Interview

DER WEG EINER FREIHEIT (2021) - Nikita Kamprad (Chant / Guitare)

Avec « Noktvrn » Der Weg Einer Freiheit continue de nous offrir ce qui peut se faire de mieux en terme de black/Post-black. Le groupe s’inspire cette fois des « Nocturnes » de Chopin pour nous gratifier d’un album ambitieux et inventif. Entretien avec l’adorable Nikita Kamprad, chanteur-guitariste du groupe.

« Le nouvel album arrive quatre ans après « Finisterre ». Est-ce que le Covid a retardé la production du disque ? »

« C’est une question que l’on nous pose souvent mais pas du tout. Certains trouvent que c’est long de sortir un album tous les quatre ans mais pour moi, en tant qu’artiste, ce ne l’est pas. Les morceaux d’un disque sont hyper importants pour nous. Ce ne sont pas seulement sept titres que l’on va mettre à la suite les uns des autres. Il y a eu un disque live en plus durant ce temps. Nous avons des boulots en dehors du groupe. Nous prenons notre temps pour bien faire les choses. »

« Depuis vos débuts vous avez exploré plein de voies musicales. Sur cet album il y a des éléments shoe-gaze et indie. »

« Oui c’est vrai. Nous écoutons plein de musiques différentes. Cela a forcément un impact sur le song-writing. Sur « Finisterre » je voulais tester de nouvelles choses mais en même temps je voulais faire ce que nous savions faire de mieux. C’est pour cela que l’album est solide mais pas assez novateur. Sur celui-ci j’ai vraiment tenté plein de choses : des morceaux en anglais, des vocaux clairs, des guests… »

« Il y a de nombreuses respirations dans le disque. »

« C’est important qu’il y ait des dynamiques dans un disque. Tu as cela dans la musique classique. Cela m’inspire. Même si nous n’avons que quatre instruments plus la voix je pense à la musique comme à celle que peut produire un orchestre. »

« Vous chantez pour la première fois en anglais sur cet album. Pour quelles raisons ? »

« Nous avons grossi au niveau international. Des gens ne comprennent pas l’allemand. L’anglais sonne bien, tout comme le français d’ailleurs. Je voulais des parties de chant clair et l’anglais pour cela sonne mieux que l’allemand qui est une langue un peu agressive. »

« En même temps l’Allemand est une langue romantique. C’est celle de Goethe. »

« C’est vrai. Mais pour les mélodies cela reste agressif. Je me suis senti à l’aise avec l’anglais. »

« L’album fait référence aux nocturnes de Chopin. De quelle façon celui-ci t’inspire ? »

« Chopin est l’un de mes compositeurs préférés, notamment pour ses Nocturnes. C’est l’un des plus grands compositeurs classiques qui soit. J’ai toujours voulu lui rendre hommage. Ces « Nocturnes » m’ont toujours inspiré. »

« J’ai l’impression que c’est plus spirituellement que musicalement que Chopin t’inspire ? »

« Oui nous ne voulions pas copier Chopin. Nous voulions exprimer les sentiments que tu peux ressentir la nuit. »

« Le disque veut retranscrire ce sentiment de la nuit ? »

« J’avais toujours écrit de jour jusqu’à présent. Pour cet album j’ai écrit en partie la nuit ce qui était nouveau pour moi. J’écris dans mon studio. J’écris tout ici avant de l’envoyer aux autres membres du groupe. Une nuit où je n’arrivais pas à dormir, à six heures du mat j’ai eu plein d’idées pour l’album. Elles m’ont porté. »

« Même si vous ouvrez plein de portes musicales vous restez fondamentalement un groupe black. »

« Tu as raison. Nous avons parlé de cela avec notre label, Season of Mist, pour la sortie du disque et nous voulions être étiquetés black. Pour moi le black est le genre qui m’a ouvert aux musiques extrêmes. J’aime l’émotion du black. »

« Je trouve que cet album est le plus ambitieux de toute votre carrière. »

« Merci. Je vieillis, expérimente de nouvelles choses et ces choses se retrouvent dans notre musique. C’est une évolution naturelle. Nous avons enregistré cet album dans les conditions du live. Les autres membres du groupe se sont impliqués dans la création du disque même si c’est moi qui continue de tout écrire. »

« C’est aussi l’album le plus complexe que vous ayez écrit. »

« Les arrangements sont complexes. Mais techniquement ce n’est pas si difficile à produire. »

« Le nom du groupe évoque la liberté. On sent ce sentiment de liberté dans votre musique. »

« Oui. C’est important pour nous. Nous voulions un label qui nous laisse libre au niveau créatif. Nous ne voulons pas être dépendant financièrement de la musique. C’est pour cela que nous avons chacun des boulots en dehors de Der Weg. »

« Vous n’avez jamais fait de compromis et sans jamais en faire votre fan-base grossit d’année en année. »

« Il y a plein de groupes qui décident de ne plus faire que de la musique. Après quelques années ils perdent la qualité musicale. Nous ne voulons pas de ça. On ne veut pas être forcés à donner des concerts lorsque nous n’en avons pas la motivation. C’est pour cela qu’ils nous importent d’avoir des boulots en dehors du groupe. »

« Comment vois-tu l’évolution du black. Vous avez été, il me semble, l’un des groupes qui a permis au genre de s’ouvrir vers de nouveaux horizons. »

« C’est difficile à dire. Le black est un genre ouvert. Tu peux combiner le black à d’autres genres musicaux. Ce n’était pas comme cela il y a vingt ans ou même dix, quand nous avons débuté. Aujourd’hui le black est très ouvert. Peut-être avons-nous participé à cette évolution mais ce n’est pas à nous de le dire. »

« Vous avez pu jouer live en Novembre après la sortie du disque. Comment était-ce ? »

« Cela a été difficile à mener. C’était dur à gérer psychologiquement parce qu’on ne savait pas si les choses n’allaient pas s’arrêter du jour au lendemain. Mais aujourd’hui les choses ont empiré. Pour les promoteurs, les tour-managers, les groupes c’est très dur la situation actuelle. »

« Vous allez jouer de nouveau en 2022. »

« Oui en Février. On verra ce que le gouvernement dira à ce moment-là. Après, on jouera en Juin. On va jouer en France en Juin prochain. On jouera aussi à l’automne, en Septembre-Octobre. »
 
Critique : Pierre Arnaud
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