Interview

KORSAKOV (2021) - Groupe (Complet)

Avec « Norpyxatb », le duo Korsakov nous offre un superbe album de post-black. Un disque à la fois agressif et atmosphérique. Une véritable odyssée dans les tréfonds de l’âme humaine. Entretien.

« Qu’est-ce que le syndrome de Korsakov dont vous tirez le nom pour celui de votre groupe ? »


« Ce nom s’est imposé de manière naturelle à nous. Le syndrome de Korsakov crée une amnésie rétrograde des dernières années de sa vie. Tu ne te souviendras pas de ton passé proche mais pourras te souvenir de ton passé lointain. Il y a une tendance à la fabulation avec cette maladie. Tu auras par exemple l’impression d’avoir été la veille dans une bataille de la Seconde Guerre Mondiale. Les délires sont ainsi inscrits dans le réel. Ce peut-être assez proche d’Alzheimer ou de la maladie de Parkinson sauf qu’avec ce syndrome tu peux être autonome. La personne atteinte de ce symptôme peut lire et relire son livre préféré sans s’en souvenir. Le syndrome touche des cellules au niveau du crâne avec des séquelles irréversibles. Le travail autour de la mémoire nous intéresse. Nous avons rencontré des médecins qui ont des patients qui souffrent de ce symptôme. On a mis une interview d’un homme qui a ce symptôme dans le dernier morceau du disque. Le médecin lui demande depuis quand cet homme pense être là. Il répond quelques jours, peut-être une semaine alors qu’il est là depuis cinq mois. C’est une maladie que nous avons côtoyée de près dans nos familles. »

« Comment vous êtes-vous rencontrés autour de ce projet ? »

« On se connait depuis quelque temps. En discutant on s’est rendu compte que l’on avait la même enfance, la même éducation, plein de points communs. On a vu ainsi que nous n’étions pas seuls à avoir vécu cette situation autour de nous. »

« Que voulez-vous exprimer avec Korsakov ? »

« Je suis musicien dans d’autres groupes. Korsakov est le premier projet avec lequel je pouvais exprimer ce genre d’émotion. On a voulu exprimer musicalement la façon d’appréhender ce symptôme. C’est quelque chose de très personnel. Tout le concept forme un ensemble. Il y a une lithographie en édition limitée qui exprime bien visuellement le concept. Le visuel est en relation avec le reste. Le réalisateur du clip ne vient pas du metal mais a bien compris le concept. »

« Vous sonnez post-black. C’est votre genre de prédilection ? »

« Plus ou moins. On écoute des trucs metal plus généralistes ou Nirvana. On a un autre projet sludge/doom et notre base est black. On aime bien les groupes qui vont chercher le truc en plus comme Paysage d’Hiver. On consomme énormément de musique. Nous aimons beaucoup un groupe comme Paramnesia. Nous écoutons beaucoup d’électro, aimons la dark-électro ou encore Goldfrapp. »

« Il y a pas mal de ruptures de ton dans l’album avec des passages calmes. »

« On ne voulait pas aller à fond la caisse durant 3/4 heure. On a voulu mélanger plein de choses, mettre de petits interludes électroniques. »

« Vous citez nombre d’artistes comme Mc Curry ou Ron Mueck. »

« De par nos boulots nous nous intéressons à l’art, à la sculpture. Nous aimons les photos de Steven Mc Curry. Sa photo « Afghan Girl », c’est de l’ordre de l’émotion pure. On aime les grands formats de Ron Mueck. Cela nous influence dans nos compos. Nous aimons aussi beaucoup la littérature notamment Eric Fottorino qui a écrit un livre autour du syndrome de Korsakov publié en 2004. »

« Vos photos font penser à l’actionnisme viennois. »

« Oui nous nous sentons proches de certains artistes de ce mouvement. »

« L’album semble avoir été pensé comme une sorte de longue pièce. »

« C’est tout à fait cela. Les morceaux sont d’ailleurs dans l’ordre dans lequel nous les avons composés et enregistrés. On travaille à l’instinct. Il faut que les choses arrivent d’un coup comme un fil que l’on tirerait. Nous ne sommes pas du style à rester quatre heures sur une gratte pour trouver un riff. »

« Comment avez-vous signé chez Source Atone ? »

« A la base nous avions été contactés par un autre label. Puis Source Atone nous ont branché. Nous aimons les groupes que l’on trouve sur leur catalogue, leur ouverture d’esprit, la liberté qu’ils octroient aux groupes. On a d’abord sorti ce disque sur Bandcamp en totale auto-production puis le label s’est montré intéressé. On a remixé et remasterisé l’album en changeant deux, trois bricoles. Le master d’Edgar Chevalier est excellent. On a tout fait mais en mieux. »

« Vous allez donner des concerts ? »

« On y pense. Beaucoup de choses se ressemblent en live. On veut trouver autre chose. Faire quelque chose qui soit de l’ordre de la performance. Nous n’avons pas sorti ce disque dans l’optique de faire des concerts. Ce sera dur de refaire sur scène ce qu’il y a sur le disque au niveau du traitement des guitares notamment. En tout cas c’est en réflexion. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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