Live Report

EVANESCENCE - WITHIN TEMPTATION - Accor Arena - Paris - 27/11/2022

 
L'heure est grave Mesdames et Messieurs : ce soir va ENFIN avoir lieu le retour en adolescence simultané et tant souhaité de plusieurs milliers de personnes dans l'enceinte de l'Accor Arena, grâce à la tournée Worlds Collide d'Evanescence et Within Temptation en co-têtes d'affiche, après plusieurs reports contraints et forcés. Le public est composé de nombreuses tranches d'âge et il est plutôt amusant de voir que des quadragénaires ou quinquagénaires qui écoutaient probablement déjà l'un de ces groupes phares (ou les deux) de la scène metal symphonique et gothique ont passé le flambeau et sont venus avec leurs enfants.

Mais avant les deux shows d'une heure et quart des groupes américain et hollandais, une première partie apéritive de 20 minutes est assurée par Smash Into Pieces, de 19h45 à 20h05. Je n'ai jamais entendu parler de ce groupe, qui est suédois, et comme son nom débute comme Smashing Pumpkins j'aurais envie de m'attendre à quelque chose de plaisant, malheureusement il termine comme quelque chose qui ne m'inspire rien, et c'est plus cette partie-là qui sera en accord avec ce que j'entends... J'ai du mal à définir le ce que dégage le groupe, qui est un mix de neo-metal, de variété, de pop rock FM, qui sonne comme un tube interchangeable avec voix autotunée, incluant quelques bribes de metalcore (mais pas le meilleur), et des vibes très boys band. Le son est horriblement fort, le style du groupe ne me touche vraiment pas, j'ai l'impression d'être en boîte en 2007 mais assise, ou de faire un voyage en autocar avec l'autoradio dont je n'aurais pas choisi la station et qui jouerait directement dans mon crâne à un volume indécent. En plus scéniquement il ne se passe rien, les membres du groupe ont un style sportswear, avec des doudounes, des casquettes, le chanteur porte un gilet pare-balles, leur jeu de scène est un peu mou et ils font les mêmes poses en boucle. J'ai eu l'impression d'assister à une parodie de concert par un faux groupe qui aurait été inventé pour les besoins du tournage d'un film ou d'une série. Mais peu importe finalement si cette prestation ne m'a pas émue (et globalement le public a été très peu réactif) car tout le monde attendait la suite et est vite passé à autre chose, lançant même une ola pour meubler l'attente pendant le changement de plateau.

Setlist : 1) Wake up 2) Glow in the dark 3) Big Bang 4) Let me be your Superhero 5) Sleepwalking 6) Running away from home 7) Higher 8) Boomerang


20h25 sonne le coup d'envoi du concert d'Evanescence, celui qui est la raison de ma venue ce soir. La musique et le chant se font entendre un petit moment avant l'arrivée des membres du groupe sur scène, mais dès qu'ils arrivent tout est en place : la chanteuse Amy Lee en tenue à voilages et juchée sur des bottes à plateformes parcourt la scène, envoie valser sa longue chevelure de jais, tout en chantant incroyablement juste et avec une puissance remarquable.
Les musiciens (dont le line up a énormément changé au fil des années, hormis la chanteuse emblématique je ne connais plus personne) sont techniques et dynamiques. Les jeux de lumière sont superbes, les couleurs variées, et encadrent magnifiquement le quintet (chanteuse + bassiste + 2 guitaristes + batteur). Une grosse acclamation parcourt l'Arena au début de "Going under", un des tubes de leur premier album « Fallen » sorti en 2003, dans une veine metal gothique et neo-metal, que j'ai tellement écouté quand j'avais 15 ans, et qui fut une de mes portes d'entrée dans le monde merveilleux du metal : oui ce concert est un moment madeleine pour moi, c'est clairement à la Elise adolescente que je fais plaisir là !
Juste après une petite pause a lieu et Amy Lee nous explique qu'elle doit changer de chaussures parce qu'elle a peur de tomber, qu'elle ne voudrait rien se casser, donc elle change de chaussures devant nous et passe une paire de baskets montantes plates, s'écrie "Shoes applied !", le tout ponctué d'un éclat de rire charmant. Des chansons bien punchy sont alternées avec des titres plus doux et classiques sur lesquels Amy joue du clavier. Je suis vraiment impressionnée par le coffre d'Amy, j'avais beau le savoir, c'est autre chose de le constater en concert et dans une salle comme l'Accor Arena, en plus elle est très mignonne à courir sur scène comme une enfant, le contraste est vraiment plein de fraîcheur, sans chichis. J'étais tellement concentrée sur l'attitude d'Amy Lee et des musiciens ainsi que sur les jeux de lumière que je n'ai même pas vu le moment où un piano avait été apporté juste à l'avant de la scène, incroyable... Le batteur (qui a des faux airs de Thor marvellisé avec ses gros biceps et ses cheveux blond platine) déploie une énergie conséquente (et projette plusieurs fois des petits bouts de baguette loin sur scène), la bassiste qui est une des dernières recrues du groupe est une très bonne musicienne également, ainsi que charismatique. Au bout d'environ 45 minutes la voix d'Amy Lee commence à perdre légèrement en puissance et justesse, mais cela reste excellent. À la fin de « Call me when you're sober » elle jette un bouquet de fleurs dans le public. Ah, finalement entre deux chansons je repère l'astuce : le piano rentre et sort du sol par une trappe, tout simplement ! Amy nous dit qu'il reste une paire de chansons, même si elle aimerait rester avec nous des semaines et des semaines, des mois et des mois, que Paris est une de ses villes préférées au monde, et que nous sommes l'ingrédient qui la rend spéciale. Lors de « My Immortal » beaucoup de personnes chantent avec elle, et le point d'orgue a évidemment lieu sur le tube le plus connu « Bring me to Life », avec un jet de serpentins final monumental dans une lumière rose. Au final c'est le dernier album, « The Bitter Truth », sorti en 2021, qui aura été le plus représenté, avec 7 titres, suivi par « Fallen » avec 4 chansons.

