Live Report

MOTOCULTOR FEST (2022) - JOUR 1 - 18/8/2022

 
L’édition 2022 du Motocultor était très attendue par les festivaliers, après un report en 2020 et en 2021 en raison de la situation sanitaire puis des impossibilités de certains groupes de partir en tournée et des contraintes organisationnelles majeures, et comme en 2019 elle compte 4 jours de festivités et démarre le jeudi. (C’est d’ailleurs un point de discorde avec la municipalité, car si en 2019 le jeudi tombait le 15 août, cette année cette journée supplémentaire ne tombe pas un jour férié et n’avait pas été validée car le festival bloque l’accès à la zone d’activité de Kerboulard…) Le programme du jeudi se veut un peu plus soft et accessible à un public plus varié, pas nécessairement axé metal, permettant notamment aux habitants de Saint-Nolff de venir découvrir le festival si cela n’avait encore jamais été fait auparavant, et propose des groupes plutôt rock, country, stoner et cold wave.

Le premier concert, donné par Wild Classical Music Ensemble devait théoriquement démarrer à 14h, mais les portes de la zone de concerts se sont ouvertes aux festivaliers à 15h, car du matériel manquait jusqu’au dernier moment, en provenance d’un autre festival. Cet impondérable aboutit à des files d’attente dantesques devant les zones de fouille de sécurité. On arrive enfin devant la scène principale, la Dave Mustage de son petit nom, pour découvrir l’ensemble musical classique et sauvage, et on se rend vite compte qu’il est plus sauvage que classique. Les musiciens sont cinq : deux chanteurs dont un au clavier, un bassiste, un batteur, et un musicien jouant d’un mystérieux instrument à vent et électrique, munie d’une diode lumineuse, donnant l’impression qu’il souffle dans une gourde ou une lampe. Le groupe est composé en partie de personnes handicapées mentales, et physiques pour certains membres ; le claviériste est aveugle et est guidé à son instrument par une personne lui disposant les doigts sur les bonnes touches pour commencer à jouer. Musicalement c’est assez inclassable, avec des instrumentations entre rock et funk, punk et psyché, les voix sont assez brutes, le résultat est parfois bruitiste, et l’ensemble est pour le moins surprenant. Une chanson scandait « Je suis content, je suis ravi », une autre nous traite en boucle de « bande de connards » sur un fond d’électro, ce qui est repris en chœur par le public, un membre du groupe nous présente ses excuses parce qu’il a pris du temps pour enlever sa chemise parce qu’il avait chaud, tandis qu’un autre chante allongé à plat ventre au bord de la scène. Un joyeux bazar atypique, pas vraiment représentatif de l’ambiance générale du festival, mais singulier.
Sur la Massey Ferguscène place à The Blue Butter Pot (est-ce avec du blue butter que l’on fait les blue waffles ?), un duo blues rock et country venu de Sulniac, juste à côté de Saint-Nolff, qui se compose d’un chanteur guitariste et d’un batteur. Les deux musiciens dégagent une excellente énergie, sont souriants, le chanteur guitariste est très énergique et remuant, avec un petit look old school genre gentleman farmer, avec barbe et chapeau.

Sur le même créneau horaire j’ai le temps d’aller découvrir Sang Froid qui m’intrigue aussi, donc pas le temps de rester plus longtemps devant le duo rock’n’roll (dès le premier jour il faut déjà faire des concessions, ou s’engager à courir de scène en scène, et encore, pour le moment il n’y en a encore que trois, contrairement aux trois journées suivantes). Sur la Supositor Stage l’heure est à la cold wave et dark wave, grâce au groupe venu de Nantes, un quatuor chanteur, bassiste, guitariste et claviériste. Le chanteur est très chic tout en noir avec une chemise cintrée, une fine cravate ton sur ton et des lunettes de soleil, et sa gestuelle est également très élégante. Ses mouvements de mains raffinés et son maniement de pied de micro me rappellent quelqu’un, et pour cause, le chanteur n’est autre que Thomas Terreur, qui officie aussi dans Regarde les Hommes Tomber. Il semblerait que j’aime donc tous les projets musicaux dans lesquels il est impliqué, c’est bon à savoir. L’ambiance de Sang Froid tend vers The Cure, Drab Majesty, Lebanon Hanover : classe, intense et mélancolique, torturé mais relativement sobre. Le chanteur a parfois joué du tambourin, et vous savez quoi ? Cela rend super bien le tambourin goth.

Retour sur la scène principale, pour voir Slift, un trio de stoner rock un peu bourrin (m’est avis), venu de Toulouse, composé d’un chanteur guitariste, d’un bassiste et d’un batteur. L’ambiance est sombre, les trois musiciens jouent pas mal planqués dans leurs cheveux, voire de dos, les morceaux sont un peu répétitifs à mon goût, mais une partie du public semble réceptive aux solos psychédéliques et rapides. Le chapiteau produit un effet un peu brouhaha, mais quelques passages un peu plus lents et posés sont plaisants et sonnent mieux. Néanmoins les morceaux sont longs, le set aussi, et je trouve le tout un peu assourdissant.

