Chronique
VISAVIS - WAR MACHINE / Season Of Mist 2019

Visavis sont à peu près le portrait robot du rock sans âge qui cherche juste à faire son truc en se foutant des modes. Des refrains faits pour être beuglés dans des ambiances où la clope sentait bon la pression ambrée et vice versa. C’est pas parfait bien sûr, l’accent anglais laisse clairement à désirer et il s’en fout pas mal, les guitares sont parfois un brin nasales en lead, la faute à la prod qui est quand même pas si mal, et le tempo ne cherche pas à briller par la vitesse à tout prix mais carbure plutôt à la régularité en mode coups de poings assénés pour faire mal. Ce groupe, c’est un camion qui roule depuis un moment et assume ses rayures. Et si ça sent l’asphalte chaud c’est parce qu’ils ont vu leur vie et qu’elle est autant derrière que devant eux, plus rien à se prouver, juste de l’envie et la certitude qu’il y a qu’un seul type de baffes à donner, celles qu’on envoie au présent. Visavis a la beauté de ses imperfections, les rides ne sont pas refaites, elles sont là, visibles mais pas usées, comme des cicatrices qu’on montre fièrement après s’être battu pour rester debout.
Le trio corrézien n’a pas inventé la poudre, mais ils savent s’en servir, pour le plaisir goguenard de faire péter des trucs. Et c’est déjà pas mal. Ce neuf titres est à ce jour leur production la plus longue et, grâce au financement participatif, un peu plus que leur œuvre à eux, car c’est aussi celle de leurs fans, potes, familles et magnifiques inconnus conscients que pour faire les choses il faut s’entraider. Ça donne un truc généreux et simple qu’on a envie de soutenir tout en sachant que ça ne marchera pas et au fond qu’importe : l’important c’est de se lever, pas d’être vu debout. Visavis est debout… et c’est bien.
Critique : Thomas Enault
Note : 6.5/10
Vues : 83523 fois