Live Report

KAVE FEST 2022 - JOUR 2 - 3/7/2022

 
Dimanche 3 juillet le Kave Fest commençait plus tôt que la veille, et avec un bon bout de route à faire je ne suis pas arrivée à temps pour le premier groupe, Bad Situation. Le Kave Fest proposait bien de se loger dans un camping à la ferme tout près du château de Gisors, mais il ne disposait que de très peu de places, et la communication à ce sujet a été faite assez tardivement, aussi tout était plein au moment où j'ai souhaité réserver. Pas mal de personnes ayant eu des soucis de transports et d'hébergements, peut-être que d'autres solutions supplémentaires seront étudiées pour l'année prochaine ? L'équipe du fest est très à l'écoute des retours et remarques quoi qu'il en soit.

Quand j'arrive sur place le set de Jades commence tout juste, 15 minutes en avance, avec "Ready or not", et justement on était pas mal à ne pas être prêts ! Un petit sprint pour accéder au pit photo et c'est parti pour un set de hard rock et rock'n'roll teinté de glam 100% féminin, avec chanteuse bassiste, une guitariste choriste, une guitariste et une batteuse. Il s'agit d'un concert très spécial pour Lyndsay la chanteuse et bassiste puisque c'est son dernier concert avec Jades (Anne-Sophie, Tiphaine et Chloé cherchent d'ailleurs une nouvelle bassiste), et cela se ressent un peu dans le set, dynamique mais un peu moins enjoué que d'autres concerts auxquels j'ai pu assister, et c'est bien compréhensible. Malheureusement il n'y a pas encore grand-monde en ce tout début d'après-midi et le groupe joue devant un public très clairsemé et peu réactif, mais l'avance sur l'horaire et la chaleur assommante ne doivent pas aider. Comme d'habitude malgré la petite ambiance mélancolique pour les habitués du groupe la prestation était énergique et groovy, avec de bonnes interactions et poses entre les filles, avec une fin de set sur une reprise de "Cherry Bomb".

Ensuite on passe àMonolyth, du death mélodique bien rentre-dedans. Le groupe accueille une nouvelle bassiste, Vanessa, qui succède à Fafa. Julien le guitariste fait aussi parfois des chœurs et sa voix s'accorde bien avec celle du chanteur principal Amaury, qui est très expressif et agité. La musique de Monolyth est très pêchue et mélodique à la fois, bien impulsive avec des compos soignées. Le son est parfois un peu trop inégal, d'un coup le son des instruments se divise et il y a des faussetés dans le chant, cependant l'ambiance générale est très chouette et les spectateurs semblent fort apprécier la prestation, les pogos ont démarré et le public se densifie.

Ensuite place à un tout autre univers avec le metalcore du groupe francilien Out of my Eyes, que je ne connaissais pas du tout. La badasserie est ultime dès les premiers instants, avec le chanteur qui arrive sur scène cagoulé pour le premier titre. Les mecs sont montés sur ressort, l'interprétation est à la fois hargneuse et enjouée, les rythmes sont excellents. Le chanteur nous dit que c'est leur premier fest depuis la pandémie, qu'ils sont trop contents d'être là, et franchement les gars nous le montrent bien, ils ont la patate, c'est incroyable à voir. Le chanteur sautille partout sur scène avec une chemise à fleurs, un jean blanc entièrement recouvert de patchs colorés et des chaussettes Pokémon. Sa première intervention fut d'ailleurs "Bon c'est ghetto j'ai pas réussi à lacer mes chaussures", j'adore ! Sur un titre le groupe a réalisé la mise en scène d'un braquage avec des mecs en cagoules sur scène, mais aussi dans le public, avec la volonté que tout le monde s'éclate et de proposer quelque chose d'un peu différent d'un concert classique où les spectateurs ont le regard rivé vers la scène. Après le concert j'ai filé au stand de merch'pour acheter leurs deux albums et discuter un peu avec les membres du groupe qui sont adorables - même si le guitarist m'a dit que mes bouchons d'oreilles vert fluo reliés par un fil ressemblaient aux bonbons fils et qu'il avait failli les manger, normal. Out of my Eyes est un groupe assez inclassable et qui sort vraiment du lot donc n'hésitez pas à découvrir si cela ne vous dit encore rien.