En revanche je suis ravie de revoir 1000mods, que j’avais déjà vu lors de l’édition précédente du Motocultor, en 2019. Une partie du public se fait avoir par ce qu’il a pris pour le début du concert, mais qui était en fait la fin des balances. L’ambiance est rapidement au rendez-vous devant le quatuor : chanteur guitariste, guitariste, bassiste et batteur. La voix claire du chanteur se pose à merveille sur la musique stoner bien musclée, elle est même un peu pop rock pour ce style de musique, assez aigue, ce qui apporte une certaine fraîcheur à l’ensemble. L’atmosphère est enfumée comme il se doit sous le chapiteau…
Tout le monde m’a dit d’aller voir Clutch, alors je suis allée voir Clutch. J’ai été étonnée du son joyeux et funky du groupe, m’attendant à quelque chose de beaucoup plus stoner. Le rock’n’roll du groupe est bien pêchu, le chanteur à la voix rocailleuse a une sacrée énergie et fait des têtes pas possibles, les slams débutent dans une ambiance survoltée et la sécurité comment à avoir du boulot dans le pit. Certains festivaliers sont dans des états déplorables à 19h à peine passées, on a notamment pu voir un mec ravagé se verser de l’eau sur la tête en essayant de boire allongé sur le dos, puis il s’est mis à ramper à plat ventre en raclant la terre avec ses dents… Dure la reprise des fests !
J’ai enfin eu l’occasion de voir The Inspector Cluzo après de nombreux rendez-vous manqués avec le groupe, qui se produit sur la Massey Ferguscène, la plus appropriée avec son presque nom de tracteur pour un groupe formé de deux agriculteurs dans le civil. Le duo rock’n’roll un peu teinté de country, très dynamique, parlent d’ailleurs de la situation actuelle de l’agriculture dans certains de leurs titres. Le chanteur a une voix très surprenante par rapport à son aspect physique, haut perchée façon Jeff Buckley, Nosfell ou Asaf Avidan. La formation atypique parvient à embarquer le public, de façon tout à fait fondée – d’ailleurs en ce jeudi de nombreuses formations sont des duos de qualité, et l’on compte même un one man band.

Ce one man band, c’est Qual, la moitié masculine de Lebanon Hanover, ce qui augure un bon concert pour moi ! Le résultat musical me séduit, c’est aussi dark et cold wave que Lebanon Hanover, mais plus rythmé et virulent, dans une veine à la Front 242, Einsturzende Neubauten, Das Ich, Project Pitchfork. Par moments la voix du chanteur est caverneuse, et par moments il ne sort plus que des screams de Gollum. Qual part dans des danses endiablées, possédées, faites de mouvements saccadés très Depeche Mode première période. Bref, cold wave et dark wave, but make it indus. J’aime beaucoup. Et grosse prestation de la part de ce frontman tout seul (avec ses personnalités multiples et ses démons, sans doute) qui a tenu la scène comme un boss.

Passage obligé (dans le sens où j’y suis vraiment allée par acquit de conscience) devant The Libertines, pour une tranche de brit pop. Le quatuor chanteur guitariste, guitariste, bassiste, batteur célèbre les 20 ans de leur premier album, « Up the Bracket ». C’est un peu brouillon et chaotique, le son ne me paraît pas très intéressant, braillard, je n’ai jamais trop accroché avec The Libertines et ce n’est pas ce concert qui déclenchera une révélation chez moi. Par moments c’est très très très mou, certaines chansons me semblent interminables et répétitives.

Heureusement juste après je retourne à la Supositor pour voir un groupe que j’aime beaucoup, She Past Away, un duo (encore un vous dis-je) turc de cold wave / dark wave, composé d’un chanteur guitariste et d’un claviériste choriste. Je les trouve redoutables pour faire danser tout le monde sur des sons rapides et froids, entre minimalisme et radicalité. J’avais tellement adoré leur concert récent au Trabendo que là j’ai un peu moins accroché car le son était un peu moins bon, mais ça restait un excellent moment pour danser, en tant que fan de cold wave c’est une valeur sûre. (Les gens plus réceptifs au stoner et aux sonorités blues / country de la journée sont un peu plus restées sur le carreau, ce qui se comprend.)

Sur la scène principale place à The Hives, groupe suédois (je n’aurais jamais cru, je leur aurais vraiment affublé des tas d’autres nationalités si l’on m’avait demandé) de rock super speed, avec des musiciens branchés sur du 100 000 volts, tous en costumes noirs et blancs coordonnés. Le chanteur est un zébulon intenable, il saute partout, monte sur le matos, invective le public, crache, présente son groupe comme le meilleur du monde (what else ?), nous appelle « mes amis ». Les slams ne se font pas attendre, et on voit aussi passer à plusieurs reprises un matelas gonflable crocodile, l’ambiance est super fun, bon enfant, c’est vraiment léger et rigolo. Le frontman fait le show et a un flow de présentateur télé, « Beaucoup d’applaudissements mes amis, allez, on y va, mouah, mouah, merci, je t’aime Saint-Nolff » se fait entendre juste avant une série de 30 « Fuck you ». Un rappel se fait avec plus de lumière sur le public, destiné à faire danser tout le monde.

Le dernier groupe du jeudi est, je vous le donne en mille… un duo ! Et ce dernier duo du jour, c’est Ko Ko Mo, un groupe de rock blues psychédélique de Nantes, avec un chanteur guitariste et un batteur qui donnent tout ce qu’ils ont. Le chanteur a une voix suraiguë et la module avec brio, l’ambiance du concert est rétro, entre le rideau de fond brillant créant une petite esthétique bal de promo, la veste imprimée du chanteur, son chapeau, son pattes d’eph’ et ses boots, les arrangements… Le chanteur court autour de la batterie, qui est régulièrement allumée de façon très graphique, en alternance avec des moments où quasiment toute la scène est dans le noir et où l’on ne peut plus que deviner les silhouettes des musiciens, entre deux flashs, il monte sur les baffles, se déplace tout le long de la scène en avançant sur un seul pied. Le batteur se lève pour jouer des percus face au chanteur guitariste qui se lance dans un solo, comme dans une battle. Encore une magnifique découverte avec ce groupe, que j’écouterai sans faute sur album, et un bien beau concert pour finir cette première journée – avec une heure de retard accumulé dans les dents, évidemment.
 
Critique : Elise Diederich
Date : 18/8/2022
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