Setlist : Intro Artifact / The Turn 1) Broken pieces shine 2) Made of Stone 3) Take cover 4) Going under 5) Wasted on you 6) Lose Control / Part of me / Never go back 7) Far from Heaven 8) Your Star 9) End of the Dream 10) Better without you 11) Call me when you're sober 12) Imaginary 13) Use my Voice 14) Blind Belief 15) My Immortal 16) Bring me to Life

Une demi-heure d'entracte passe assez vite et un décor gigantesque est installé, avec un énorme masque en relief en fond de scène. Ce que je m'apprête à écrire va peut-être vous étonner mais je ne connais pas du tout Within Temptation. Je suis venue totalement par envie de revivre un petit bout de mon adolescence grâce à Evanescence et pour voir Amy Lee sur scène au moins une fois dans ma vie, et c'est là une parfaite occasion pour découvrir Within Temptation, que je connais bien sûr de nom, de style, je sais qui est la chanteuse, mais je ne suis pas certaine d'avoir entendu une chanson du groupe en entier, c'est donc en noob de Within que j'aborde ce concert (en espérant pouvoir tenir plus de 2 chansons car mon siège totalement affaissé commence à me faire vraiment très mal à la jambe et au dos). Ça ne rigole pas du tout niveau décor : à présent le masque, dont les yeux s'illuminent en rouge, est complété par un décor de cimetière en feu sur l'écran géant en arrière-scène, de nombreuses lumières à plein d'endroits de la scène s'allument au rythme de la musique, des lasers sont envoyés dans toute la salle. La chanteuse Sharon den Adel débarque conquérante, vêtue d'une tenue qui la transforme à moitié en déesse grecque, à moitié en statue de la Liberté : jupe asymétrique, très courte devant, très longue derrière, bustier rigide, une manche longue dorée, et un diadème orné de longs pics. De prime abord je trouve la balance beaucoup moins au point que pour Evanescence, et... je n'aime pas trop la voix de la chanteuse. Les rythmes me paraissent un peu trop répétitifs et joyeux, je suis moins sensible à la touche symphonique de ce rock metal goth. (Je me demande quelle proportion de la salle est venue pour quel groupe ce soir, et quelle proportion à égalité pour les deux.) En tout cas le public a l'air ravi et chante, conquis. Le groupe est composé de 6 membres, la chanteuse, 2 guitaristes, un bassiste, un claviériste et un batteur. Ils sont objectivement tous bons dans leur registre de metal lyrique catchy et un peu pop, avec une aura positive. Sur « Paradise (What about us?) » le visage de Tarja Turunen apparaît sur les écrans car la chanson est un duo avec elle, et l'on entend vaguement sa voix dans le mix. Sur le quatrième titre le concert devient encore plus spectaculaire qu'au début car les lance-flammes sont dégainés, en alternance avec des jets de fumée illuminée de bleu et de rose, et il faudrait être difficile pour ne pas trouver le rendu magnifique – d'autant que de là où je suis installée je sens bien la chaleur des flammes, ce qui donne au concert un petit côté soirée au coin de la cheminée tout d'un coup. Sharon tend le micro à une personne du public qui semble vouloir dire quelque chose, l'homme commence son discours par un gloussement neveux qui résonne dans tout l'Accor Arena, suivi d'un propos confus, stressé et vraisemblablement pas bilingue, mais qui au bout du compte semble être une demande en mariage à son copain ! Une déclaration publique pas banale.