Place ensuite àXaon, du symphonic death à l'ambiance un peu pirate, romantique et dark goth. Le chanteur a l'air possédé, il roule des yeux, se cambre en arrière, écarte les bras et fixe le public d'un air menaçant, c'est un peu trop grandiloquent pour moi... J'avais déjà vu Xaon une fois à la Machine du Moulin Rouge et il y a un côté trop théâtral et factice auquel je n'arrive pas à adhérer. De plus je n'accroche pas du tout avec la voix du chanteur, je comprends en quoi le groupe est une pépite pour certains, mais je reste assez indifférente. Les musiciens sont pourtant bons, notamment la bassiste. Le chanteur a vraisemblablement repeint sa longue veste et son veston juste avant de monter sur scène et la peinture craquèle et dépose des petits morceaux partout sur le matériel et sur la scène, ça lui met des pellicules blanches dans sa longue barbe doublement nattée, et on retrouvera ces petits morceaux de blanco un peu partout sur scène et sur les instruments par la suite lors des sets de l'après-midi.

Qu'est-ce qu'on fait quand un concert ne nous transcende pas plus que ça et que l'on a déjà beaucoup shooté pendant un jour et demi ? On prend une pause et on va boire une pinte de cidre et se restaurer un peu ! Les stands de nourriture ont baissé leurs prix entre hier et aujourd'hui suite à des remarques remontées aux équipes sur le rapport qualité-prix, ça fait plaisir de voir que les Kaviens sont réactifs et à l'écoute. Je profite de l'interlude pour jeter un œil aux animations (initiation aux joutes médiévales, tir à la corde, pêche à la pomme avec les dents dans une bassine, body painting et j'en passe) et pour m'asseoir un peu à l'ombre où tout le monde se réfugie vu la chaleur, et c'est l'heure d'aller voir Acyl.

Acyl est un groupe que j'avais bien hâte de voir pour la première fois sur scène, avec leur metal ethnique, oriental, mêlant des sonorités modernes et des musiques traditionnelles algériennes et kabyles. Acyl se compose d'un chanteur, de deux guitaristes et percussionnistes, d'un bassiste et d'un batteur. La scène est plein de nombreux instruments électriques et traditionnels, il y a plusieurs guitares par guitariste et des percussions, impossible de s'ennuyer tant les sonorités sont variées et les musiciens doués. Une grande douceur émane du chanteur, tous les membres du groupe sont de bonne humeur et chaleureux, souriants. Ils dégagent beaucoup de convivialité, de joie d'être là, ils ont parlé de partage, de tolérance, d'échange de cultures et d'espoir que ce genre de concert et de rassemblement sera un bon espoir pour la suite. Un concert dansant, positif, cosmopolite et entraînant, que demander de plus ?

Changement d'ambiance une fois encore avec 6:33, le groupe peut-être le plus musicalement hors catégorie du Kave Fest ! Le groupe rassemble un chanteur ostensiblement hurluberlu (qui arrive sur scène en manteau de fourrure, j'ai chaud pour lui, le fou), une chanteuse, un guitariste, un bassiste et un batteur. Difficile de décrire vers quoi tend leur musique tant elle est une fusion de très très nombreux styles, metal, électro, funk, jazz, groove, prog, hardcore et j'en passe. Autant dire qu'il y en a pour tous les goûts ! Après Acyl j'ai un peu de mal à me remettre dans le bain avec un concert aussi chaotique, je trouve ça objectivement intéressant mais je ne suis pas vraiment apte à profiter au mieux des particularités du groupe, peut-être une autre fois en concert mais pas en festival. Les membres du groupe demandent un circle boogie : ils veulent que les spectateurs courent en cercle mais comme des enfants qui ne savent pas encore courir avec style, qui s'en foutent et courent n'importe comment. Le chanteur multiplie les blagues à connotation sexuelle, il a une attitude excentrique et borderline, le concert s'approche du spectacle burlesque par moments, et pour le public comme sur scène c'est un gros défouloir. Je vous laisse l'énigmatuque mot de la fin : "Ne changez rien, grossissez !"

