Interview

MAUDITS (2020) - Olivier (Guitare)

Maudits sort aujourd’hui son premier album. Un disque au croisement du post-metal et du post-rock. Un disque novateur, intéressant, et d’une grande richesse musicale. Rencontre avec ce groupe qui promet beaucoup.

« Vous venez de sortir un premier album mais l'on ne sait pas grand-chose de vous. »


« C'est vrai que la bio est assez succincte mais c'est volontaire. On voulait se concentrer sur l'aspect musical du projet. Nous venons tous les trois de The Last Embrace qui était un groupe progressif qui a duré vingt ans de 1998 à 2018. Il y avait des éléments prog 70's à la Yes, Genesis, Pink Floyd dans ce que nous faisions. J'ai toujours adoré ces groupes comme des groupes prog plus récents dont Porcupine Tree. Le côté planant du prog,en fait. »

« C'est marrant d'avoir évolué vers un côté metal pour ce nouveau projet. »

« J'ai toujours écouté beaucoup de metal : du death, du black, du doom. Les côtés les plus sombres du metal. On a mêlé à cela des éléments venant de plein de styles musicaux différents. Il y a des tics progressifs dans ce que l'on fait mais on l'a dilué avec du metal. Metal au sens large car il n'y a pas qu'un style de metal dans ce que nous produisons. »

« Il y a également un côté post-rock dans Maudits. »

« C’est vrai. On aime beaucoup Godspeed You ! Black Emperor, les premiers Mogwai, cette manière d'articuler un côté cinématographique à sa musique. Ce ne sont pas des groupes très techniques en général mais ils trouvent toujours une très belle mélodie qu'ils font évoluer avec des accords autour. Nous, nous faisions des morceaux à tiroir avec The Last Embrace mais je voulais autre chose dans ce nouveau projet. »

« La pochette fait très post-rock d'ailleurs. »

« Dehn Sora avec qui je joue dans Throane s'est occupé du art-work avec ma sœur qui a fait les broderies. C'est sobre, c'est classe. Ils ont bien bossé. Il n'y a pas d'indication de départ par rapport à ce que tu vas écouter. Les broderies sont sur le vinyle et le digipack. On a fait deux covers différentes pour le CD et le vinyle et l’ordre des morceaux y est différent. »

« C'est pour perdre l'auditeur encore davantage ? »

« Celui qui achètera le vinyle pourra aussi écouter la version CD. C'était voulu d'avoir un ordre différent pour le Cd et le vinyle. »

« Vous débutez l'album par un titre de treize minutes. C'est osé. »

« C'est un risque. Il faut rester cohérent. Avec la musique instrumentale, les repères ne sont pas les mêmes. Les premiers retours sont bons, les gens disent qu'ils ne s'ennuient pas à l'écoute de ce morceau. L'impact rythmique change au cours de ce titre ce qui permet de rendre le morceau intéressant. »

« Vous l'avez même sorti en single. »

« Oui parce qu'il est représentatif de notre musique. Il a des côtés à la Black Sabbath, des côtés doom mais aussi des aspects trip/hop et cinématographiques. »

« Tu joues aussi dans Throane et Ovtrenoir par ailleurs. »

« Oui, j'ai intégré Ovtrenoir en tant que guitariste live. »

« Tous ses différents projets se nourrissent les uns les autres ? »

« Tout à fait. J'ai intégré Throane en 2017 et cela a eu un impact sur la façon dont je voulais orienter Maudits même si c'est très différent musicalement. Il y a un côté instinctif dans Maudits qu'il n'y avait pas dans The Last Embrace, par exemple. »

« Votre musique est complexe. J'imagine que vous avez passé du temps en studio ? »

« Non car c'est assez composé. Tout a été pensé et maquetté avant d'entrer en studio même si c'est plus spontané que dans mon précédent groupe. Les thèmes sont simples. C'est plus émotionnel que technique. »

« Pourquoi avoir choisi d'être un groupe instrumental ? »

« Nous n’y avons pas réfléchi. On s'est retrouvé à trois après le split de The Last Embrace. Lorsque j'ai amené les squelettes des morceaux à mes deux acolytes, on s'est rendu compte qu'il n'y avait pas besoin de chant. La musique est plus libre lorsqu'il n'y a pas de chant. »

« Il n’en y a pas mais les morceaux ont quand même une signification ? »

« Oui, clairement il y en a une. Le premier morceau « Maudits » amène à un côté proche de la malédiction. Chaque titre a été nommé par rapport à l'ambiance musicale qu’il dégage. « Resilience » par exemple a un côté énergique. « Solace » signifie réconfort en anglais donc tu trouves une certaine douceur dans ce morceau. « Verloren Striid » veut dire perdu d'avance en flamand et le morceau est assez doom donc cohérent avec son titre. »

« L'ensemble du disque est assez sombre. »

« Oui, mais pas seulement. Les morceaux sont comme des cartes postales émotionnelles. Rien n'est calculé. »

« Vous explosez les barrières musicales avec ce groupe. »

« Nous sommes très contents des retours. Ce n'est pas une musique facile d'accès mais les gens trouvent que notre musique n’est pas si compliquée que cela au final. J'ai l'impression que l'on tient un truc. On arrive à un moment où il y a une ouverture aux musiques non conventionnelles. Regarde Deathspell Omega qui est un groupe black qui n'a en fait pas grand-chose de black et qui est apprécié par un public de plus en plus large. »

« L'album vient de sortir mais j'imagine qu’à cause du Co-vid il n’y aura pas de tournée. »

« Il y avait une release prévue avec Ovtrenoir en Novembre au Bus Palladium mais je pense que cela n'aura pas lieu. On ne fera pas de concerts avant janvier-février de toutes façons. Pour le moment nous nous concentrons sur de nouvelles formes d'expression. »

« Vous n'avez pas repoussé la sortie du disque. »

« Je n'avais pas envie de la repousser. Klonosphère était ok pour le sortir maintenant. Et puis malgré ce qui se passe actuellement, les gens continuent d'acheter des disques. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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