den Wind 14) Rise of the Phoenix + Outro

C’est la tête pleine de musique que je repars du Trabendo, après une belle soirée à la programmation étonnante et riche en découvertes grâce à Garmonbozia Inc. et Cobra Agency.
 
Critique : Elise Diederich
Date : 21/1/2020
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