Pour le titre suivant Sharon est hissée au dessus du masque dans une nacelle éclairée par un halo, et elle chante devant un décor de plafond d'opéra : je suis progressivement happée par le show car les effets visuels et pyrotechniques sont vraiment superbes. Je ne suis pas plus sensible au metal lyrique un peu trop édulcoré à mon goût qu'au début, mais je reconnais aisément que les membres du groupe sont doués pour mener à bien un show en son et image, et que l'ensemble est divertissant et bien réalisé. Suis-je donc corruptible par le feu ? Oui, on peut le dire. Sharon dit qu'elle pose cette question chaque soir en concert : « Si votre pays était attaqué, le défendriez-vous ? » La salle dit unanimement oui, et elle dédie la chanson qui suit à l'Ukraine, d'ailleurs elle interprétera quasiment tout le titre, « Raise your Banner », avec un gigantesque drapeau ukrainien à la main, au milieu de flammes, jets de fumée, faisceaux lumineux, pendant que le masque ornemental se scinde en deux parties inégales. L'attitude des musiciens devient plus naturelle au fil de titres, à un moment un des guitaristes et le bassiste rient en étant face à l'autre et faisant une espèce de petite danse de crapauds en pliant les genoux (une réminiscence de crabcore ?). Il y avait longtemps que je n'avais pas vu une scénographie aussi complète et variée, je suis vraiment époustouflée par le spectacle. Amy Lee rejoint Sharon pour chanter en duo sur « The Reckoning » et c'était canon. Sharon den Adel dédie la chanson suivante sur les signes, « Supernova », à son père alors qu'il était mourant. Pour interpréter une ballade elle passe une longue robe rouge et chante assise sur un cerceau qui s'élève haut au dessus de la scène, devant un écran rond avec une image de vortex. Le concert prend carrément des allures de comédie musicale : c'est le genre de show où l'on se dit que n'importe quel effet est finalement faisable, on est sur un kif de princesse Disney là !
Avant « Don't pray for me » elle s'entretient sur la liberté de religion, de culte, de pensée et de choix, sur la croyance que chacun doit trouver son propre chemin qui lui convienne pour être heureux. Un peu plus tard elle dit qu'elle reconnaît beaucoup de visages qu'elle avait vus en 2001 lors de la tournée « Mother Earth », dont un Mickael qu'elle montre du doigt au premier rang, elle remercie le public pour son soutien, et dit qu'elle espère qu'il ne faudra pas attendre encore 20 ans pour se revoir. Il est presque 23h30 et c'est l'heure de la dernière chanson, « Mother Earth » justement, est très jolie, épique et mélodieuse à la fois, et les lumières vertes et bleues, les images de ciel cosmique et de branches sur fond vert, contrastent particulièrement bien avec les flammes, il s'agit là d'un final qui est une vraie apothéose.

Verdict : c'était incroyable ! Je n'écouterais pas le groupe sur album, mais je recommanderais à 100% de le voir en concert, tous goûts musicaux confondus, car les membres de Within Temptation sont tous hyper pro et des artistes généreux.

Setlist : Intro You want it darker (Leonard Cohen) 1) Our Solemn Hour 2) Faster 3) Paradise (What about us?) 4) Stand my Ground 5) Angels 6) Iron 7) Raise your Banner 8) Entertain you 9) The Reckoning (avec Amy Lee) 10) Supernova 11) All I need 12) Don't pray for me 13) Ice Queen 14) Mother Earth

En zappant la première partie, le combo Evanescence + Within Temptation était vraiment excellent, entre retour en adolescence et découverte scénique dantesque. C'était une magnifique soirée, avec des groupes qui gagnent vraiment à être vus dans des salles immenses permettant des mises en scène très élaborées.

 
Critique : Elise Diederich
Date : 27/11/2022
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