On s'approche doucement de la fin du fest, et il est l'heure de voir l'un des groupes que j'attends le plus de ces deux jours, Aephanemer. Le groupe de death metal mélodique est originaire de Toulouse, et ils sont quatre sur scène, une chanteuse guitariste, une bassiste, un batteur et un guitariste (de session, remplaçant pour quelques concerts Martin le guitariste et compositeur du groupe actuellement en rééducation). Lorsque les membres du groupe arrivent sur scène, je réalise immédiatement que j'ai écouté deux albums sans avoir la moindre idée de qui étaient les musiciens, je ne m'étais par exemple pas aperçue qu'il s'agissait d'une chanteuse au micro et non d'un chanteur - je ne m'étais tout simplement pas posé la question. Et quelle chanteuse, Marion est radieuse, habitée, rugissante, l'entendre chanter c'est comme se prendre des bourrasques en plein visage. (Bon ça ne paraît peut-être pas très agréable dit comme ça mais je vous jure que si.) Des petits passages au chant lyrique créent un superbe contraste avec le chant saturé on ne peut plus pêchu dont l'articulation est très claire, ce qui est fort agréable. Les musiciens sont tous super souriants et solaires, Lucie la bassiste non seulement sourit à tout le monde en jouant mais sautille d'un endroit à l'autre de la scène, ce qui me met en joie. Le batteur Mickaël et le guitariste de session sont également excellents et enjoués, tout le monde a l'air ravi d'être là, le public est bien dense et réactif devant la scène, bref c'est un grand moment. La puissance et la technique associée à une interprétation lumineuse, ainsi que des interactions simples et agréables avec le public, c'est le combo assuré pour que le set soit une tuerie de bout en bout, j'ai été comme envoûtée et j'ai de suite su que ce serait mon concert le plus marquant du fest. Je connaissais sur album mais le groupe gagne encore en intensité sur scène. Le concert d'Aephanemer fut un enchantement de la première à la dernière note, alliant intensité et subtilité, une présence radieuse de ces musiciens, alliée à un chant viscéral créant une impression d'urgence et de frénésie.

Même pas le temps de me remettre de mon coup de cœur que le concert de Landmvrks a tout dégommé sur son passage avec la plus grosse bagarre du fest ! On a vu masse de pogos, circle pits et slams en continu sur le metalcore super efficace du groupe marseillais composé d'un chanteur, un batteur, un bassiste et deux guitaristes, parfois il y avait même des collisions de slammeurs tant les "couloirs aériens" étaient empruntés. Des batailles ont à nouveau été organisées par les hommes déguisés en chevaliers, il n'y a bien qu'au Kave Fest que l'on peut voir un pogo entre des festivaliers et des chevaliers en cotte de maille avec épée et bouclier ! J'avoue avoir été plus marquée par l'ambiance dans le public que par les particularités sonores de Landmarks même si c'était plaisant car c'était tellement le zbeul dans la foule que le spectacle était autant sur la pelouse que sur scène !

Et pour finir, une sacrée redescente, le retour au calme après un tel défouloir, avec le dernier groupe de ce festival, Hypno5e. Ce concert célèbre les 10 ans de l'album "Acid Mist Tomorrow", qui est joué en entier. Le concert prend du retard, et souffre de quelques problèmes techniques, à cette occasion le chanteur nous a parlé, en précisant qu'ils n'avaient pas de bol en ce moment, et qu'il n'était pas très bavard ; et effectivement c'est le genre de groupe qui se contente de jouer et dit tout par sa musique sans tentative d'ambiancer plus que ça le public, les fidèles sachant pourquoi ils sont là. Le son d'Hypno5e est assez unique et reconnaissable avec son univers planant et cinématique, contemplatif, tout en plages sonores, extraits de films rétro, et échos qui se perdent dans la nuit. Les ombres longues et les silhouettes sur scène répondent à la pénombre environnante, avec la forme massive du château de Gisors se détachant sur la colline et un croissant de Lune très brillant. Ce concert planant et vaporeux est programmé à un horaire vraiment propice à la rêverie et l'introspection.

Vers 23h, après un discours de remerciement et une photo de groupe de toute l'équipe, le Kave Fest ferme ses portes pour cette année, après une bien belle édition qui donne déjà envie de revenir l'année prochaine.
 
Critique : Elise Diederich
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